L’interrogation d’un artiste (écrivain ou cinéaste) sur l’origine de sa création est légitime et il y a forcément toujours une part d’autobiographie, plus ou moins visible car modifiée. On pourrait dire que la biographie du cinéaste espagnol n’est autre que sa propre filmographie. Pourquoi ce film, alors qu’il avait déjà répondu, certes partiellement, au sujet, dans « Douleur et gloire » (2019) ? Pedro Almodóvar est connu pour ses mélodrames flamboyants, baroques voire excentriques. Pourquoi le scénario de ce film relève plus du roman de gare et le film du feuilleton télévisé façon « Plus belle la vie » ? Le spectateur a du mal à s’intéresser aux personnages assez fades et/ou névrosés, aux situations maintes fois vues (deuil d’une mère ou d’un enfant, mari toxique) et aux scènes gratuites (comme l’enterrement de vie de jeune fille où intervient un strip-teaseur, Bonifacio, ou les migraines et crises d’angoisse d’Elsa). Il y a 2 façons de représenter la vie des personnages créés par un auteur : la première, sous forme d’une comédie, choix pertinent et brillant qu’avait fait Philippe de Broca dans « Le magnifique » (1973), où l’écrivain fauché et timide, François Merlin (Jean-Paul Belmondo), s’inventait un double, Bob Saint-Clar, dans ses romans d’espionnage, et y intégrait les personnes de son entourage en les ridiculisant. Un autre film, espagnol, s’en tirait mieux (de façon drôle et caustique) pour traiter de la création littéraire, « El autor » (« Le mobile ») (2017) de Martín Manuel Cuenca, où un apprenti écrivain espionnait son voisinage pour nourrir son livre. Pedro Almodóvar a choisi une voie plus sérieuse mais qui tombe à plat, malgré une tentative de mise en abyme : Raúl, écrit, en 2026, un scénario de son prochain film :
il se déroule en 2004, pendant les fêtes de fin d’année (d’où le titre original), où Elsa (Bárbara Lennie, 42 ans), également réalisatrice (de seulement 2 films, dits cultes, et vivant grâce à des publicités), écrit un scénario à Ténériffe.
Heureusement, le film n’est pas trop long (1h51) et beaucoup moins ennuyeux que « Huit et demi » (1963) de Federico Fellini qui dure 2h18, également sur les affres de la création. Cependant, on sent les angoisses du cinéaste espagnol, avec plusieurs scènes d’hôpital et l’évocation de la mort (d’une mère ou d’un fils). Film testament ? Un réalisateur doit savoir s’arrêter à temps et ne pas faire le film de trop…