Autofiction (Amarga Navidad) est une mise en abyme, pas très originale, certes, mais très bien articulée et filmée avec brio. Le personnage principal du film, et celui du scénario qu'il est en train d'écrire, sont tous les deux cinéastes "cultes" qui, pour sortir d'un passage à vide, puisent leur inspiration dans leur entourage, pas toujours consentant, ce qui pose la question du lien entre la réalité et la fiction et des limites de l'autofiction.
C'est un film très intime, un peu crépusculaire, qui s'inscrit dans la droite ligne de "Douleurs et gloire" et "La chambre d'à côté", les deux précédents films d'Almodovar, dont il reprend les thèmes: suicide, mal être, deuil inassumé, problèmes de couple, le tout dans une atmosphère de grand bien être matériel, avec des personnages beaux, chics, lucides et bien éduqués, évoluant dans des cadrages, des couleurs et des décors à l'esthétique moderne impeccable qui n'est pas sans rappeler les tableaux d'Edward Hopper.
A noter, entre autres, trois touches typiques d'Almodóvar:
- Amaïa Montero qui reprend le boléro Amargua Navidad, qui donne son titre au film et lui sert de fil conducteur (Achève-moi d'un coup, pourquoi me tuer à petit feu? Si tu penses m'abandonner un jour, que ce soit ce soir, mon amour... Que ton cruel au revoir soit mon Noël).
- La protagoniste qui écoute avec son amie en détresse "La Llorona", de l'inénarrable Chavela Vargas, plainte devenue symbole de l'histoire d'amour secrète de cette dernière avec Frida Kahlo.
- Une scène entière de striptease masculin (sur une chorégraphie de Blanca Li).
4/5