Soudain
Note moyenne
4,0
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278 critiques spectateurs

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Clem Lepic
Clem Lepic

64 abonnés 377 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 7 septembre 2026
Après une première partie du film que j'ai trouvé un peu soporifique et particulièrement lente avec une sorte de cours magistral sur tableau sur la démocratie et le capitalisme à un moment, la 2e partie m'a davantage touché. Il y a quelque chose de très beau dans cette amitié évidente que tombe sur ces deux femmes et la volonté d'être là l'une pour l'autre encore plus lorsque les épreuves arrivent. Très intéressants aussi les passages d'art-thérapie orchestrés par la metteuse en scène japonaise dans cet ephad, de vrais moments de grâce.
YH.
YH.

24 abonnés 22 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 12 août 2026
Quel ennui mais quel ennui ! J’ai tenu 2 heures sur les 3h15 mais à quel prix. Les 2 actrices sont formidables mais le contenu de leurs échanges est tellement didactique et académique qu’on a le sentiment d’assister à un cours d’économie et de philosophie qui ne s’arrête pas (avec schémas sur un paperboard à l’appui) Une vraie caricature du cinéma japonais, souvent très lent, très étiré et encore une fois terriblement ennuyeux. Dommage ..
Arthur Brondy

310 abonnés 1 537 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 septembre 2026
Il ne faut définitivement pas avoir peur de la durée de ce film. Dans ce nouveau Ryūsuke Hamaguchi, Virginie Efira incarne Marie-Lou, une directrice d’Ehpad qui cherche à restaurer un accueil digne des personnes âgées. Un changement d’approche qu’elle doit faire accepter par sa direction mais aussi par ses équipes. En parallèle, une rencontre va changer sa vie : Mari est une metteuse en scène japonaise et malade. Leur amitié sincère et puissante est passionnante. On prend plaisir à écouter les dialogues riches et profonds sur la vie, la mort, l’art, la politique. Un très grand film.
Pierre Kuzor
Pierre Kuzor

189 abonnés 612 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 août 2026
Ai vu « Soudain » du réalisateur japonais Ryüsuke Hamaguchi (« Drive my car », « Hasako I et II ») qui a été projeté en Compétition lors du dernier Festival de Cannes et qui a valu le Prix d’interprétation féminine aux deux comédiennes du film. Ce film est une véritable expérience philosophique et sensorielle de 3h15. Hamaguchi filme la rencontre entre deux âmes de cultures différentes. Marie-Lou (Virginie Efira extraordinaire), la parisienne, anthropologue, directrice d’un Ehpad à la limite d’un burn-out fait la connaissance de Mari (Tao Okamoto très intense) philosophe et metteur en scène japonaise qui est atteinte d’un cancer au stade 4. Le film se déroule sur le mois de juin 2025 entre Paris et le Japon. Comment apporter de l’humanité (l’humanitude) dans une structure privée uniquement régie pour les intérêts des actionnaires ? Comment maintenir une cohésion de groupe dans une équipe soignante quand chacun à un regard différent sur le mode de fonctionnement ? Comment s’investir sans se détruire ? Comment ne pas sacrifier la compassion et l’altruisme quand on est aidant en sous effectif ? Le regard philosophique de Mari va répondre à de nombreuses questions que se pose Marie-Lou dont l’écoute et la bienveillance est le moteur pour faire fonctionner son établissement. Le film est d’une grande douceur, d’une belle poésie et nous vaut plusieurs scènes de bravoure dont une leçon d’économie de 15 minutes extraordinaire et lapidaire, ainsi que d’une séance collective de massage de pieds, mémorable. Les deux comédiennes alternent le français et le japonais avec brio et l’osmose de leur interprétation est au-delà du jeu. Ce film est basé sur le regard, le toucher, l’écoute et l’équilibre. Il vous cueille émotionnellement à des moments totalement inattendus. « Soudain » est un véritable massage cérébral et sensitif dont on ressort véritablement rasséréné et apaisé. Une expérience thérapeutique bienveillante et bienfaisante. Indispensable !
CINÉ FEEL
CINÉ FEEL

83 abonnés 292 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 20 août 2026
Grosse déception à la vision de ce film de l’auteur de Drive My Car, l’un des plus beaux films des 10 dernières années.
Rien ne va, ou presque. Comme si une formede malédiction empêchait le projet de réaliser en france, avec des acteurs français, un film japonais. On avait connu la même mésaventure avec La Vérité, de Kore Eda, qui ratait sa cible. Qu’est ce qui cloche ici, malgré l’énergie que Virginie Effira a mis dans ce projet et sa pratique de la langue japonaise ?
Tout d’abord une sorte de naïveté, voire de mièvrerie, qui rend la description de cet Ehpad un peu irréelle, du moins fantasmée
Beaucoup d’invraisemblances notamment la rencontre avec Mari
Un épisode très didactique sur le capitalisme, qui assomme
Le recours au théâtre comme thérapie: pourquoi pas, mais encore faut il que ce soit regardable. On est ici dans un théâtre des années 70, complètement déconnecté d de son époque et dont on imagine mal que son propos puisse passer la rampe, face à ce public
L’épisode japonais a Kyoyo, asse peu crédible et qui tire vers le mélo
Et surtout, surtout, la durée du film qui assome le spectateur par ses répétitions et ses dialogues trop explicites. Il y a au moins 1 heure de trop hélas
Dommage, vraiment, mais il est difficile de rester mobilisé pendant toute la durée de ce conte, malgré ses très bonnes intentions.
Emmanuel B.
Emmanuel B.

19 abonnés 11 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 7 septembre 2026
J'ai adoré ce film, et pourtant ...
1 je suis pas un grand admirateur de Virginie Efira et ce n'est pas sur sa présence que je mise mon attrait pour un film, mais elle y est magnifique.
2 un film de plus de 3 h ça peut faire peur, mais je n'ai pas vu le temps passer.
Merci
Theo
Theo

44 abonnés 1 090 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 août 2026
Il existe des films qui racontent une histoire, et d’autres qui semblent vouloir modifier, presque imperceptiblement, notre manière d’habiter le temps. *Soudain* appartient à cette seconde catégorie. Ryūsuke Hamaguchi part pourtant d’une matière que le cinéma pourrait facilement rendre pesante : le vieillissement, la maladie, la dépendance, l’épuisement professionnel, la difficulté de prendre soin des autres dans un monde qui mesure sans cesse ce que coûte une minute d’attention. Mais son film refuse obstinément de transformer ces sujets en programme dramatique ou en machine à émotions. Pendant plus de trois heures, il cherche quelque chose de beaucoup plus délicat : comprendre ce qui arrive lorsque deux êtres humains s’accordent suffisamment de disponibilité pour commencer à se voir autrement que par leur fonction, leur utilité, leur maladie ou leur place dans la société.

Marie-Lou dirige un établissement pour personnes âgées et tente d’y faire vivre l’Humanitude, une philosophie du soin qui replace au premier plan le regard, la parole, le toucher et la dignité. Hamaguchi aurait pu en tirer un récit édifiant opposant mécaniquement la bienveillance d’une femme aux brutalités d’un système. Il choisit heureusement une voie infiniment plus intéressante. Dès ses premières scènes, *Soudain* comprend que la bonté n’abolit ni les contraintes matérielles, ni la fatigue, ni les contradictions de ceux qui veulent changer les choses. Marie-Lou ne devient donc jamais une sainte chargée d’enseigner aux autres comment être humains : son désir de bien faire possède une énergie magnifique, mais également une part d’obstination, une impatience, parfois même une manière d’exiger des autres une disponibilité dont elle sous-estime le prix. Le soin cesse alors d’être une abstraction moralement irréprochable pour redevenir ce qu’il est : du temps donné, des corps mobilisés, des gestes répétés, de l’attention qu’il faut continuellement soustraire à la logique de l’efficacité.

C’est là qu’apparaît toute l’intelligence du titre. *Soudain* est un film extrêmement long consacré à ce qui peut surgir en une seconde. Une rencontre, une intuition, un changement de regard, une parole qui déplace quelque chose en soi : l’instant ne prend tout son sens que parce qu’un temps considérable l’a préparé. Lorsque Marie-Lou rencontre Mari, metteuse en scène japonaise confrontée à la maladie, Hamaguchi ne cherche pas à provoquer artificiellement l’évidence d’une grande amitié. Il filme au contraire tout ce qui précède cette évidence : la curiosité, la légère distance, les formulations prudentes, les questions qui en appellent d’autres, le plaisir inattendu de rencontrer enfin quelqu’un avec qui une conversation peut continuer au-delà de ce qu’exigerait normalement la politesse. Leur relation ne semble jamais commandée par le scénario parce qu’elle se constitue devant nous, dans le rythme même de leurs échanges.

Chez Hamaguchi, la parole n’est pas l’ennemie du cinéma. Elle en devient une matière physique. Les phrases possèdent une vitesse, une respiration, des détours ; elles font apparaître les différences entre les personnages avant de révéler leurs affinités. Les silences ne viennent pas simplement interrompre les dialogues : ils les prolongent. Un visage qui écoute devient parfois plus important qu’un visage qui parle. Une hésitation vaut davantage qu’une explication. Et *Soudain* réussit alors ce prodige assez rare consistant à rendre une conversation véritablement spectaculaire sans jamais la transformer artificiellement en morceau de bravoure. Quelque chose circule entre les êtres, et la caméra semble moins vouloir saisir ce quelque chose que lui laisser l’espace nécessaire pour apparaître.

Cette conception trouve son expression la plus singulière dans la circulation entre le français et le japonais. Il ne s’agit jamais d’un pittoresque échange entre deux cultures soigneusement opposées. La langue étrangère devient au contraire une magnifique matérialisation de l’effort demandé par toute relation humaine. Parler à quelqu’un, c’est déjà accepter de sortir légèrement de soi ; parler dans sa langue, c’est consentir encore davantage à ce déplacement. Virginie Efira et Tao Okamoto font de cette difficulté une richesse de jeu extraordinaire. Leurs intonations, leurs petites résistances, leur concentration et cette manière parfois infinitésimale de chercher le mot juste donnent aux dialogues une vulnérabilité impossible à obtenir avec une parole parfaitement automatisée. Leur bilinguisme n’est donc pas une prouesse périphérique : il touche directement au projet du film, qui consiste précisément à demander jusqu’où nous sommes capables d’aller pour rejoindre l’autre. Les deux comédiennes ont travaillé dans la langue de l’autre pour le film, prolongeant jusque dans leur interprétation ce principe de déplacement réciproque.

Virginie Efira trouve ainsi l’un de ces rôles où son extraordinaire naturel devient presque trompeur. Marie-Lou semble vivre avant de sembler interprétée. Il suffit parfois d’une manière de se déplacer, de reprendre son souffle ou de faire passer une inquiétude derrière une activité très concrète pour que le personnage acquière une densité considérable. Efira donne surtout une présence physique à son idéalisme : sa générosité n’est pas une belle idée posée sur le scénario, elle traverse un corps qui travaille, organise, insiste, fatigue. Tao Okamoto lui répond dans un registre plus intérieur sans jamais sombrer dans l’effacement. Mari possède une douceur qui n’interdit ni l’acuité ni l’humour ; elle existe avec une sérénité apparente sous laquelle le film laisse continuellement deviner une pensée en mouvement. L’équilibre entre les deux est admirable, parce qu’aucune ne devient le satellite émotionnel de l’autre. Elles ne se complètent pas comme deux moitiés écrites pour s’emboîter : elles restent deux individualités entières qui découvrent simplement qu’un espace commun peut exister entre elles.

Cette justesse doit énormément au regard posé sur leurs corps. La photographie d’Alan Guichaoua ne cherche pratiquement jamais à signaler sa beauté ; elle la laisse naître de la durée, de la lumière disponible, des distances entre les personnages et de la profondeur des lieux. Hamaguchi privilégie une proximité dépourvue d’agression : il regarde longtemps sans donner l’impression de surveiller. Sa méthode, parfois fondée sur l’emploi simultané de deux caméras et sur une succession de prises allant progressivement du général vers une plus grande proximité, correspond idéalement à ce cinéma de l’approche. La caméra ne conquiert pas immédiatement le visage ; elle semble gagner le droit de s’en rapprocher. Cette retenue esthétique devient alors profondément cohérente avec ce que raconte le film : il existe une différence fondamentale entre observer quelqu’un et lui accorder son attention.

Même l’EHPAD échappe largement au statut de décor fonctionnel. Parce que le tournage s’est effectué au contact d’un véritable établissement et que résidents comme membres du personnel ont pu participer au film, quelque chose résiste constamment à la fermeture de la fiction sur elle-même. Les personnes âgées ne sont jamais seulement là pour produire de la compassion ou certifier la noblesse morale des protagonistes ; elles possèdent leurs rythmes, leurs résistances, leurs présences, parfois leur drôlerie. Surtout, Hamaguchi comprend que filmer le soin impose une éthique du cadre : un corps vulnérable ne doit jamais être transformé en spectacle de sa vulnérabilité. Sa caméra demeure attentive aux gestes les plus ordinaires, et c’est précisément dans leur banalité que ceux-ci retrouvent leur importance.

Cette attention au concret empêche heureusement *Soudain* de devenir le pur traité philosophique que sa profusion verbale pourrait laisser craindre. Le film s’intéresse frontalement à ce qui réduit l’être humain à une fonction : produire, gérer, soigner, diriger, être malade, être vieux, être utile. Il interroge également la manière dont une économie fondée sur la rentabilisation du temps finit par entrer en conflit avec des activités dont la valeur dépend précisément du temps que l’on accepte de ne pas rentabiliser. La réflexion traverse le film avec une cohérence impressionnante ; Hamaguchi nourrit notamment son scénario de l’Humanitude, de la pensée de Franco Basaglia et d’une réflexion plus large sur les mécanismes d’un système économique susceptible de dévorer jusqu’à notre disponibilité intérieure.

C’est aussi là que se situe la principale limite de cette œuvre presque constamment remarquable. *Soudain* est infiniment plus puissant lorsqu’il **incarne** ses idées que lorsqu’il les **énonce**. Certaines conversations philosophiques ou politiques franchissent ponctuellement cette frontière imperceptible au-delà de laquelle deux personnages cessent tout à fait de parler pour devenir les véhicules extrêmement éloquents d’une démonstration. Hamaguchi demeure suffisamment grand metteur en scène pour rendre ces passages intellectuellement stimulants, mais il arrive que le film explicite une intuition dont un geste, un silence ou la simple organisation d’une scène nous avait déjà fait comprendre toute la profondeur. Sa générosité conceptuelle peut alors devenir légèrement insistante. De même, cette durée considérable, loin d’être une coquetterie d’auteur, possède une véritable nécessité : elle permet aux rapports de mûrir, au temps de devenir une matière et aux conversations de dépasser le simple échange d’informations. Mais tout n’atteint pas la même intensité ; quelques inflexions pourraient disparaître sans que l’architecture humaine du film perde quoi que ce soit.

Ces réserves restent pourtant relativement modestes face à ce que *Soudain* accomplit. Car plus le film avance, moins l’Humanitude paraît désigner uniquement une méthode de soin. Le mot finit par contaminer secrètement toute la mise en scène. Comment regarder quelqu’un ? Comment lui parler ? Jusqu’à quelle distance s’approcher ? Que signifie être présent lorsque l’on ne possède aucune solution ? Comment maintenir l’autre dans le monde sans prétendre décider à sa place de ce que ce monde doit être ? À travers une histoire extraordinairement concrète, Hamaguchi transforme ces questions en principes de cinéma. Son film écoute les personnages avant de les interpréter, leur donne du temps avant de leur demander de produire du sens et accepte surtout qu’une personne demeure plus vaste que l’explication que l’on pourrait fournir d’elle.

Voilà pourquoi ses trois heures et seize minutes ne donnent finalement pas la sensation d’un film qui voudrait impressionner par son ampleur, mais de quelqu’un qui refuserait d’abréger une conversation simplement parce que le monde estime qu’elle a suffisamment duré. La longueur devient presque politique : dans une époque obsédée par l’accélération, *Soudain* ose considérer l’attention comme une activité à part entière. Il rappelle qu’écouter n’est pas attendre son tour pour parler, que prendre soin n’est pas seulement accomplir correctement un geste, que rencontrer quelqu’un ne signifie pas seulement apprendre qui il est. Il faut parfois suffisamment de temps pour que les catégories s’effacent et qu’apparaisse, derrière la directrice, la malade, la Française, la Japonaise, la soignante ou l’artiste, quelque chose de beaucoup moins facilement définissable : une personne.

*Soudain* n’est donc pas tout à fait cette œuvre parfaite dont chaque seconde semblerait absolument irremplaçable. Quelques idées se font entendre un peu plus fort qu’elles ne devraient, certaines démonstrations auraient gagné à conserver le secret magnifique des meilleurs moments du film, et cette exceptionnelle disponibilité demandée au spectateur n’est pas toujours récompensée avec la même intensité. Mais lorsque Hamaguchi cesse d’expliquer pour simplement regarder, son cinéma atteint une limpidité bouleversante. Peu de films savent faire sentir avec une telle précision que la douceur peut être une forme d’action, que l’écoute peut devenir un événement et que le temps consacré à quelqu’un n’est jamais nécessairement du temps perdu.

Le plus beau paradoxe de *Soudain* est finalement contenu dans son titre : il faut parfois attendre très longtemps pour que quelque chose arrive **soudain**. Et Hamaguchi possède cette confiance magnifique, presque insensée, dans le cinéma et dans les êtres : si l’on regarde assez longtemps, si l’on écoute assez attentivement, si l’on résiste à la tentation d’aller immédiatement à l’essentiel, l’essentiel finira peut-être par surgir de lui-même.

Spoilers:

spoiler: Il faut un singulier courage de cinéaste pour bâtir plus de trois heures de film autour d’une idée aussi simple, aussi fragile et, au fond, aussi difficile à représenter que celle-ci : regarder véritablement quelqu’un. Avec *Soudain*, Ryūsuke Hamaguchi ne raconte pas seulement la rencontre entre Marie-Lou, directrice d’un établissement pour personnes âgées, et Mari, metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer ; il cherche ce qui se produit lorsque deux existences cessent progressivement de se tenir à distance. Librement inspiré d’une correspondance entre la philosophe Makiko Miyano et l’anthropologue Maho Isono, le film s’éloigne largement de la lettre de son matériau originel pour en conserver le mouvement essentiel : celui par lequel une conversation intellectuelle devient une relation, puis une nécessité affective. Hamaguchi en fait son premier long métrage majoritairement tourné en français et construit ce passage entre la France et le Japon autour de l’Humanitude, méthode de soin fondée notamment sur le regard, la parole, le toucher et le maintien de la dignité de la personne. Ce qui aurait facilement pu devenir un film à sujet — la vieillesse, la maladie, la fin de vie, la crise des EHPAD, le manque de moyens, l’épuisement des soignants — devient ainsi quelque chose de beaucoup plus vaste : une réflexion sur les conditions nécessaires pour qu’un être humain demeure un sujet aux yeux d’un autre. Marie-Lou veut transformer l’établissement qu’elle dirige sans disposer réellement des moyens de ses ambitions. Elle demande davantage de présence dans un système qui rémunère le temps comme une ressource à optimiser ; davantage d’attention lorsque les équipes manquent déjà de bras ; davantage d’humanité dans une organisation qui, par nécessité économique, tend continuellement à convertir les personnes en tâches, les gestes en procédures et les minutes en coûts. Hamaguchi comprend surtout que cette contradiction serait beaucoup moins intéressante si elle opposait simplement une héroïne éclairée à une institution monstrueuse. Les résistances qu’elle rencontre n’ont pas toutes la même origine : certaines procèdent de la logique financière, d’autres de l’épuisement très concret de celles et ceux à qui l’on demande de faire mieux sans leur donner davantage. Le film possède là une intelligence morale remarquable : vouloir le bien ne dispense jamais de s’interroger sur celui qui devra matériellement le rendre possible. L’utopie de Marie-Lou est admirable ; son volontarisme peut aussi devenir aveugle. Et c’est précisément parce qu’Hamaguchi laisse cette contradiction travailler son personnage qu’il évite, la plupart du temps, l’angélisme auquel son sujet semblait pourtant le condamner. Puis Mari entre dans le film, presque comme le hasard entre dans une vie : sans demander la permission au récit. Et *Soudain* change de centre de gravité. Leur rapprochement ne repose ni sur une mécanique romanesque, ni sur une succession de révélations psychologiques, mais sur quelque chose de beaucoup plus rare : le plaisir de découvrir la pensée de l’autre. Chez Hamaguchi, parler n’est jamais l’interruption de l’action ; parler **est** l’action. Une idée avance, hésite, rencontre une objection, bifurque, se reformule, et cette circulation intellectuelle produit progressivement de l’intimité. La grande déambulation nocturne qui accompagne leur rapprochement est à ce titre l’une de ces séquences où sa mise en scène atteint une grâce presque inexplicable. Les deux femmes peuvent discuter du hasard, du risque, du travail, de la société, du capitalisme ou de ce qu’il faudrait changer pour « rendre possible l’impossible » ; pourtant, ce que nous regardons réellement n’est plus le contenu abstrait de leurs phrases. Nous regardons deux personnes apprendre la cadence l’une de l’autre. Le dialogue devient rythme, la marche devient accord, les changements de langue deviennent autant de petits actes de confiance. Et tandis que le jour disparaît autour d’elles, le paysage semble progressivement absorber leur conversation jusqu’à ce qu’une idée intellectuelle — être pleinement présent à quelqu’un — devienne une sensation de cinéma. Plus tard, Kyoto répondra à Paris, le lever du jour au crépuscule, et un train surgi presque accidentellement dans le décor deviendra lui-même une ligne de passage entre deux mondes. Toute la beauté de *Soudain* tient alors dans une correspondance secrète entre ce qu’il raconte et la manière dont il le filme. L’Humanitude demande de ne pas traiter le corps vulnérable comme un objet passif ; Hamaguchi refuse pareillement d’utiliser les résidents comme accessoires émotionnels. Son regard se place auprès d’eux plutôt qu’au-dessus d’eux. Il observe les toilettes, les repas, les déplacements, les conversations, les hésitations, les gestes minuscules par lesquels quelqu’un est rassuré ou reconnu. Le soin devient une mise en scène et la mise en scène, presque une forme de soin. Cela vaut également pour les acteurs : la caméra ne semble pas venir arracher une émotion, mais attendre qu’elle apparaisse. Tournant parfois avec deux caméras, privilégiant relativement peu les très gros plans et répétant longuement ses scènes en rapprochant progressivement l’appareil de l’espace des comédiens, Hamaguchi construit une proximité qui ne ressemble jamais à une intrusion. Cette méthode s’accorde admirablement avec un récit où l’enjeu fondamental consiste justement à savoir comment s’approcher de quelqu’un sans l’envahir. Virginie Efira et Tao Okamoto portent cette méthode avec une précision exceptionnelle parce qu’elles ne cherchent jamais à fabriquer artificiellement la profondeur du lien. Efira donne à Marie-Lou une énergie extraordinairement concrète : celle d’une femme qui téléphone, négocie, convainc, organise, tient debout les autres et finit presque par ne plus savoir comment s’arrêter elle-même. Son idéalisme n’a rien d’éthéré ; il passe par une fatigue, une tension physique, une manière de continuer lorsque le corps commence déjà à protester. Face à elle, Tao Okamoto compose une Mari d’une limpidité trompeuse. La maladie est là, évidemment, mais le film refuse de lui permettre d’engloutir son personnage. Mari demeure d’abord une intelligence, un humour, une curiosité, une manière de regarder les choses ; elle n’est jamais transformée en compte à rebours ambulant destiné à préparer les larmes du spectateur. Leur remarquable travail linguistique participe directement de cette relation : chacune a dû apprendre à jouer dans une langue qui n’était pas la sienne, Efira en japonais et Okamoto en français. Les légères résistances de la parole, les écarts de rythme et la concentration nécessaire pour écouter véritablement l’autre cessent alors d’être des imperfections pour devenir le cœur même du film. Comprendre quelqu’un demande un effort. Répondre exige d’avoir entendu. Et l’une des plus belles idées d’Hamaguchi consiste précisément à filmer ceux qui écoutent avec autant d’attention que ceux qui parlent. C’est également ce qui protège *Soudain* du mélodrame lorsque la mort cesse d’être une abstraction. Le titre contient depuis le commencement cette menace : ce qui est stable peut, soudain, ne plus l’être. Une maladie peut se dégrader ; quelqu’un peut tomber ; une présence sur laquelle notre quotidien commençait à compter peut devenir une absence. Hamaguchi ne transforme pourtant jamais cette finitude en spectacle. Lorsque Mari décline, la question n’est plus de savoir si Marie-Lou pourra la sauver — elle ne le peut pas — mais ce que « prendre soin » signifie lorsque guérir est devenu impossible. C’est ici que le film referme magnifiquement son architecture : l’Humanitude, d’abord présentée comme une méthode appliquée aux résidents d’un établissement, devient peu à peu une philosophie de la relation elle-même. Regarder. Parler. Toucher. Rester. Ne pas réduire quelqu’un à ce que son corps est en train de perdre. Le petit signe qui peut encore passer d’une personne à l’autre lorsque les grandes conversations ne sont plus possibles prend alors davantage de poids que les discours les plus savants du film. L’« impossible » n’était peut-être jamais d’empêcher la disparition ; il était de préserver jusqu’au bout la possibilité d’une relation. C’est précisément parce que *Soudain* atteint par moments une telle évidence qu’apparaissent aussi ses limites. Hamaguchi fait généralement confiance au temps, aux corps et aux silences ; il fait parfois moins confiance au spectateur lorsqu’il s’agit des idées. Certaines conversations politiques et philosophiques verbalisent avec une insistance superflue ce que l’organisation même du récit avait déjà admirablement fait sentir. Le capitalisme, en particulier, quitte ponctuellement le statut de force invisible — cette machine qui transforme le temps humain en quantité mesurable — pour devenir un objet explicitement nommé et démontré. Or le film est plus puissant lorsqu’une aide-soignante épuisée, une réunion administrative ou quelques minutes volées à quelqu’un disent le système sans avoir besoin d’en produire la théorie. De même, plusieurs figures secondaires restent davantage définies par leur fonction dans la démonstration que par la mystérieuse épaisseur accordée aux deux protagonistes. Quant aux 196 minutes, elles sont profondément cohérentes avec la proposition : il faut du temps pour que la proximité entre Marie-Lou et Mari cesse de sembler écrite et commence à sembler vécue. Mais nécessaire ne signifie pas toujours irréprochable : quelques développements répètent une intuition déjà pleinement comprise, et le film aurait parfois gagné à appliquer à ses propres idées la retenue avec laquelle il traite ses émotions. Ces réserves empêchent *Soudain* d’atteindre cette perfection miraculeuse où plus rien ne semble pouvoir être déplacé, mais elles n’altèrent guère la force profonde de l’expérience. Car Hamaguchi réussit quelque chose de beaucoup plus précieux qu’une dissertation brillante sur le soin : il transforme une morale en sensation. Au terme de ces heures passées auprès de Marie-Lou et Mari, on ne retient pas seulement une méthode gérontologique, une réflexion sur la maladie ou une critique de l’organisation économique du temps ; on devient plus attentif à la manière dont quelqu’un regarde quelqu’un d’autre, à la durée d’un silence, à une main posée, à une langue étrangère que l’on fait l’effort d’apprendre, à un corps que l’on aide à rester debout. Et la magnifique reprise finale d’un hasard trivial, presque dérisoire, suffit alors à faire comprendre ce que trois heures de cinéma cherchaient patiemment : la mort est certaine, la maîtrise est une illusion, les rencontres sont contingentes — et pourtant quelque chose peut être transmis. Quelqu’un qui a disparu peut continuer à modifier la manière dont nous traitons celui qui se trouve devant nous. *Soudain* est ainsi un film immense sans être tout à fait un film parfait, une œuvre volontairement démesurée dont certaines idées s’expliquent trop mais dont les plus belles ne s’expliquent justement jamais. Elles arrivent dans un regard, un changement de lumière, une maladresse linguistique, un massage des pieds, un train qui traverse le paysage ou un rire qui surgit au moment où on ne l’attendait plus. Hamaguchi fait durer son film pour atteindre ce que son titre promet en un seul mot : cet instant imprévisible où, après avoir longuement regardé le monde, quelque chose change — **soudain**.
Pôpô passion ciné
Pôpô passion ciné

41 abonnés 400 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 août 2026
Mais quel moment merveilleux j'ai vécu !

Depuis "A feu doux", je n'avais pas vu de film traitant de la vieillesse et du mieux vieillir.

Ça faisait longtemps que je n'avais pas j'ai vécu un moment suspendu au cinéma, de celui dont on ne voit pas le temps passer tant on est transporté !

C'est un film délicat qui prend le temps de poser les choses et de laisser l'histoire se développer lentement.

On assiste à la rencontre de deux femmes que rien ne prédestinait à ce que leur route se croise.
Elles vont se confronter à leur droit, leur peur et partager une complicité rare et précieuse.

J'ai été beaucoup émue tout au long du récit. Sûrement parce que des souvenirs remontaient à la surface. J'ai pensé à ma grand-mère et au traitement qu'elle a subit dans sa maison de retraite ou à ma mère avec la gestion de la maladie et de la question des soins palliatifs et du choix de sa fin de vie.

Il n'y a pas de rencontre fortuite, je crois au destin et ces deux femmes se retrouve au bon moment de leur vie.

C'est un récit empreint d'humanisme et d'humanité, du don de soi et de la considération de l'autre.
Les personnes âgées sont souvent reléguées au second plan de la société alors que ce sont des humains qui ont vécu et qui ont accompli des choses.

Je me fais souvent la réflexion que les animaux à la SPA sont souvent mieux traités que les patients dans les maisons de retraites ou ceux dans les hôpitaux.

Malgré un personnel qui s'investit corps et âmes dans leur travail, souvent une vocation, la faute à une direction qui demande plus de rentabilité au détriment du confort de vie.

N'ayez pas peur de la longueur du film : il vaut le coup de s'y consacrer le temps de la séance !
Venez découvrir le concept de l'humanitude et partager mon coup de coeur de ce mois d'août ❤️‍
CineMJ33
CineMJ33

13 abonnés 33 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 19 août 2026
 je suis sortie à la moitié du film ;  prouver que celui-ci était extrêmement ennuyeux, entre les cours sur l'humanité et les cours d'économie ;
efiravibes
efiravibes

10 abonnés 31 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 mai 2026
Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
KLM
KLM

5 abonnés 52 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 31 août 2026
Ce film est selon moi problématique :
- une directrice qui pense avoir raison sur tout, qui manage sans concertation (et qui s’étonne des résistances qu’elle crée) et qui prône le mélange vie privée - personnelle : bref le syndrome du héros est valorisé dans ce film alors que l’on sait combien il est nocif et délétère dans la réalité et qu’il est justement un des fondements de la société de la réussite ;
- on ne peut qu’être intéressé par le concept d’humanitude : mais dans ce film tellement bavard, à un aucun moment on entend parler les personnes âgées. Jamais. Ils ont droit à deux répliques rigolotes (réactions « ils sont tellement attendrissants » et tout le monde rit tendrement - avec condescendance dirais je) et n’ont aucun espace d’expression : c’est assez révélateur du point de vue du film. D’ailleurs, on apprend aux aides soignants à frapper trop fois avant d’entrer mais on débarque quand même à 15 dans la chambre et à 15 on assiste à la toilette de la personne agee. Dans cette scène tout est dit selon moi du problème fondamental du film. On fait la toilette des morts en présence de la famille et même des enfants. Que des red flags selon moi. Idem : très gênantes ces séquences où la vie des résidents est déballée devant l’équipe soignante sans qu’on soit sûr du consentement des personnes. Ce film renie l’intimité tout en prônant le respect des personnes : cela me semble assez paradoxal.
- ce n’est pas parce qu’on parle pendant 30
Min d’un sujet que ce qu’on en dit est plus fin ou intéressant. Les cours assénés se contentent de diffuser un vague discours éculé sur le capitalisme (tout en diffusant cette très étrange assertion selon laquelle la démocratie n’existe pas sans le capitalisme….).
Bref pour moi : l’enfer est pavé de bonnes intentions. On fait ici le bien des gens (des résidents, des salariés, des spectateurs) malgré eux, parce qu’on sait mieux qu’eux et qu’ils vont bien finir par comprendre que c’est pour leur bien.
Jean HERVE
Jean HERVE

15 abonnés 77 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 septembre 2026
horriblement long les 2 actrices sont remarquables elles méritent à mon sens la palme qu'elles ont reçu à Cannes . Le sujet est intéressant comment traiter les personnes âgées quelle attention leur porter le film pose la question
N Golfe
N Golfe

9 abonnés 38 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 14 septembre 2026
Quelle déception un dialogue sur le capitalisme ou qui veut jouer au chien savant pèle mêle on mélange marcel mauss et Marx sur l’analyse du capitalisme. Tout semble faux 3 h pour diffuser ces idées.. film se voulant pseudo intellectuel. Alors que nous sommes sur la misère et la solitude des Ehpad et leur patient ou le lien social s’est justement distendu. Une directrice de maison de santé qui est finalement bien joué comme la dureté de la direction avec les soignants tout est confus et melting-pot dommage
Sonate
Sonate

9 abonnés 45 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 9 septembre 2026
Mon avis est mitigé sur ce film. Le film manque de rythmes. Il y a de trop nombreuses longueurs assorties à des scènes non crédibles et d'autres tellement fantasmées que cela en devient ridicule. Par ailleurs, on tombe rapidement dans le pathos ; ce qui à mon sens est dérangeant.

J'aime beaucoup le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi et j'avais bien aimé ces œuvres précédentes dont Drive My Car, qui est plus subtil.... mais, là, j'ai eu beaucoup de mal avec ce film de 3h15, particulièrement pénible à suivre. J'ai souvent regardé l'heure... en calculant le temps restant.
Céline Ange
Céline Ange

10 abonnés 48 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 25 septembre 2026
Je ne peux pas dire que j'ai détesté mais je ne peux pas non plus dire que j'ai particulièrement aimé. Le sujet est délicat, l'interprétation est excellente, tout est bienveillant mais alors que de longueurs inutiles entre la pièce de théâtre et les échanges des deux protagonistes sur l'économie capitaliste ! Je ne vais pas au cinéma pour avoir l'impression d'être à un cours d'économie. Le début et la dernière partie du film sont corrects mais là partie centrale du film était vraiment pénible et inutile !
Bref un film trop utopique sur un sujet important que je trouve au final bien trop de surcôté !!
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