Expérience folle. L'impression d'embarquer sur un fleuve et de ne pas voir le temps passer, ébahi parce que ce l'on voit. Sauf qu'ici le fleuve est une charge politique ultra corrosive sur le néocolonialisme, et en même temps un voyage sensuel électrique. J'ai vu des films de 1h17 qui m'ont paru plus long.
Quiconque est sensible à l'aventure ethnographique ne peut rester indifférent devant ce récit, ni à son protagoniste qui tente maladroitement de s'immiscer dans un univers inconnu tout en y traçant un chemin éthique.
Film d'une ampleur sidérante, une expérience de cinéma unique. J'ai besoin de le revoir, mais y retourner, bon, pas tout de suite, alors allez le voir !
Film ou documentaire ? Les deux, je pense ! Passionnant mais dommage qu'on ne sache pas à la fin quel est son choix de vie et le résultat de son rapport !
Un film de trois heures et demie, centré sur un seul enjeu narratif — la réalisation ou non d’une route en Afrique — représente un véritable défi pour le spectateur.
Mais avec 38 degrés à l'extérieur, j'avoue ne pas avoir boudé mon plaisir de me retrouver dans une salle climatisée pendant un si long moment ! Comme le résume parfaitement Télérama, Le Rire et le Couteau « est le film idéal pour oublier la canicule : une demi-journée ou presque de cinéma sans tabou ni certitude, autrement et ailleurs. »
Et il est vrai que la promesse d’évasion est tenue. Le film dépayse totalement, prenant le temps de dépeindre une Afrique riche et complexe, non pas à travers des rebondissements spectaculaires, mais via les rencontres et les déplacements du personnage principal.
Au point qu’on se surprend souvent à ressentir davantage l’intensité d’un documentaire que celle d’une fiction.
Le film est très riche et aborde une multitude de thématiques : les conséquences de la post colonisation et du capitalisme, la corruption, les inégalités entre classe dirigeante et une population qui vit dans le plus grand dénuement... et il surprend par le virage sensuel, voie érotique, que le récit prend à plusieurs reprises, renforçant encore l'aspect envoutant du film.
À l’image de son héros, qui observe plus qu’il n’agit et dont la passivité se décline à l’écran sous toutes ses formes, le film n’impose jamais de point de vue. Il réussit ainsi à s’affranchir de tout procès en néocolonialisme que l’on pourrait lui faire.
Le Rire et le Couteau demeure une œuvre exigeante, qui demande au spectateur d’accepter de lâcher prise et de se laisser guider par le rythme et l’atmosphère singulière du film.
헥헲́헰헼헺헽헲헻혀헲 : prix d'interprétation féminine pour Cleo Diára, dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes.
Magnifique fable du rire et du couteau en Guinée Bissau
Pedro Pinho frappe un grand coup avec son très beau et très long film (3 h 31), Le rire et le couteau. Les trois acteurs principaux sont exceptionnels : Sérgio Coragem (Sergio), Cleo Diára (Diara) et Jonathan Guilherme (Guillermhe). Le réalisateur ne tombe jamais dans la caricature. Le débat sur l’impact de la colonisation portugaise en Guinée Bissau et le rebond ultérieur du pays décolonisé sont subtilement au cœur de l’intrigue. Difficile de rester insensible à l’enthousiasme et la naïveté de Sergio, ingénieur portugais venu diagnostiquer l’impact écologique d’un projet de construction de route.
un parti pris d'attirer et d'égarer un personnage et le spectateur dans la réalité multiple de la Guinée-Bissau, entre comédie, thriller potentiel, réflexion politique, paysages infinies, personnages attachants et exaspérants...
C’est très long, c’est un documentaire dans lequel on a distillé quelques personnages de fiction qui nous montrent les différents aspects bizarroïdes de la Guinée Bissau, à travers le regard faussement naïf d’un humanitaire qui se prend au passage d’amitié pour les trois quatre drag queen que doit compter le pays… prix d’interprétation improbable
Très bon film, donnant une image sans concession d’un pays d’Afrique trop peu connu. J’ai apprécié le fait que tous eisnzrsonnages soient ambigus, une ambiguïté correspondant à la complexité de la situation vécue. Par contre je n’étais pas au courant de la durée du film… 3h30 !
Il y a dans ce film quelques instants de grace, mais le délire critique qui l'entoure reste pour moi incompréhensible. Les 3h30 passent sans ennui - grand talent du cinéaste - mais le film finit par rejoinde les défauts du personnage principal: mollesse et indécision. La passivité du héros, très bien interprété, devient à la fin insupportable. L'actrice principale existe vraiment, magnétique, elle a une indéniable présence. De beaux personnages, l'aspect queer est élégant et empathique, ouvrant les esprits comme chez Audiard. Le fillm délivre en permanence un discours (le film est très bavard) extrêmement complexe sur le racisme, la colonisation, la corruption, le conflit entre tradition et modernité, le point de vue et les défauts des différentes communautés, les "valeurs" occidentales véhiculées niaisement, naïvement ou cyniquement par les ONG. C'est audacieux. L'aide au développement centrée sur la santé, l'écologie et le climat: peut-être une forme moderne de colonisation ? Mais la peau blanche reste rédibitoire, et cela a du attrister les spectateurs 100% blancs de la salle pleine à craquer. Le film n'apporte aucune conclusion à ses différents fils narratifs ou scénaristiques: c'était très à la mode en 1960 (L'Aventura) mais c'est nul et poseur aujourd'hui. Et malgré les qualité de l'image, de la mise en scène, de la musique, et de l'interprétation, le défaut majeur reste cette léthargie contemplative menant à une quasi absence d'émotion, humaine ou cinématographique, à l'exception d'une longue scène très crue qui réveille indéniablement le cardio - un comble.
Le rire et le couteau se présente comme une quête animée par le désir de l’autre ( Autre qui semble insaisissable) tout en déroulant - en contrepoint - un cheminement intérieur vers une forme d’émancipation dans le rapport au monde (un rapport plus conscient basé sur l’écoute et le partage). Les différentes thématiques de ce film se tressent en un tout original et magnifique avec des personnages qui vibrent de questionnements et de désirs. Renversant !
Chef d’œuvre cinématographique qui ne peut laisser indifférent. Vous laisse ce sentiment que vous n’êtes rien, que seule l’errance a une vérité. Claque d’humilité à tout niveau. On attend et on prie les dieux qui voudront nous donner une version dvd blu-ray
Une scène semble bien résumer le film : une ONG vient de fournir des latrines aux gens du village, ça leur évite d'avoir à faire leurs besoins dans la forêt, en particulier lors de la saison des pluies. C'est le jour de l'inauguration. Le protagoniste y assiste, il est assis à côté d'une villageoise. Elle lui demande tout à coup s'il est vrai qu'en Europe on utilise de l'eau potable pour vider les gogues. Il lui répond que oui, c'est vrai. Elle pose la même question à deux reprises encore, et l'autre lui répond que oui c'est vrai. Tout le film décline cette dissonance à coups de discussions en plans plus ou moins rapprochés, de face ou de profil, entrecoupées de scènes en boîte, en famille, en groupe d'amis, en bateau.