Un très beau drame sur le portrait d'une femme touchée par un alcoolisme grandissant. Ici, pas de jugement. Jeanne Herry arrive à transmettre avec subtilité et émotion l'ampleur de cette addiction dans la vie de Garance. On suit également ses joies et ses peines, son travail, ses amis, sa vie. Adèle Exarchopoulos l'interprète avec beaucoup de finesse, elle est toujours juste et spontanée. C'est aussi une histoire d'amour, de réparation et d'espoir à la fois. Un film qui ne laisse pas indemne. Mon blog : cinephile critique
Force est de reconnaître que suivre la déchéance d’un homme ou d’une femme alcoolique n’est pas un sujet facile à traiter au cinéma : c’est très vite répétitif en plus d’être, osons le dire, déprimant à regarder. Malgré toutes les qualités dont fait preuve Adèle Exarchopoulos dans le rôle de Garance, on sent vite, malheureusement, que Jeanne Herry est loin d’être aussi à l’aise que dans Pupille et dans Je verrai toujours vos visages. Malheureusement toujours, trop de temps est consacré à toute cette période dans le film. Alors oui, on apprécie lorsque le film commence enfin à s’écarter de ce processus irrespirable, lorsque Garance rencontre Pauline, une scénographe et entame avec elle une relation amoureuse, lorsque Charlotte, la sœur de Garance, arrive à la convaincre de consulter afin d’entrer dans une démarche de sevrage. Malgré ce retournement de situation bien venu, malgré le talent d‘Adèle Exarchopoulos et celui de Sara Giraudeau, impeccable dans son interprétation de Pauline, on ne peut toutefois pas s’empêcher de regretter une baisse de régime progressive dans l’œuvre de Jeanne Herry, depuis l’extraordinaire "Pupille", en passant par le « très bon » "Je verrai toujours vos visages". Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film. Film vu au Festival de Cannes 2026.
Si vous avez aimé les films précédents de Jeanne Herry (Pupille, Je verrai toujours vos visages), nul doute que vous adorerez Garance.
On y retrouve en effet les mêmes qualités d'écriture et de mise en scène, mais portées, je trouve, à un niveau encore supérieur : un montage nerveux, une intensité dans chaque scène qui permet de dessiner très rapidement la personnalité des différents personnages, une capacité naturelle à susciter les émotions sans jamais verser dans le larmoyant, une pudeur d'une grande sensibilité, une écriture inventive et précise, une faculté de porter le jeu des acteurs/trices à incandescence.
C'est peu dire qu'Adèle Exarchopulos trouve ici un rôle majeur, qu'on peut de façon curieuse rattacher à celui d'Adèle dans La vie d'Adèle : le premier plan du film rappelle d'ailleurs furieusement celui du film de Kechiche.
Dans ces expressions de colère, de désarroi, de désir, d'ennui, de désespoir, elle est tout simplement prodigieuse, semblant pouvoir faire surgir à tout moment le torrent tumultueux de la vie dans une oeuvre de fiction.
A ses côtés, le casting parfait nous entraîne dans cette chronique simple et à la fois exaltante : le combat de Garance pourrait être celui de tous, et il sera difficile au spectateur moyen de retenir une petite larme à plusieurs moments du film, et notamment devant le plan final, fascinant doigt d'honneur de la vie aux souffrances quotidiennes.
Quand la spirale de l'alcool, tout d'abord festif et joyeux, puis peu à peu totalement intrusif et omniprésent, envahit la vie de Garance, le destin de cette jeune actrice "galérienne" va définitivement basculer. Le drame, c'est que tout le monde voit Garance sombrer, sauf elle. Aura t'elle enfin le déclic pour remonter la pente ? Comme souvent, Adèle Exarchopoulos éclaire cette oeuvre de son naturel saisissant et touchant, sous la houlette de la réalisatrice Jeanne Herry, coutumière de ce type de film puissant et marquant. Une immersion sensible et poignante dans les méandres de l'addiction qui ne laisse pas indifférent, et qui donne même à réfléchir... Site CINEMADOURG . free . fr
Après les deux ravages lacrymaux qu'ont été Pupille et Je verrais toujours vos visages (deux coups de cœur qu'on gardera toujours), Jeanne Herry revient, et persiste. Garance est un brin moins puissant que ses deux précédents, mais il n'en est pas moins percutant. Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau sont brillantes dans leur rôle de couple que l'alcoolisme ne peut pas détruire, malgré tous les déboires que cela implique. Jeanne Herry ne nous épargne d'ailleurs rien (une fois de plus) des méandres de cette addiction : le sentiment de confort qu'il procure (et à l'inverse celui de l'angoisse existentielle quand le verre de vin est loin), le regard attristé de la compagne qui a l'impression que c'est sa faute car elle n'arrive pas à compenser le manque dans la vie de l'autre (les yeux de Giraudeau, quand elle déchausse sa compagne écroulée sur le lit, sont d'une tristesse et culpabilité qui font mal au cœur), mais aussi les moments où tout va bien dans ce couple, assez adorable (le gag "du coffre de la voiture" nous a plaqué un sourire niais et bienheureux), ne faisant jamais douter qu'il ne s'agit pas d'un véritable couple toxique (comme on l'aurait dit d'un alcoolo qui bat sa femme par exemple) mais plutôt d'un couple qui a besoin d'un coup de pouce pour être psychologiquement parfait. Jeanne Herry traite aussi l'alcoolisme d'un point de vue féminin, ce qui est assez original (quand un homme boit, c'est souvent relié à une vieille image de virilité, ou au pire "il a des problèmes", "c'est normal, c'est un homme qui a besoin de sa bière en rentrant du taf", etc... Mais quand c'est une femme, ça devient de suite "moche", le saviez-vous ?), alors on explore ce couple gangréné par les cubis pendant le covid (comme une denrée essentielle absolue) et les soirées en after dont on rentre ivre mort(e), comme une nouvelle approche d'un trouble malheureusement répandu, et souvent mis au silence chez les femmes. La mise en scène soignée, le sujet de l'alcoolisme au féminin assez peu étudié au cinéma, et l'interprétation ravageuse de Exarchopoulos et Giraudeau font de ce Garance une petite claque à voir, sans modération.
"Garance" assez bien noté par la critique, en compétition cette année au festival de Cannes est un drame pertinent. Après les excellents "Pupille" et "Je verrai toujours vos visages", la réalisatrice Jeanne Herry signe un nouveau film marquant. Porté par une Adèle Exarchopoulos très touchante dans son rôle, épaulée par Sara Giraudeau, ce récit sur l'alcoolisme, la dur réalité du métier actrice, la solitude et l'amour féminin est un sérieux prétendant aux prochains César.
Comment basculer de la consommation festive à la dépendance morbide? C'est ce que tente de retracer Jeanne Herry à travers le personnage de Garance (Adèle Exarchopoulos), comédienne, qui va peu à peu perdre le fil de sa vie, malgré le soutien amoureux de Pauline (Sara Giraudeau). Parler sur grand écran de cette maladie n'est pas chose évidente. La cinéaste y parvient tout en nuançant son personnage principal. L'alcool est bien sûr omniprésent mais s'apparente plus à un "compagnon de route" de soirées folles. La deuxième partie est plus intense même si le sevrage reste "soft" . Le vrai atout du film reste le jeu tout en "sobriété" de Sara Giraudeau, indispensable, que ce soit par sa patience ou son empathie pour épauler sa compagne. Un film nécessaire pour traiter d'un tabou dans notre société : l'alcoolisme au féminin.
Avec Garance, Jeanne Herry plonge Adèle Exarchopoulos dans huit années d'alcool, d'amour et de lutte contre l'addiction.
Une prestation sans cesse sur le fil du rasoir. Adèle Exarchopoulos incarne avec justesse la douleur, la crise et le manque. Puis tombe cette question : « Voulez-vous vivre ? » qui se martèle, car quand le corps lâche, il ne reste plus beaucoup de temps. Et c'est ce combat étrange contre l'addiction que Jeanne Herry filme avec sincérité. Quand on travaille sur ses addictions, le pire ennemi est l'ennui et ce temps libre qui se dégage. Et c'est cela que Garance dévoile de manière quasi-naturaliste.
Car l'alcool ne surgit pas dans Garance comme une anomalie immédiatement identifiable. Il accompagne le travail, les sorties, les rencontres, devient une récompense et un moyen de décompression. Garance reste fonctionnelle, travaille, monte sur scène, aime, aide les autres. Cette capacité à tenir brouille justement la perception de la dépendance. Le circuit de la récompense associe progressivement le produit au soulagement, jusqu'à installer une boucle où l'alcool calme momentanément un état qu'il participe ensuite à reproduire. Le verre n'est alors plus seulement recherché pour l'ivresse, il devient une réponse anticipée à l'angoisse et au manque. Le quotidien commence à se construire avec lui, puis autour de lui.
Pauline apporte une stabilité affective sans pouvoir résoudre cette mécanique. C'est l'une des forces du film : refuser l'idée confortable selon laquelle être suffisamment aimé permettrait de sortir d'une addiction. L'amour peut accompagner, poser des limites, offrir un autre espace, il ne supprime ni la dépendance ni la peur physiologique et psychique attachée au sevrage. Lorsque le corps de Garance commence à céder, le problème change brutalement d'échelle. Il ne s'agit plus d'excès socialement tolérés, mais d'un rapport au produit dans lequel consommer et arrêter semblent, pour elle, constituer deux dangers concurrents.
Une personne addicte finit par organiser une partie de son existence autour de l'objet de son addiction, jusqu'à anticiper sa disponibilité, son absence et surtout les manifestations du manque. Le paradoxe devient alors vertigineux : Garance boit alors même que l'alcool menace directement sa survie, parce que l'arrêt est lui aussi vécu comme une menace. La peur ne porte plus seulement sur la mort, mais sur ce qui pourrait arriver avant elle, le manque, la douleur, l'angoisse, le corps qui réclame. La perception du danger se tord progressivement : continuer à consommer rassure dans l'immédiat tandis que ne plus consommer devient effrayant, quand bien même cette consommation conduit à la mort. Le film touche ici quelque chose de particulièrement brutal dans l'addiction, cette capacité du produit à devenir simultanément ce dont Garance pense avoir besoin pour tenir et ce qui, désormais, l'empêche précisément de continuer à vivre.
Le sevrage ouvre alors un autre combat, moins spectaculaire et peut-être plus ingrat : réapprendre à disposer du temps. Les heures autrefois occupées par la consommation, son anticipation ou ses conséquences redeviennent disponibles. Avec elles reviennent l'ennui, le vide et la nécessité de reconstruire des habitudes sans réponse chimique immédiate. Garance laisse ainsi apparaître une dimension sociale souvent moins visible de l'abstinence : continuer à vivre dans un monde où l'alcool reste associé à la fête, au groupe et à la convivialité, tandis que celui qui ne boit plus doit apprendre à distinguer les relations qui demeurent lorsque le verre disparaît.
On parle d’alcoolisme, d’addiction , dans le monde du spectacle que Jeanne Herry schématise assez vite me semble-t-il pour porter son sujet dans un environnement plus général , où la solidarité et l’amour prôneraient l’ultime recours à la guérison. Garance, une jeune comédienne, se débat avec ses démons intérieurs qu’elle apprivoise en buvant plus que de raison. L’engrenage aidant, elle ne peut qu’entretenir ses angoisses et son anxiété, la prévient-on avant de prédire une mort prochaine si elle n’y met pas fin, radicalement. Pauline, son grand amour, se tient à distance de son addiction, mais l’accompagne chaque jour , très à l’écoute . Toujours présente, prête à l’aimer encore plus . Suffisant pour lui venir en aide. Et pour la guérir ?
Après le superbe film choral « Je verrai toujours vos visages », Jeanne Herry s’impose à nouveau dans un film intimiste qui fait briller une Adèle Exarchopoulos toujours bluffante de naturel, ici en intermittente du spectacle minée par ses addictions, et une Sarah Giraudeau toujours excellente, ici en amoureuse attachante et pleine d’empathie. Les scènes s’enchaînent avec une grande intelligence du montage, les plans sont pleins de respect pour les personnages, les dialogues font mouche. C’est un grand film malgré un sujet, l’addiction à l’alcool, déjà bien exploré au cinéma.
Après des fims remarqués « Pupille » ou « Je verrai toujours vos visages », Jeanne Herry nous propose « Garance » en choisissant à nouveau Adèle Exarchopoulos pour son rôle principal. Le titre nous renvoie immédiatement au grand rôle d’ Arletty dans « Les Enfants du paradis » de Marcel Carné, écrit par Jacques Prévert, sorti en 1945 ! Un peu loin, mais tellement énigmatique, déjà une femme libre et solaire, au centre des passions….Quel portrait minutieux dessine la réalisatrice, une jeune femme presqu’ ordinaire, pas un pilier de bar, où les modifications du comportement, les dérives verbales, et quelques altérations sont captées par sa caméra. Une dégradation progressive que tous décèlent, comme nous, sans grand pouvoir d’ apporter une aide quelconque, y compris son amie, très douce, très compréhensive mais impuissante. Cette amie, Pauline, interprétée par Sara Giraudeau, épaule avec délicatesse infaillible, une présence effacée, sans jamais ajouter ses propres doutes. Le contexte familial n’ est guère aidant avec sa jeune sœur Charlotte ( Mathilde Roehrich ) elle-même en rechute. L’ histoire aurait très bien pu aboutir au drame qui se profilait… Peut-être à la façon d’ un miracle, sa route a croisé celle d’ une « figure » : l’ addictologue, Hélène Alexandridis, dont l’ expérience, le ton, la dynamique a su modifier la trajectoire funeste. Quel rayon de soleil et d’ espoir pour ceux, nombreux, qui luttent contre ce fléau…..Bravo à Jeanne Herry qui confirme son talent, et à Adèle Exarchopoulos, extra, brillante dans cette prestation….!!**
Exarchopoulos en plus d'être impossible à prononcer va devenir synonyme de daube... Vu à Cannes , je me languissais de déblatérer sur ce film qui m'avait profondément gonflé à l'époque ! Catapulté en compétition à Cannes (on ne sait pas trop pourquoi), Garance mise uniquement sur ses interprètes et l’écriture de ses dialogues car la mise en scène poet,pouet ... On y suit Adèle Exarchopoulos en actrice intermittente qui galère entre ses déménagements successifs, son instabilité professionnelle, la découverte de sa bisexualité(et allez ....) et ses bringues à répétition qui lui valent une gueule de bois permanente. En vérité, le film avance masqué (ou du moins croit le faire) : son montage elliptique, qui réduit les séquences à des fragments lacunaires accompagnés d’une voix off rétrospective, lui permet de travailler son véritable sujet sans le dévoiler tout de suite, à savoir l’alcoolisme du personnage (c'est pas moi qui ai écrit ça mais vu qu'il m'a fallu le lire 3 fois pour piger le sens , j'ai lachement copié/collé pour ne pas simplement dire qu'au bout de 45 mn ça m'avait profondément gonflé) !!). Problème : lorsque le film, au bout de quarante-cinq minutes, opère son virage avec une scène d’intervention, on a déjà compris depuis un moment où il voulait en venir !! Daube pour amateurs bobointello only.
Le cinéma de Jeanne Herry est décidément d’une grande qualité. Après les deux excellents Je verrai toujours vos visages et Pupille, Garance s’inscrit pleinement dans cette continuité.
Comme dans ses précédents films, Jeanne Herry part d’un thème de société pour construire une histoire qui fait réfléchir : la prison dans Je verrai toujours vos visages, l’adoption dans Pupille et ici, l’alcoolisme. Mais elle ne donne jamais de leçon. Elle préfère la nuance, les silences, les contradictions et les émotions.
Le scénario est fin, intelligent et surtout très humain. Mais la grande force du film, c’est Adèle Exarchopoulos. Elle crève littéralement l’écran. Elle confirme une nouvelle fois qu’elle est l’une des grandes actrices françaises de sa génération. Son jeu est brut, instinctif, parfois sauvage, avec une capacité incroyable à passer d’une émotion à une autre, parfois au cœur d’une même scène. La fête qui clôt la tournée de la troupe de théâtre en est un parfait exemple.
Sa relation avec Sara Giraudeau est également particulièrement touchante. On sent entre les deux actrices une véritable complicité, une affinité presque évidente qui donne beaucoup de force à leurs scènes communes.
Avec Garance, Jeanne Herry signe une nouvelle fois un film qui ne se contente pas de raconter une histoire : il pousse à regarder autrement un problème de société. Ici, celui de l’alcool, encore trop souvent associé à tort à la fête et à la convivialité.
Un film sensible, intelligent et profondément humain. Sublime.