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I Love Peru… Dis donc, fallait oser. Faut croire que Raphaël Quenard, lui, y a vu un appel mystique. Moi, j’y ai vu un court long-métrage ou un long court-métrage, c’est selon, qui s’évertue à t’emmener loin, mais qui finit les bras ballants, un peu comme un pèlerin qui a perdu sa boussole et qui fait demi-tour au bout de la première montée.
Bon, on va pas tourner autour du lama : le gars joue son propre rôle — comédien écorché, mi-tocard mi-prophète, le genre qui clope des épiphanies entre deux punchlines. Il plaque tout, son ex, ses galères, son égo trip français pour le délire du Machu Picchu, façon trip chamanique sponsorisé par sa crise existentielle. L’intention est belle, ou en tout cas sincère, mais le reste suit pas toujours.
Le film veut toucher au sacré avec les outils du désaxé. Résultat ? Un docu de fiction, un vlog de rédemption, un genre de confession filmée qui tangue entre slam et psychanalyse sauvage. Et Quenard, faut le dire, il en fait des caisses, mais avec panache. Il baragouine ses états d’âme en voix off, il t’impose ses vertiges comme s’il te vendait des mangues au marché de Cusco. Sauf que t’as pas demandé, t’es juste là, passager captif de son ego-trip cosmique.
Y’a de l’image belle, quand même. Le Pérou, c’est un pays qui triche pas avec la lumière. Les Andes en cinémascope, le silence des hauteurs, la sueur mystique, c’est là, c’est palpable. Mais tout ça pour quoi ? Pour un coming-out spirituel d’un mec qui se parle à lui-même en se prenant pour le Christ des intermittents ?
Quenard, il nous donne du lui. C’est brut, c’est barré, parfois émouvant, souvent trop. Y’a des fulgurances, des phrases comme des éclairs. OK, c’est joli, mais ça se dilue vite dans la redite et les regards perdus caméra fixe. À force de vouloir se raconter, il s’oublie d’être universel. On finit par zapper l’homme, et rester avec le décor.
Et puis ce délire de quête, hein… Le gars part chercher le sens, il tombe sur lui-même, il fait demi-tour, et nous, on a vu un film. Un film pas détestable, mais un peu boursouflé de lui-même. Du Quenard pur jus, quoi : drôle, grave, poétique et confus. Un peu comme un poème trop long sur un ticket de caisse. Tu sais pas si tu dois l’encadrer ou le jeter.
Alors ouais, I Love Peru, mais j’aurais bien aimé aimer un peu plus le film que le bonhomme. Parce qu’à force de parler de lui, ben, on oublie le Pérou.
Note : 10/20
(Et encore, c’est pour le lama au fond du plan qui m’a regardé comme s’il savait.)