Soudain
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circusstar
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170 abonnés 734 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 août 2026
Quel merveilleux film. Sensible et bouleversant, les 3 heures 15 ont été un moment magique et un moment de grâce. La palme attribuée aux 2 excellentes actrices est plus que méritée. Beaucoup de poésie, d’harmonie et de beauté.
Papacroyable
Papacroyable

6 abonnés 36 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 14 août 2026
Une pièce en japonais traduite sur un grand écran comme un karaoké / alors Là pitié mais c'était énorme sachant que les pensionnaires de cet EPAD sont plus enclin à regarder leurs chaussures que l'écran ...

malgré cela ce n'est pas inintéressant .
cheffe d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
on aimerait que cette thérapie qu'il nomme " l'humanitude " ( comme une bravitude ?) marche ... mais ça sonne faux, car le réel nous le connaissons. Et puis il y a des situations un peu invraisemblables mais prière de suivre ....
Yann B
Yann B

48 abonnés 78 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 12 août 2026
Si le film a le mérite d’accorder de la dignité aux personnes âgées et hors norme, je l’ai trouvé très ennuyeux, fastidieux, et à la critique facile, avec notamment une interminable démonstration sur le capitalisme. D’autres situations, comme pour l’EHPAD, sont présentées comme des vérités, mais est-ce si simple ? Pour ne rien arranger, la relation d'amitié pseudo-spirituelle centrale sonne faux. Une bien grande déception alors que j’avais aimé Drive My Car.
Alano3
Alano3

9 abonnés 22 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 août 2026
Un silence solennel régnait ce matin dans la salle à la séance de 9h à l’Ugc des halles tout au long de cette projection. Jamais un film ne m’a bouleversé comme celui-ci. C’est difficilement exprimable tant qu’on l’a pas vu. En ces temps où tout est instable c’est une formidable ode à la vie qu’il nous proposée de saisir à pleines mains. Ched d’œuvre absolu.
YH.
YH.

24 abonnés 22 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 12 août 2026
Quel ennui mais quel ennui ! J’ai tenu 2 heures sur les 3h15 mais à quel prix. Les 2 actrices sont formidables mais le contenu de leurs échanges est tellement didactique et académique qu’on a le sentiment d’assister à un cours d’économie et de philosophie qui ne s’arrête pas (avec schémas sur un paperboard à l’appui) Une vraie caricature du cinéma japonais, souvent très lent, très étiré et encore une fois terriblement ennuyeux. Dommage ..
benoit_lb
benoit_lb

4 abonnés 40 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 12 août 2026
Etoile montante du cinéma japonais, Ryusuke Hamaguchi est forcément attendu au tournant à chaque nouveau film depuis « Drive my car » et son Prix du Scenario à Cannes en 2021. Son nouvel opus, « Soudain », qui a défrayé la chronique lors de sa présentation sur la Croisette en mai dernier, suscite donc beaucoup d’impatience. Ryusuke Hamaguchi y réinscrit son style si particulier découvert à l’occasion de « Drive my car » : trois heures de film, une amitié forte qui se construit entre ses deux personnages principaux, un contexte multiculturel omniprésent, des dialogues jonglant entre différentes langues, une pièce de théâtre à l’arrière-plan, un personnage secondaire en situation de handicap… « Soudain » place au centre de son récit deux femmes quadragénaires passionnées par ce qu’elles font au quotidien, l’une française, Marie-Lou, directrice d’un EPHAD spécialisé en psychiatrie, l’autre Mari, japonaise, metteur en scène de théâtre. Deux fortes personnalités, animées chacune par un dynamisme de chaque instant, qui ont décidé de tracer leur route nonobstant les obstacles qui se présentent sur leur chemin : les difficultés de gestion pour Marie-Lou prise en étau entre une direction inflexible et des salariés réfractaires, le cancer en phase terminale contre lequel elle se bat pour Mari.
Leur rencontre est celle de deux personnes bien entourées dans leur vie professionnelle mais qui se retrouvent très seules dans leur vie personnelle. Ni l’une ni l’autre n’a construit de famille, ni l’une ni l’autre n’a encore de parents auxquels se confier. Leur métier semble être leur unique raison d’être sur terre. Leur rencontre agit comme un aimant, comme une évidence qui devait mécaniquement se produire. Marie-Lou a longuement vécu au Japon, en maitrise la langue et en comprend la culture. Mari vit en France depuis de nombreuses années et est rompue aux us et coutumes hexagonaux. L’amitié entre ces deux femmes se crée instinctivement et en l’espace de quelques jours devient fusionnelle. Chacune a besoin de l’autre. Le cadre professionnel de l’une devient rapidement le refuge de l’autre, un moyen de se ressourcer : le monde du théâtre de Mari est pour Marie-Lou la seule échappatoire à son quotidien âpre et impitoyable, l’EPHAD de Marie-Lou est pour Mari un havre de paix, une présence humaine et la garantie de souffrances limitées face à ce cancer qui la ronge. En trois heures de film, Ryusuke Hamaguchi prend le temps de nous faire vivre l’intensité de cette amitié à travers de longs moments d’échanges en nous promenant des quais de Seine à la campagne japonaise profonde.
Mais c’est aussi là que le film trouve ses limites. Les trois heures de film, qui se révélaient être un atout de « Drive my car », ne le sont plus dans « Soudain ». Si Ryusuke Hamaguchi retrace habillement le parcours de ses deux principaux personnages à travers leurs dialogues, leurs conversations entrent rapidement dans des détails qui en dénaturent l’intérêt. Le film nous donne ainsi trop souvent le sentiment d’assister à un documentaire scientifique sur la façon d’apporter des soins aux personnes âgées atteintes de troubles psychiatriques et sur les bénéfices de la méthode de l’«humanitude» auquel il y est régulièrement fait référence. Quand il déconnecte de l’univers de la science, Ryusuke Hamaguchi plonge ses deux héroïnes dans des discussions philosophiques sans fin sur l’opposition entre capital et travail, schémas au tableau à l’appui, à la manière d’un débat de fin de soirée à la télévision. Des dialogues qui s’étirent dans le temps sans qu’on en comprenne nécessairement la finalité, chacune s’exprimant dans sa langue maternelle, et qui donnent à l’ensemble une impression de remplissage. L’émotion que l’on serait en droit d’attendre face à une femme d’une quarantaine d’année condamnée par un cancer très avancé et face à une directrice d’EPHAD qui se bat pour introduire de l’humanité, de la dignité et de l’innovation dans un monde ingrat, ne prend pas. Ryusuke Hamaguchi ne parvient pas à transformer l’essai après « Drive my car », même si la symbiose qu’il crée entre ses deux principaux personnages y est aussi forte.
C’est dommage. Le monde du grand âge et en particulier celui des établissements qui accueillent ces personnes est un cadre rarement mis en valeur au cinéma. Ryusuke Hamaguchi a le mérite de s’y risquer, ce qu’il fait d’ailleurs avec beaucoup de dextérité, en réponse au livre de Victor Castanet, « Les fossoyeurs », dont la parution il y a quelques années avait fait couler beaucoup d’encre et qui ressort en filigrane tout au long des trois heures de film. Mais à trop vouloir nous faire entrer dans la peau de ses deux héroïnes, Ryusuke Hamaguchi finit par dévier de sa trajectoire et nous laisse sortir de la salle avec l’impression de n’avoir pas su saisir l’émotion qu’il souhaitait nous transmettre.
Expert Dexter
Expert Dexter

1 abonné 22 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 12 août 2026
Des personnages attachants, mais le film aurait gagné en étant plus court. C'est long, très long, trop intellectualisé, de longue séquence trop explicatives, complètement inutile pour le déroulement de l'histoire. Virginia Efira toujours impeccable face à une merveilleuse Okamato. Des fois l'impression d'être devant un cours d'économie plutôt que devant un film de cinéma.
Omg151
Omg151

84 abonnés 77 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 12 août 2026
Quelle purge : 3H15 pour nous parler de l"humanitude" dans un ephad parisien !
Dieu sait que j'ai aimé les films d'Hamaguchi, mais là c'est la cata. On se demande
s'il y avait un producteur à bord pour le guider un minimum, car il tombe dans la longue
liste des grands cinéastes asiatiques (Kore Eda, Kurosawa, Hou Hsiao-Hsien...)
qui viennent se confronter à la réalité et aux acteurs ou actrices français
et se plantent dans les largeurs, avec des dialogues didactiques tout droits sortis de google traduction,
et une vision naïve du monde.
Bien sur quelques scènes poétiques surnagent, mais souvent silencieuses, sans parole.
Les actrices sont pas mal mais le matériel à défendre est si ingrat qu'on a du mal à s'identifier
et à ne pas les regarder comme des rats de laboratoire dans une expérience linguistique franco-japonaise.
Aficionado
Aficionado

1 abonné 2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 27 août 2026
Un bijoux , un film nécessaire que chacun devrait voir pour comprendre le principe de l’humanitude méthode de soin appliquée au plus fragile qu’il est temps de généraliser dans tous les établissements de soins.
La mise en scène est subtile à l’instar du jeux de ces deux magnifiques actrices . C est le cinéma qu’on aime encore et encore . Merci Mr Hamgushi .
besnur
besnur

20 abonnés 3 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 août 2026
film à la mise en scène brillante sur un sujet tabou mais essentiel avec des idées belles et fortes spoiler:
.
Cadreum
Cadreum

79 abonnés 831 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 11 août 2026
Un homme ferme une fenêtre de visioconférence, d'humeur, et le visage d'une femme disparaît avant qu'elle ait fini de parler. Une seconde. C'est la seule violence des cent nonante-six minutes de Soudain, et Hamaguchi n'en montrera pas d'autre : le capital n'aura dans ce film ni personnage, ni scène, ni contrechamp. Il aura simplement le droit de mettre fin à un échange quand cela l'arrange. Tout le reste consistera à lui opposer des conversations que rien n'interrompt et dont seule la mort viendra à bout.

Marie-Lou dirige un établissement privé pour personnes âgées en banlieue parisienne, Le Jardin de la Liberté. Elle y implante l'humanitude : regard à hauteur d'yeux, parole adressée, description des gestes, toucher. Et la méthode fonctionne, les résidents se redressent, se rhabillent, redeviennent autonomes. La première heure ne quitte pas Marie-Lou. L'information nous parvient exactement quand elle lui parvient, et la caméra descend avec elle dans une succession d'épuisements dont aucun n'est spectaculaire. La focalisation produit une politique avant toute thèse : les objections apparaissent en position d'obstacle, la réforme en position de volonté. Le conseil d'administration résiste, parce que la grille tarifaire rémunère mieux un résident alité qu'un résident debout. L'équipe résiste aussi, mais pour une raison inverse : la méthode ajoute du travail sans ajouter personne. Deux refus opposés visent donc la même réforme, l'un par intérêt, l'autre par épuisement, et le film les distingue dès sa première heure. C'est pourquoi le reproche facile — qu'un cinéaste japonais serait venu vendre à la France une utopie du soin — ne l'atteint pas : Soudain connaît le prix de ce qu'il propose et le fait dire à celles qui le paieront.

Cette première heure ne se referme sur aucun événement, et c'est sa dureté. Marie-Lou n'a droit ni à la crise, ni à l'effondrement, ni au diagnostic qui autoriserait un arrêt : elle continue, à bout, en tenant l'établissement. Soudain est le document le plus exact dont nous disposions sur ce qu'une réforme signifie concrètement pour un membre de la fonction publique : un supplément de travail affectif demandé à effectif constant, financé par le temps privé de celles qui l'exécutent, rendu supportable par la conviction morale de celles qui le prescrivent. Ainsi la réformatrice s'use de sa propre réforme, exactement comme les soignantes lui annonçaient qu'elles s'useraient, et rien dans son organisation du travail ne prévoit ce cas. Ce qui viendra la relever ne sera pas une mesure mais un hasard, et c'est tout le programme.

Car c'est un hasard qui produit la rencontre. Marie-Lou rentre du travail lorsqu'elle aperçoit Tomoki, adolescent autiste, courant seul le long de la route ; elle le rejoint, trouve un traceur GPS dans sa poche et attend avec lui qu'on vienne le chercher. Arrivent Goro, comédien de septante cinq ans, et Mari, qui dirige le seul-en-scène où il joue. S'en suit une discussion où Mari l'invite au spectacle. La chaîne des hasards est longue, et le film en fait une thèse : le seul intervalle disponible dans la journée d'une directrice d'EHPAD est son trajet.

La pièce que monte Mari s'intitule De près, personne n'est normal — la formule de Franco Basaglia, qui obtint la fermeture des asiles italiens. Hamaguchi place au centre de son film le slogan de la désinstitutionnalisation, et il le place face à un établissement dont le nom promet déjà la liberté qu'il administre. Tout Soudain tient dans l'écart entre ces deux enseignes, et le récit mettra trois heures à choisir laquelle il croit. Reste que Tomoki, lui, ne se contente pas d'assister au spectacle : son enthousiasme y est intégré, la mise en scène l'accueille tel qu'il est. Un adolescent autiste n'est donc pas seulement pris en charge, il produit quelque chose que la pièce garde.

Le débat qui suit la représentation intervient avant que l'amitié soit scellée. Marie-Lou pose une question en japonais, Mari répond dans la même langue, et du public monte une réclamation : en français. Mari s'apprête à s'exécuter ; Goro l'en empêche. Le refus de Goro fonde le régime de tout ce qui suivra. La marche, la nuit, l'exposé théorique se dérouleront hors traduction, entre deux femmes qui passent d'une langue à l'autre sans jamais s'expliquer devant quiconque. Dans cette scène, l'opacité y est revendiquée : elle ne promet pas que tout puisse être partagé. Elle pose au contraire que certaines choses se disent à une seule personne, et que les dire à tous les affaiblirait.

Ce qu'il célèbre pendant deux heures n'est pas la méthode mais la rencontre — et une rencontre ne s'enseigne pas, ne se budgète pas, ne figure dans aucun plan de formation. L'humanitude, elle, est transmissible : c'est un protocole, on peut y former une équipe, c'est même tout le sujet de la première heure. Le film abandonne progressivement ce qui pouvait circuler au profit de ce qui ne le peut pas. Il commence dans une salle de réunion, où l'on discute des moyens de généraliser un geste, et il finit dans une conversation dont la valeur tient précisément à ce qu'elle n'appartienne qu'à deux personnes.

Vient alors la déambulation le long de la Seine, quatre tours de livres ouverts au-dessus de deux femmes qui fabriquent une pensée dont aucune page ne gardera trace. C'est dans ce flux que le cancer est annoncé. Puis la nuit se poursuit jusqu'au long exposé sur l'accumulation et le vol du temps libre — une demi-heure, qui se comprend par sa localisation. Hors de toute heure rémunérée, produit par une femme, devant une seule auditrice, sur un support effaçable. La partition de Samuel Andreyev intervient si rarement que la voix reste la seule musique continue de ces heures, et l'effort du japonais dans la bouche d'Efira (la friction, l'accent, l'hésitation micrométrique) donne au film ce que son discours n'énonce pas : la communication est du travail, et Soudain la distribue exactement comme le reste.

L'amitié fait ensuite entrer Mari dans l'établissement, et c'est là que le film trouve sa forme. L'humanitude prescrit de se placer face au résident, à sa hauteur, et de tenir son regard sans le lâcher. Or c'est exactement ce que fait Hamaguchi : pas de plongée, pas de vue d'ensemble sur un corps couché, mais un champ et un contrechamp entre deux visages à égalité. La méthode de soin et la méthode de tournage sont la même. Et le film maintient ce contrechamp face à des résidents dont l'inaptitude ne garantit aucune réponse : il continue de leur tendre le champ alors que rien ne reviendra. Filmer ainsi, c'est poser que la dignité ne se mérite pas par la réciprocité, qu'elle n'attend aucune contrepartie, qu'un cadre suffit à instituer un sujet.

La toilette de Micheline porte cette position à son sommet et la retourne dans le même geste. Marie-Lou lave, Mari décrit à voix haute chacun des gestes de son amie pour que la vieille femme sache ce qui arrive à son corps. Lumière bleutée de la nuit, peau filmée sans pudeur excessive ni voyeurisme, découpage presque imperceptible, bruits feutrés des pas et de l'eau. La séquence est admirable, et le soin y atteint sa forme la plus haute parce qu'elles sont deux au lieu d'une, et parce que la seconde n'est pas rémunérée pour être là. Elle donne à voir ce que serait un EHPAD doté du double d'effectif, en le faisant financer par l'amitié d'une mourante.

Ensuite, elles partent pour Kyoto quand la maladie s'aggrave. Le film leur offre là un intervalle qu'aucune d'elles ne pourrait s'offrir, et ne prend pas la peine de le camoufler. Le temps passé ensemble, dans Soudain, est donné par le récit, comme la nuit blanche l'était par l'insomnie et la rencontre par le hasard.

Le retour scelle le choix. Le dénouement fait entrer la mourante dans l'organigramme de l'établissement privé et installe le personnel sur le site — une mesure dont le film avait pourtant filmé, dès sa première heure, la méfiance qu'elle inspirait. Aucune scène ne lève l'objection : elle est simplement convertie en proposition acceptée par l'une ou l'autre. Plusieurs scènes montrent ensuite l'établissement changer de régime. Les hommages rendus par les familles d'abord : un proche vient raconter qui était le résident avant, et cela lui rend une épaisseur que la maladie avait effacée. Le film y est juste, il ne fabrique pas des saints — un fils pleure de ne plus jamais pouvoir affronter son père, dont la mémoire a disparu, et ce qui se dit là est un conflit inachevé. Les soignantes écoutent et finiront par faire l'exercice aussi.

Puis des résidents privés de parole se massent les mains et les pieds, et retrouvent par là de quoi se rejoindre. Personne ne l'a prescrit, aucune ligne budgétaire ne le finance, et le personnel là encore se prête à l'exercice plutôt qu'il ne le dirige. C'est la seule séquence du film où le soin n'est pris à personne — ni au salaire des soignantes, ni au sommeil de Marie-Lou, ni aux semaines qui restent à Mari. Le geste est le même dans les deux cas : l'équipe laisse la parole et le toucher venir d'ailleurs, et le soin cesse d'avoir une source unique.

Puis Mari meurt, et c'est le seul événement soudain d'un film qui n'a procédé que par accumulation. Reste alors son geste le plus ferme : elle a regardé l'objectif. Ce qui subsiste après cette mort mesure exactement ce que le film aura obtenu, et ce n'est pas ce qu'il cherchait au départ. La méthode que Marie-Lou défendait pendant une heure était juste dans ses gestes et fausse dans sa prémisse : le regard à hauteur d'yeux, la parole adressée, la verticalisation restent des attentions qu'un professionnel dirige vers un bénéficiaire. La bienveillance n'inverse pas le sens du flux. On peut soigner mieux sans jamais cesser de produire des patients, et c'est précisément ce que l'humanitude, laissée à elle-même, aurait indéfiniment reconduit. Mari apporte l'opération qui manquait, et elle l'avait déjà faite. Elle n'a pas accompagné Tomoki au spectacle, elle l'a intégré à la pièce : ce qu'un adolescent autiste produit devient une part de l'œuvre, non l'objet d'un accompagnement. Basaglia ne demandait rien d'autre — non pas mieux traiter les internés, mais supprimer la place d'interné. Le film avait mis cette phrase à son centre dès la pièce ; il lui aura fallu trois heures pour comprendre ce qu'il citait.

Soudain est donc autre chose qu'un plaidoyer pour un soin plus humain. C'est le récit d'une réformatrice qui découvre que sa réforme n'allait pas assez loin, et d'un cinéaste qui laisse dans son film tout ce qui contrarie sa position de départ. Ce que le film finit par proposer n'est pas de mieux traiter les vieillards : c'est de cesser d'en faire des vieillards.
Arthur De Sousa Monteiro
Arthur De Sousa Monteiro

1 abonné 4 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 août 2026
3h15, le temps durant lequel Ryusuke Hamaguchi nous embarque au plus près d’une amitié sincère dont on ne sort pas indemne.
C’est doux, touchant, et sincère.

Vu à Cannes
velocio

1 557 abonnés 3 541 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 août 2026
Avec "Soudain", le réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi signe son film le plus abouti, un film dans lequel il fait bon usage des qualités qu’on lui connaissait déjà tout en ayant éliminé le défaut important qu’on retrouvait dans la plupart de ses films précédents. Il a, en plus, eu la chance ou le talent de s’entourer de 2 comédiennes en état de grâce qui ont pleinement mérité de se partager le Prix d’interprétation féminine lors du dernier Festival de Cannes. Film vu au Festival de Cannes. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
takeshi29
takeshi29

38 abonnés 165 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 juillet 2026
Sur le papier on pouvait s'attendre au pire : instinctivement des mots comme humanitude provoquent chez moi des poussées urticantes, Virginie Efira en directrice d'EHPAD était pour moi à peu près aussi crédible que Virginie Efira en gilet jaune, et puis les dernières expériences de cinéastes japonais en France ne poussaient pas à un optimisme démesuré. Ah oui et puis j'oubliais : 3h16 quoi !

Résultat : Ryusuke Hamaguchi est décidément un immense cinéaste et un humain pas horrible non plus. Car il fallait être sacrément courageux pour faire tout un film sur la bonté, qui n'est plus réellement une valeur cardinale, pour ne rien expliquer du miracle d'une rencontre, spirituelle, intellectuelle et presque charnelle dans les échanges. Car oui, et c'est l'une de ses particularités tout au long de sa filmographie, Hamaguchi semble voir la parole comme un geste érotique (Il l'avait même formalisé concrètement dans "Contes du hasard et autres fantaisies"), chez lui il peut y avoir de la sensualité dans un paperboard et une longue tirade sur libéralisme = chute de la démographie. Pas sûr que ce que je viens d'écrire incite quiconque à aller voir "Soudain", car non le capitalisme ce n'est pas sexy, pas plus qu'une partouse de vieux pieds ou l'organisation DRH d'un établissement de santé. Et pourtant je vous assure que c'est d'une fluidité absolue, qu'on peut adhérer à cette utopie qu'on pourrait croire d'un autre temps, à la valeur de l'altérité, du toucher, de l'échange, à l'alchimie inexplicable des âmes. Mon Dieu c'est horrible j'ai l'impression d'apporter de l'eau au moulin de ce que j'exècre le plus actuellement, le juteux marché du développement personnel. Alors que dans les faits le film n'est pas ça. Et c'est logique car les grands chefs ne font pas ce qu'on pourrait attendre avec des ingrédients basiques, il faut goûter leur recette pour comprendre, ou plutôt ne pas comprendre comment ils ont fait pour obtenir ce résultat. Tout comme je n'ai pas compris comment un cinéaste a obtenu ça de son duo d'actrices que le jury cannois ne pouvait que récompenser ensemble.

Vu en festival
Yann C.
Yann C.

31 abonnés 94 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 30 juin 2026
vu en avp au festival du film de La Rochelle 2026. pourquoi 3h15 ? une heure et demie aurait suffit. le thème de depart est intéressant et quelques belles scènes surnagent, mais on a juste envie de couper la moitié des dialogues, qui pour beaucoup sonnent faux en plus.
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