Le Rire et le couteau
Note moyenne
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Spitard
Spitard

7 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 mai 2026
une fresque authentique sur l'afrique
je ne sais pas a quel point on peut qualifier cela de documentaire
bouleversant d'authenticité ça démystifie l'afrique, le rapport colon/colonisé, dominant/dominé
bref super film
tuco-ramirez
tuco-ramirez

166 abonnés 1 777 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 11 mai 2026
Voyage au bout du néocolonialisme
3h30 de film, on peut avoir des craintes devant une telle durée, habitude de son réalisateur portugais Pedro Pinho ; et bien, on aura raison bien souvent même si le propos est novateur, déstabilisant et intelligent.
On est en Guinée-Bissau aujourd’hui, avec Sergio, un ingénieur environnemental chargé d’une étude sur la construction d’une route. Habité par un désir de justice, des bons sentiments et la compréhension des besoins de la population, il n’a rien du conquérant vulgaire comme le sont les ouvriers portugais déjà sur place ayant eux un rapport très supérieur avec la population autochtone. Lui essaye de tisser du lien avec les habitants et de vivre à l’africaine pour se fondre et s’imprégner. Mais les choses se compliquent car, quoi qu’il en dise, il ne peut se défaire si facilement de son regard d’européen sur un pays qui porte encore les stigmates de la colonisation portugaise. Et c’est donc bien le cœur du film et tout son intérêt, c’est une satire mordante et rafraichissante sur l’ethnocentricité européenne et surtout, fait rare, une immersion dans la psyché des africains. Et le résultat est éloquent et remet à juste titre nos schémas de pensée sur de nombreux sujets. Dans cette longue balade au cœur des identités culturelles et sociales complexes d’un pays d’Afrique, certaines scènes viennent heurter notre vision occidentale. Un exemple : quand une travailleuse humanitaire de retour dans le village dans lequel elle a fait installer des latrines ; avec un humanisme bon teint qui cache mal ses relents de paternalisme bienveillant, elle cherche à soutirer des remerciements aux habitants et insiste pour faire reconnaitre que son action a révolutionné leur quotidien. Construite autour de silences gênés de la population locale, la séquence créé un vrai malaise. Sans jamais tomber dans le documentaire, dans sa mise en scène, le réalisateur tend vers ce genre comme dans cette scène. La déconstruction de nos visions néocolonialiste au cours la déambulation de cet ingénieur est bien le point d’ancrage fort du film pour livrer au final un voyage éblouissant jusqu’au bout d’une réalité insoupçonnable. Un film éclairant dont l’actrice principale s’est vue décernée le prix de la meilleure actrice dans la section « Un certain regard » lors de Cannes 2025. Lors de cette longue, très longue déambulation jalonnée de rencontres, Pedro Pinho reste en revanche trop à distance sans développer certains évènements et ce malgré le choix du temps long. Son personnage est aussi bien souvent un simple témoin périphérique de l’action qui rend le récit d’apprentissage peu passionnant.
A voir pour se décentrer de nos visions occidentales
Eriksen
Eriksen

15 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 avril 2026
Un film coup de poing sur les rapports nord/sud… Si on éloigne un peu la focale, on s’aperçoit que l’empathie occidentale doit souvent être insupportable à entendre par les africains. Il y a un passage édifiant sur une bande d’occidentaux tous en tee shirt bleu d’une ONG qui a fait installer la nouvelle latrine du village. … spoiler: Et de demander à une femme extrêmement gênée, « comment elle faisait avant ? »
.
On y voit des rapports de dominations devenus mouvants et s’inversant parfois, mus par les sentiments de haine, de culpabilité, de revanche et d’empathie.
En fait, ceux des colonisés qui s’en sortent ont misé sur le total bullshit, essayant de tirer parti à fond de la moindre subvention blanche. D’autres ex-colonisés croient encore aux idéaux auxquels les blancs eux-mêmes ne croient plus… ça les rend particulièrement importants aux yeux des occidentaux.
Donc en face des blancs, il y a ceux qui les suivent encore et ceux qui aimeraient bien les détruire. Et comme les situations ne sont jamais binaires, tous les intermédiaires entre ces deux extrêmes.
Le film mise sur la justesse. Pas d’idéologie. Les africains et les européens tels qu’ils sont.
Un vrai voyage exploratoire.
gerard costes
gerard costes

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1,0
Publiée le 9 mars 2026
Dans le cadre du très bon festival :Écran Mixte à Lyon,
J ai pu découvrir le film : le rire et le couteau en version intégrale soit une projection de 335mn….
Pour l histoire , nous suivons le parcours d un charmant ingenieur arrivant en Guinée, pour un projet de construction d une route…sujet qu il soit en Afrique ou ailleurs, reste le même,il y a les pour et les contre…
Notre cher candide d ingénieur,Sergio, essaye de se glisser ,dans la société africaine ,qui saura , lui transmettre tres vite, d un passé colonialiste…durant 5h30,nous avons le temps de prendre , ressentir,et prendre son propre jugement, point de problème,le cinéma est fait pour avoir une idée sur le thème proposé…
Mais justement, cinématographiquement, voilà la question , en outre pourquoi une telle durée…pendant les 3 heures nous suivront donc notre Sergio,, qui nous fait découvrir cette nouvelle vie ,ses rencontres , filmé( très mal) ou l inverse puisqu il nous fait passer cela sous un pseudo documentaire, qui ne demande pas de ce fait un travail cinématographique,et donc pas vraiment trop d intrigues et le peut s entrecroisent, et se perdent au cours du récit…
Après l entracte, l action semble s activer…dont une séquence d enlisement d une voiture dans le sable, et la c est aussi un peu l enlisement du film ,avec un discours plus que longuet..illustré d images animalières…et d un seul coup nous nous retrouvons au bord d une plage, puis aussi dans un futur gîte ,avec une maîtresse imbuvable, et ce n est qu une suite de séquences sans raccord les unes des autres, c est à se demander si le réalisateur Pedro Pinto, s aperçoit qu il n a pas encore àssez de temps pour faire son film….ou réaliser un montage qui semble être une œuvre…Pour ma part, toute bonne morale, ne fait pas un bon film,et le cinéma est comme un continent, il faut savoir le faire découvrir…
Allo Cine
Allo Cine

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 mars 2026
2 scènes sont pour moi très intéressantes dans ce film: l échange entre Sergio et l angolais fortuné sur l accumulation primitive de capital ainsi que l échange sur les 150 000 euros.
loliiive
loliiive

4 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 mars 2026
ce film m'a fait découvrir la Guinée-Bissau
on penserait presque que c'est un documentaire. on y découvre plein de facettes de ce pays. les images sont sublimes mais le film accuse quelques longueurs.
Sismo2808
Sismo2808

20 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 février 2026
Mon film de 2025. Je ne sais pas s'il me ferait le même effet de le revoir en DVD tant le voyage proposé est immersif par la force d'un grand écran.
C'est tout l'art du réalisateur et de ses scénaristes de brasser de multiples thématiques (amour, sexe, politique, colonialisme, histoire). Le film aurait pu donner lieu à plusieurs tant tout cela foisonne. On passe ainsi d'une "intrigue" à l'autre, parfois elle se télescope, d'autre fois non, qu'importe. En fil rouge, son acteur principal dont on épouse le point de vue et qui nous entraîne au coeur d'un pays dont on discerne la complexité contemporaine sans jamais être condescendant.
A voir et revoir.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 779 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 janvier 2026
Qui est le film ?
Après L’Usine de rien, chronique ouvrière où la parole collective fissurait les cadres économiques et narratifs, Le Rire et le Couteau déplace la question politique vers un terrain plus risqué, celui de la présence occidentale en Afrique postcoloniale. Tourné en Guinée Bissau, pays marqué par l’histoire portugaise, le film suit Sergio, ingénieur environnemental chargé d’évaluer l’impact écologique d’un projet.

Par quels moyens ?
Dès son prologue désertique, Le Rire et le Couteau se pose la question de ce que signifie être ici quand on vient d’ailleurs. Sergio n’est pas un aventurier, encore moins un conquérant. Il est un reste, une figure anachronique. Un Occidental tardif, arrivé après la "grande histoire coloniale" mais incapable d’en être totalement dégagé. Le film raconte l'incapacité à s’installer narrativement. Rien ne fonctionne vraiment. La voiture tombe en panne. Les "rencontres" se dérobent. La chaleur envahit le corps jusqu’à le rendre grotesque. Sergio se déshabille sans cesse, comme si son corps tentait de se débarrasser de son identité sociale. L’ingénieur environnemental est un homme en trop, un corps surnuméraire dans un monde qui ne l’a pas appelé. Cette inadéquation est structurelle.

Pedro Pinho organise méthodiquement l’échec de toute fiction néocoloniale. La mission de Sergio reste floue. Évaluer l’impact écologique d’une route dont on ne comprend jamais vraiment les enjeux. Les gestes techniques s’accumulent sans jamais produire de récit clair. Le film refuse délibérément la dramaturgie du sauveur, du médiateur, du témoin éclairé. La seule scène ouvertement satirique, celle de l’humanitaire venue récolter des remerciements pour ses latrines, agit comme un repoussoir. Elle montre ce que le film aurait pu être s’il avait choisi la voie du discours, du cynisme confortable. À l’inverse, Sergio n’impose rien. Il écoute. Il doute. Il accepte d’être contredit. Cette posture pourrait sembler vertueuse mais Pinho la maintient dans une ambiguïté permanente. Car même l’écoute est une position de pouvoir. Même la bienveillance peut reconduire une domination. Le film ne sanctifie jamais la bonne volonté.

La puissance politique du film tient dans l’analogie constante entre Sergio et Pedro Pinho. Sergio est au monde ce que le cinéaste est à son film. Un étranger qui filme un territoire qu’il ne possède pas. Un regard qui sait qu’il est chargé d’histoire. Un geste qui ne peut pas être innocent. La réponse de Pinho est formelle et relationnelle. Le film devient polyphonique. Il ne se limite jamais au point de vue de Sergio. Diara et Guilherme existent en dehors de lui. Ils ont leurs scènes, leurs silences, leurs désirs. Le film accepte de se laisser déplacer par eux. Le trouble est accentué par le brouillage entre acteurs et personnages. Les prénoms identiques, les récits manifestement autobiographiques, les moments quasi documentaires produisent une sensation où le film ne parle pas à la place. Il parle avec. Ou parfois, il se tait.

Là où beaucoup de films politiques traitent le désir comme un supplément, Le Rire et le Couteau en fait le cœur battant de sa réflexion. Le désir n’est jamais neutre. Il est chargé de rapports de force, d’histoire, de classe, de couleur de peau. Pendant plus de trois heures, le film retarde l’accès à l’intimité. Les corps se frôlent, se désirent mais quelque chose résiste. Cette résistance est éthique. Lorsque la scène de sexe à trois advient enfin, elle opère un renversement. Sergio est pénétré. Littéralement. Symboliquement. Le colon devient passif. Le corps occidental cesse d’être celui qui prend, qui cadre, qui impose. Il accueille. Cette passivité n’est pas une humiliation. Elle est proposée comme une manière d’être au monde. Une manière de faire cinéma. Accueillir une parole. Accueillir un corps.

Le film oppose deux formes spatiales. La route est droite, imposée, tracée depuis l’extérieur. Elle évoque la rationalité coloniale, le découpage arbitraire des territoires, la violence infrastructurale qui prétend organiser le monde pour son bien. Elle est liée au projet de Sergio, mais aussi au cinéma classique, linéaire, progressif. Le fleuve, au contraire, est sinueux, imprévisible, lent. Il impose un autre rapport au temps et à l’espace. La dernière partie du film, en pirogue, cesse d’avancer pour simplement dériver. Ce passage signifie que le film lui-même abandonne la route. Il renonce à conclure, à démontrer, à résoudre.

Quelle lecture en tirer ?
Le Rire et le Couteau est un film exigeant, parfois déroutant, souvent inconfortable. Il propose une expérience de cinéma où le regard est constamment mis à l’épreuve, où le désir devient un lieu de réflexion, où la politique se loge dans les gestes, les silences, les corps. Le film ne dit pas comment bien faire. Il montre à quel point faire est déjà problématique.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 janvier 2026
À peine plongés dans cette métropole d’Afrique de l’Ouest, nous sommes happés par une multitude d’histoires qui s’entrecroisent avec une densité presque documentaire. "Le Rire et le couteau" ne se contente pas de suivre Sergio, ingénieur environnemental chargé d’une route reliant désert et forêt, il déploie une richesse de personnages et de situations qui déconcertent et fascinent : la liberté sexuelle côtoie un patriarcat omniprésent, les tensions politiques et les cicatrices du néocolonialisme imprègnent chaque plan. La disparition mystérieuse d’un ingénieur italien quelques mois plus tôt n’est qu’un élément narratif parmi ce maillage d’intrigues, renforçant le sentiment que l’histoire individuelle ne peut jamais totalement se détacher du contexte social et historique. Avec ses 3h30 actuelles, le film impose une immersion totale, presque étourdissante par sa richesse. La version de deux heures supplémentaires prévue en 2026 promet de creuser encore davantage ce réseau de relations et d’influences, renforçant le sentiment d’un portrait d’ensemble quasi encyclopédique.
gimliamideselfes

3 433 abonnés 4 013 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 31 décembre 2025
Je ne savais rien du film avant de le lancer, si ce n'est que ça se passait en Afrique et c'est sans doute l'un des films les plus surprenants de l'année. Formellement le film ne va jamais s'attacher à un genre en particulier, le film commence ça pourrait être un film de survie dans le désert, puis on se demande si ça ne va pas être une histoire d'amour, puis un thriller... alors qu'en fait c'est surtout un documentaire...

Le film dure plus de 3h30 et les longues séquences s'enchaînent, parfois sans réel lien logique, on suit juste le héros fraichement débarqué du Portugal qui va passer d'un endroit à l'autre, que ça soit pour son travail, pour sa vie perso ou sans qu'on sache trop pourquoi. Il va rencontrer des gens qui vivent leur vie, qui font leurs trucs pendant parfois des longues séquences de vingt minutes, où il interagit quasiment pas, il est là, en arrière plan pendant que les autres s'affairent... On dit qu'il est là pour faire une étude sur l'impact d'une route, qu'il avance dans son enquête, mais on le voit surtout se mêler à la population, qu'elle soit locale ou non... fréquenter des boîtes de nuit, faire la fête et tenter de coucher avec une fille et/ou un mec qu'il a rencontré (le gourmand). On n'avait pas vu aussi belle séquence de boîte de nuit depuis Le gang du bois du temple...

Et au travers de ses rencontres se délivre le message du film, parfois de manière subtile, parfois moins (le coup de l'eau potable dans les toilettes qu'on a déjà entendu mille fois), sur le rapport entre la Guinée-Bissau et l'Occident, notamment sur la colonisation et le néo-colonialisme. On a par exemple une séquence particulièrement gênante où des membres blancs d'une ONG viennent visiter les latrines qu'ils ont fait installer dans un village guinéen. On voit donc des femmes blanches se pavaner et observer un trou dans la terre qu'ils présentent comme étant un grand progrès et demander aux femmes du village comment elles faisaient avant pour aller aux toilettes... Rituel humiliant par excellence, le tout avec un petit rire bourgeois : on fait tous ça, n'ait pas honte.

C'est sans doute l'une des scènes les plus explicites, mais on a surtout des moments où c'est tellement absurde qu'on ne sait pas trop quoi penser... Des portugais sur un chantier qui méprisent la population locale, qui écrasent sans vergogne quelqu'un d'allongé sur la route pensant à un braquage... Et puis des vrais moments de respiration, où juste on va filmer des gens qui vivent sur le fleuve et qui espèrent ou redoutent la construction d'une route...

Il y a tout dans le film... Il a un côté insaisissable, où on ne sait jamais bien ce que l'on va nous montrer ensuite... Et qui finit de manière assez incompréhensible, il finit là, il aurait pu finir avant, il aurait pu finir 2h plus tard... tant rien n'a été accompli, tant on a juste été porté par le flot des images et par une vision qui dénote totalement avec les clichés qu'on aurait pu avoir sur la Guinée-Bissau. Pedro Pinho n'est pas là pour nous balancer des lieux communs, des images d'Epinal ou pour faire du tourisme... On a des séquences incroyables dès le début du film sur des mecs travestis qui se préparent à aller danser...

Je ne connais pas le processus de tournage, mais je ne serais pas surpris que très peu soit réellement écrit et que la plupart a été improvisé, tant tout semble libre, avec peu de trame narrative et juste se dérouler au fur et à mesure des rencontres...
Quelque part, le côté très documentaire dans la construction de cette fiction m'a rappelé un peu Pacifiction, les deux films n'ont autrement pas grand chose à voir, mais on y retrouve un plaisir similaire dans la durée des séquences, les boîtes de nuit et les rencontres inattendues...

Donc si j'avais très peur du film à cause de sa durée (respectez mon temps de vie bordel), c'était absolument formidable.
Adelme D.Otrante
Adelme D.Otrante

228 abonnés 1 484 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 28 décembre 2025
Alors qu’il apprend la disparition mystérieuse de son prédécesseur, Sergio, ingénieur en vadrouille en Guinée Bissau, tombe sous le charme ensorcelant de l’Afrique. Et de ses habitants.
Un film balayant un spectre de thématiques très large, on parle autant de colonialisme que de néo-colonialisme, de paternalisme que de genres.
Sergio n’est pas un mauvais bougre mais il est englué dans un système de pensée rétrograde alors que le continent évolue, il est contemporain au reste du monde.
Une Afrique qui finira par prendre, dans tous les sens du terme, ce petit européen. Notamment lors d’une superbe scène d’abandon total d’un érotisme absolu.
Un film qui rappellera des souvenirs à ceux qui connaissent le monde des expatriés et qui plaira aux autres.
Il dure 3h40 mais on signerait sans problèmes pour le double.
FaRem

10 571 abonnés 11 456 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 décembre 2025
« Le problème, c'est qu'à Guinée-Bissau, tout est à Bissau. » Sergio, un ingénieur portugais travaillant pour une ONG, doit déterminer si le projet de construction d'une route sera utile à la population et si ce ne sera pas un désastre écologique. Il ne se fait pas prier pour se mélanger même si sa mission passe très souvent au second plan. Alors qu'il apprend d'eux, il se découvre lui-même. Une vision du monde et de ses privilèges qui est redéfinie par des expériences en tout genre. Une immersion totale au niveau visuel, sensoriel, émotionnel ou sentimental. "O Riso e a Faca" oscille sans cesse entre le documentaire quand il s'agit de la mission de l'ONG et de la fiction quand Sérgio devient un touriste très curieux qui s'éprend de Diara. Récompensée à Cannes, Cleo Diára est tout simplement magnétique, mais elle n'est pas la seule. La plupart des personnages ont quelque chose de fascinant et on peut dire la même chose de la ville. On comprend mieux le laisser-aller de Sérgio qui se laisse porter par ces nouvelles expériences tout en explorant ses contradictions. Il y a beaucoup de choses à dire sur le contenu avec ces réflexions sociales et post-coloniales, mais j'ai surtout apprécié l'authenticité des personnages, les différentes relations, la bande-son entrainante et le cadre dépaysant. Pour moi, c'est plus un bon film qu'un grand film, mais j'arrondis la note, car faire un film de près de quatre heures aussi captivant et vivant doit être récompensé.
Naïla Yasmine
Naïla Yasmine

4 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 décembre 2025
Sublime ! Parfois, de petits bijoux vous tombent entre les mains. O Riso e a faca en est un.
Tout est à la fois beau, doux, et absolument génial.
Lynebonnaud
Lynebonnaud

2 abonnés 131 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 novembre 2025
LE RIRE ET LE COUTEAU de Pedro Pinho

Sérgio, ingénieur environnemental, traverse en voiture l’Afrique de l’Ouest du Portugal à la Guinée-Bissao. Il est en charge pour le compte d’une ONG d’écrire un rapport sur la construction d’une route. Son tracé initial devait passer par une zone de forêt dans laquelle vivent les derniers spécimens d’une espèce d’hippopotames. Finalement, elle traverserait des rizières en deçà du fleuve, dont la culture est le seul moyen de subsistance des locaux. Le dérèglement climatique est visible dans cette région du monde, là où les cultivateurs construisent à mains nus des remparts contre l’eau salée qui s’infiltre, afin de préserver leurs lopins de terre. Sérgio viendra à apprendre qu’il remplace dans sa mission un Italien fraîchement disparu.

L’histoire ne semble être finalement qu’un prétexte pour le réalisateur à la mise en image du néocolonialisme, cet héritage du post-colonialisme des rapports entre les noirs et les blancs, idées développées par Frantz Fanon dans « Peaux noires, masques blancs» .

Sérgio incarne ici un personnage qui par sa posture, sa manière d’être au monde dans son altérité et ouverture d’esprit, vient abolir les frontières dans lesquelles sa couleur de peau devrait implicitement l’enfermer. Il permet alors au fil de ses rencontres par le déséquilibre qu’il créait dans ses relations humaines, d’être un catalyseur dans la réaction des autres. Le film en devient alors intellectuellement passionnant. Diàra par sa liberté d’agir casse elle aussi les codes du stéréotype de la femme africaine noire, censée se soumettre au patriarcat. Gui, quant à lui, brésilien venu chercher dans ce pays d’Afrique ses racines noires, ne parvient pas à être reconnu comme une personne noire. La liberté d’être des 3 personnages les rapprochent dans une relation intime faite de désirs et d’amitié.

Le réalisateur écrit avec ses images. Il porte à l’écran une scène d’une rare violence à laquelle il semble avoir assisté, qui porte une charge inouïe contre les personnels des ONG. Ces derniers ne permettent pas aux locaux de les remercier par le repas qu’ils ont pourtant préparé pour eux, après avec le sourire en éventail s’être montrés extrêmement humiliants dans leurs questions infantilisantes et sans filtre. La mise en image quasi documentaire est alors redoutablement efficace, tout comme celle d’une scène sexuelle très éloquente.

La durée du film permet à l’image une sensualité envoûtante. Le spectateur suit Sérgio et se laisse porter dans ses déambulations et ressentis. Le film nous transporte dans le souvenir des films de Depardon, d’ « Une femme en Afrique » à « Un homme sans l’occident ».
Les 3 personnages principaux sont nommés par leurs noms d'acteurs respectifs, Gui, Diàra et Sérgio. Cléo Diàra a remporté le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes Un certain regard. Elle et Jonathan Guilherme, sont réellement lumineux à l’écran. Leurs personnages tout comme celui de Sérgio incarnent des êtres complètement libres qui réécrivent le monde différemment avec humanité.

Un film de voyages et de désirs d’une grande sensualité qui sous son apparente simplicité reste terriblement politique et porte en lui beaucoup d’espoirs dans la possibilité de réinventer les rapports sociaux des êtres humains, là où on pourrait les croire figer par le poids de l'histoire.

Le rire et le couteau (Portugal – 3h37) de Pedro Pinho avec Sérgio Coragem, Cléo Diàra, Jonathan Guilherme, etc.
GARAL
GARAL

11 abonnés 53 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 octobre 2025
Ce film emprunte sa nonchalance et son imprévisibilité au cours d'eau sur lequel on naviguera vers la fin du film;.Le héros, un humanitaire blanc chargé d’étudier la faisabilité d’une route,en Guinée Bissau ainsi que son impact sur l'écosystème ambiant navigue avec indolence face à un 'il ne comprend pas et qui ne le comprend pas tout en restant consciencieux de sa mission. Incompréhension mutuelle structurelle qui n'empêche pas une volonté de bienveillance réciproque quand d'autres intérêts ne sont pas en jeu. Parallèlement à la découverte de cet environnement nouveau pour lui, notre héros se découvre lui-même progressivement. Le réalisateur est connu pour des positions "militantes" mais le film n'est jamais didactique et ne tombe jamais dans la caricature.
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