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Critiques d un passionné
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2,5
Publiée le 3 octobre 2026
Après Pupille et Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry choisit de s’attaquer une nouvelle fois à un sujet de société fort : ici, l’alcoolisme.
Le film suit donc Garance de manière presque immersive, en se focalisant constamment sur son point de vue. À aucun moment, le récit ne bascule du côté de son entourage. Jeanne Herry fait le choix radical de ne jamais s’éloigner de son personnage principal, présent dans quasiment chaque plan.
Autre parti pris tout aussi fort : ne jamais montrer frontalement les moments de perte de contrôle. Le film évite soigneusement les scènes attendues de crises de dérapage spectaculaire ou de chute brutale. Pas de scènes de vomissements, d’effondrement ou autre humiliation publique : tout reste hors champ. Là encore, ce n’est pas anodin, puisque cela nous place dans la position de Garance, qui découvre les conséquences de ses dérapages sans sembler en garder le souvenir.
Le film ne s’attarde pas non plus sur les raisons profondes de son alcoolisme, préférant rester à distance de toute explication psychologique trop appuyée. Pour autant, il n’en minimise pas les conséquences. Au fil des années, l’alcoolisme de Garance s’installe progressivement et vient lentement ravager son quotidien, que ce soit dans ses relations personnelles ou dans le monde du travail.
Le film ne tombe jamais dans le pathos, gardant une retenue constante, même dans ses moments les plus difficiles.
S’il faut reconnaître une qualité à Jeanne Herry, c’est sans doute la justesse de ses dialogues, mais surtout son incroyable direction d’acteurs. Adèle Exarchopoulos impose ici un magnétisme rare : omniprésente à l’écran, elle livre un jeu à la fois puissant et profondément crédible, sans jamais forcer. Elle confirme, une fois de plus, qu’elle est l’une des actrices françaises les plus marquantes de sa génération. spoiler: Sa relation avec le personnage de Sara Giraudeau fonctionne également très bien, avec une justesse qui évite tout jugement ou caricature .
Cependant, à force de ne jamais montrer frontalement les ravages de l’alcool, le film donne parfois le sentiment de survoler son sujet, voire de l’édulcorer. Cette limite devient plus flagrante dans un dernier acte expédié, qui affaiblit la crédibilité du final. Malgré un regard globalement réparateur et bienveillant, la conclusion laisse une impression de facilité, celle d’un film finalement trop sage, qui n'ose pas assez et m'aura laissé un sentiment de frustration...
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En tant que grande fan des films choraux de Jeanne Herry, l'annonce d'un film centré sur une seule personne m'a à la fois intrigué et je l'avoue un peu inquitété. Le début du film a fait renaitre cette inquiétude, même s'il est très bien écrit, très bien filmé et prenant, je me demandait où on m'emmenait. Et puis, ce fut l'amour fou pour cette histoire ! Pour ce personnage singulier qu'est Garance qui tout au long du film nous énerve, nous rend empathique, nous fait rire (beaucoup), nous questionne, nous rend triste. Jeanne Herry a vraiment construit son personnage de bout en bout et c'est un régal, Adèle Exarchopoulos l'incarne magnifiquement, ça joue beaucoup ! Le coeur du sujet, l'alcoolisme, est amorcé d'une manière différente de ce dont on a l'habitude de voir, pas de violence, pas de scènes dures à regarder, mais des trous noir, un verre à la main à chaque scène du film, des comas... C'est insidieux, ça dure quelques secondes à chaque fois mais on comprend bien ce qu'il se passe. J'ai adoré cette pudeur dans la réalisation. Les personnages secondaires sont eux aussi magistraux, écrit avec une finesse rare, on comprend toute la complexité de Garance mais aussi ce qu'est l'accompagnement d'une personne addict à travers eux. D'un point de vue plus personnel, j'ai adoré les scènes au bar, qui m'ont rappelé mon arrivée à Paris, ce sentiment de découverte de nouvelles amitiés et de nouveaux cercles qui sont jouissifs. En bref ce film questionne mais reste positif et surtout permet à Adèle de faire briller tout son talent. Alors, merci Jeanne Herry pour cette fabuleuse fresque !
Garance est une jeune actrice qui enchaîne les petits contrats en attendant la reconnaissance de ses pairs. Sa vie sentimentale est loin d’être reluisante, alors entre ça et sa carrière qui ne décolle pas, elle trouve du réconfort dans l’alcool, jusqu’à sa rencontre avec Pauline…
Après la justice restaurative (Je verrai toujours vos visages - 2023), Jeanne Herry s’intéresse à l’alcoolisme par le biais d’une jeune actrice de théâtre, passionnée par son boulot et qui va vivre une révolution intime.
Elle brosse un portrait passionnant (à la limite du documentaire) de cette trentenaire qui vit au jour le jour, cumule les cachets, jongle avec les appartements, quitte son petit copain pour une petite amie, … tout en devant faire face à son alcoolisme.
Avec Garance (2026), la réalisatrice nous offre un très beau portrait, hyper réaliste, bien écrit et superbement incarnée par Adèle Exarchopoulos (qui porte le film sur ses épaules), aux côtés de l’excellente Sara Giraudeau.
Garance (Adèle Exarchopoulos) est une femme de son temps. Elle est comédienne et adore son métier, même si pour l'instant elle est reléguée aux utilités dans la troupe de théâtre qui l'emploie, aux spectacles scolaires en matinée et à quelques doublures alimentaires. Garance a un copain - qu'elle quitte vite - beaucoup d'amis LGBTQIA+ avec qui elle adore faire la fête, une sœur qu'elle adore dont le cancer récidive. Mais Garance a un problème : elle est alcoolique depuis l'adolescence.
Fille de (Julien Clerc et Miou-Miou), Jeanne Herry tourne son quatrième film. J'avais adoré les deux précédents, quasi-documentaires : "Pupille" en 2018 sur la prise en charge d'un bébé né sous X et "Je verrai toujours vos visages" en 2023 sur la justice restaurative. J'ai adoré celui-ci.
La raison en est triple.
La première est la qualité de sa mise en scène qui raconte, à travers des plans parfois très courts, entrecoupés parfois de longues ellipses, une histoire au long cours dont on réalise, quand elle se termine, qu'elle aura duré plusieurs années. Tout est parfaitement fluide, parfaitement rythmé dans cette chronique quasi-documentaire de la vie d'une alcoolique.
La deuxième est son sens de la nuance. Les films sur l'alcoolisme et sur l'addiction dépeignent souvent des héros ou des héroïnes (!) qui entament une longue déchéance dont ils réussissent à se sauver au prix d'un brutal sevrage. Rien d'aussi linéaire ici. Garance n'est pas une pauvre fille à la rue, sans le sou, menacée par la précarité. Elle gagne sa vie correctement, est soutenue par sa famille, est entourée de l'amitié vibrante de tous ses amis. Elle est parfaitement consciente de son état, au point d'en rire volontiers dans des scènes à l'humour communicatif (mention spéciale à son hilarant docteur !). Le film ne suit pas le programme écrit d'avance déclin/rédemption que les films du même genre reproduisent. On se demande dans quelle direction il ira. J'aurais adoré qu'il se termine quinze minutes avant son dernier plan, pour laisser plus ouvert l'horizon des possibles.
La troisième évidemment est l'interprétation scotchante d'Adèle Exarchopoulos. Elle fait depuis une semaine toutes les couvertures. Et elle le mérite largement. Il y a deux semaines, je regrettais que le prix de l'interprétation féminine ait échappé à Léa Drucker pour son interprétation dans "La Vie d'une femme" et qu'il ait été attribué au duo franco-japonais d'actrices bisounours de "Soudain". Maintenant, sans crainte de me contredire, je regrette qu'il ait échappé à Adèle Exarchopoulos et j'espère que les César ne l'oublieront pas.
Après "Je verrai toujours vos visages", Jeanne Herry confirme qu’elle est devenue l’une des réalisatrices françaises les plus sensibles lorsqu’il s’agit de filmer les failles humaines. Derrière son apparence de chronique sentimentale queer, "Garance" cache en réalité un drame bouleversant sur l’alcoolisme, l’autodestruction et la peur du vide. Garance, c'est une jeune actrice alcoolique dont on accompagne huit années de vie chaotique : déménagements, histoires d’amour, fêtes, angoisses, rechutes et tentatives de reconstruction. Entre amitiés fusionnelles et nuits qui n’en finissent jamais, Garance tente de survivre à une douleur qu’elle noie constamment dans l’alcool, pendant que sa sœur lutte contre une leucémie.
Adèle Exarchopoulos livre l’un des plus grands rôles de sa carrière. Elle traverse le film avec une intensité folle, capable d’être drôle, séduisante, agressive, perdue ou profondément bouleversante. Son personnage passe par une multitude d’états émotionnels sans jamais perdre sa vérité. Herry filme aussi bien les moments d’euphorie artificielle que les lendemains de destruction. Une phrase résume d’ailleurs parfaitement cette mécanique d’auto-illusion : "Les gueules de bois, les crises de panique, les absences, c'est comme les courbatures pour le sport, ça fait partie du truc et c'est pas pour autant qu'on arrête." spoiler: Ces absences donnent d’ailleurs lieu à deux très brèves scènes chocs autour de possibles agressions sexuelles. Le film réussit surtout à être extrêmement drôle par moments. De nombreux dialogues et situations font littéralement pleurer de rire, spoiler: notamment les scènes hilarantes avec la docteure .
Face à Garance, Sara Giraudeau est magnifique de pudeur et de retenue. Sa petite amie semble plus stable, plus discrète, mais cache elle aussi une immense fragilité : celle d’une femme qui pense ne plus pouvoir séduire, ni vraiment choisir sa propre vie. Leur relation évite constamment les clichés pour devenir quelque chose de profondément humain et douloureux.
"Garance" est un film drôle, cruel, vibrant et profondément triste sur l’alcoolisme et les mécanismes d’autodestruction.
Vulgarisation quasi-documentaire de l’alcoolisme, féminin ici. Pas l’alcoolisme de l’individu lambda (homme le plus souvent) complètement désocialisé et se roulant dans les caniveaux. Non, l’alcoolisme du quotidien d’une jeune femme, actrice de son état dont l’entourage professionnel commence peu à peu à se méfier et s’éloigner car lui il voit ce que l’intéressée ne veut pas voir. A savoir qu’elle en train assez rapidement de sombrer, sa vie étant déjà menacée à court terme (maladie du foie due à l’intoxication alcoolique). L’issue fatale c’est vraiment bientôt lui dira un médecin sans détour la laissant libre de faire ce qu'elle veut. Le défi pour en sortir : arrêter toute consommation d’alcool aujourd’hui, tout de suite, pas demain... Arrivera-t-elle à surpasser les tourments qu’elle entretient dans l’alcool ? 19 verres (de vin blanc) par jour ! Le spectateur qui a connu dans son entourage (ou qui sait pour lui-même) ce genre de maladie ne sera pas insensible au propos. Le scénario tracera un parallèle entre la sœur de Garance en récidive d’un cancer contre lequel elle n’a rien pu faire et Garance qui s’intoxique à dessein mais peut-être pas en conscience.
3 ans après l'excellent film choral «Je verrai toujours vos visages» (sur le sujet assez méconnu de la Justice Restaurative), Jeanne Herry retrouve Adèle Exarchopoulos pour ce récit sur l'addiction, le déni et la solitude qui peut en découler.
Un film bien plus proche d'un «Julie (en 12 chapitres)» que d'un «Leaving Las Vegas».
Un film nous plongeant dans le quotidien de Garance, une actrice exerçant son métier (passionnant et instable, et j'en sais quelque chose) comme elle le peut, mais dont le rapport désinhibé à l'alcool va progressivement l'isoler des personnes avec qui elle travaille. Une réalité qui fait partie d'elle depuis son adolescence et qu'elle ne se voit pas remettre en question, jusqu'à sa rencontre avec Pauline, dont elle va finir par tomber amoureuse, elle qui avait jusque-là du mal à s'attacher émotionnellement à quelqu'un d'autre en-dehors de sa famille. Une relation sincère qui va amener Garance à se questionner sur ce qui lui importe le plus dans la vie et à devoir faire un choix qui ne paraît pas si facile.
Une chronique sur l'alcoolisme au féminin, se déroulant sur une période de 8 ans, et portée par l'impeccable Adèle Exarchopoulos, toujours irréprochable dans la spontanéité de son jeu, entre légèreté et gravité, mais sans jamais en faire trop. Et le reste du casting n'est pas en reste, en particulier Sara Giraudeau (dans le rôle de la bienveillante Pauline, qui soutient Garance sans pour autant la pousser à changer, ce qui peut peut-être interroger) et Mathilde Roehrich (dans le rôle la sœur de Garance, Charlotte, traversant elle aussi une épreuve difficile, et nous offrant l'une des scènes émotionnelles du film).
Un film qui fait le choix de traiter de cette maladie qu'est l'alcoolisme non pas sous un angle sombre et désespéré, mais plutôt à travers un portrait de femme réaliste et optimiste, entre romance et drame, qui entrevoit un espoir au bout du tunnel, sans pour autant éluder les difficultés que cela engendre (trous de mémoire, paranoïa, déni).
Un film qui aurait peut-être gagné à resserrer un peu son récit, s'éparpillant parfois trop dans son déroulé (à travers des scènes d'importance parfois inégale) et son montage un peu hasardeux (surtout dans la première moitié du film), créant quelques redondances et semblant par moments s'éloigner de ce qu'il voudrait vraiment nous raconter. Un film qui opte dans son dernier tiers pour un virage un peu abrupt dans la manière dont il se produit. spoiler: Mais un dernier tiers mettant Garance face à la réalité sans filtre et sans ménagement qui l'attend, et cela par le biais d'une médecin lui faisant clairement comprendre que si elle continue à boire, elle n'y survivra pas, elle qui est persuadée qu'elle mourra si elle arrête de boire.
Un sevrage pénible, mais libérateur en fin de compte.
Un récit doté d'une bienveillance indéniable (et de touches d'humour bienvenues) dans son approche différente d'un sujet mainte fois traité au cinéma et souvent de manière misérabiliste, mais auquel il manquerait une construction un peu plus solide, comprenant quelques obstacles plus forts sur la route de Garance. Une œuvre sans vraies fioritures, mais également sans réelles surprises.
Un film touchant devant lequel j'ai passé un bon moment, en particulier grâce à son talentueux casting principal, mais aussi un peu frustrant, qui m'a empêché d'être aussi marqué que par les 2 précédentes réalisations de Jeanne Herry.
Garance part d’un sujet intéressant et assez brut, avec une vraie volonté de montrer les choses sans filtre ni artifice. Le film aborde notamment l’alcoolisme de manière très réaliste, presque banale par moments, ce qui rend justement certaines scènes assez justes.
Mais malgré ça, j’ai eu beaucoup de mal à vraiment entrer dans le film. Le rythme est parfois assez lent, voire franchement poussif, et on peine surtout à comprendre où le réalisateur veut réellement nous emmener. Il y a bien quelques touches d’humour, surtout vers la fin, qui apportent un peu de légèreté, mais ça ne suffit pas à donner davantage de relief à l’ensemble.
Au final, je reste assez peu convaincu. Ce n’est pas désagréable, il y a quelques bonnes idées et une certaine sincérité, mais rien qui m’ait vraiment marqué. Clairement pas le genre de film dont je pense me souvenir longtemps après la séance.
Un beau film où il m’a manqué un peu d’émotion , malgré la qualité de l’interprétation à la fois engagées et inspirées. Le scénario est parfaitement tenu et l’ensemble fonctionne avec beaucoup de justesse. A voir, pour un sujet rarement écrit pour des femmes.
En compétition à Cannes, « Garance », quatrième long-métrage de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos dans le rôle-titre, suit, sur huit ans, une comédienne, Garance, éclatante de vie, qui se bat sur tous les fronts, se donne sans compter…comédienne de théâtre mais pas encore une vedette, actrice de doublage, toujours partante, la solaire Garance ne se cache que d’une seule chose : elle boit. Boire ? Cela fait longtemps qu’elle a commencé, sa mère ayant eu la bonne idée de la mettre en garde contre les dangers de la drogue tout en oubliant, toutefois, de lui rappeler que l’alcool faisait partie des drogues… A 36 ans, pas aidée par des frustrations liées à son travail et par une alternance de fêtes un peu trop arrosées et d’angoisses, elle en est à 2 litres de vin blanc par jour et finit par passer au cubi, moins cher !!! Malheureusement, trop de temps est consacré à toute cette période dans le film. Alors oui, on apprécie lorsque le film commence enfin à s’écarter de ce processus irrespirable, lorsque Garance rencontre Pauline (splendide Sarah Giraudeau) une scénographe et entame avec elle une relation amoureuse…Pauline, aussi calme qu’elle est vibrionnante et qui se montre prête à l’aimer malgré la dépendance qui la ronge… Cette importante consommation d’alcool a forcément des effets : on s’endort dans le bus, on ne sait plus trop bien son texte, la diction devient parfois approximative. On essaie de trouver des excuses, on s’engueule avec ses partenaires. Résultat : la troupe de théâtre ne veut plus de vous, idem en ce qui concerne les doublages. Côté santé, cela ne va pas fort non plus : le foie est à bout de course, et, si Garance ne se soigne pas, c’est le cimetière dans quelques mois…Force est de reconnaître que suivre la déchéance d’un homme ou d’une femme alcoolique n’est pas un sujet facile à traiter au cinéma : c’est très vite répétitif en plus d’être, osons le dire, déprimant à regarder…d’autant que s’y rajoute la leucémie de sa jeune sœur Charlotte…. Adèle Exarchopoulos porte certes le personnage avec vigueur, mais son itinéraire reste cadenassé par un scénario qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, comme pour nous arracher les larmes…et lorsque Garance tente de décrocher, le drame bascule dans le film-dossier, labourant le parcours implacable de la désintoxication…et on est presque soulagé de voir l’addictologue prendre en main Garance…Je n’ai pas spécialement aimé …
Garance boit d’abord comme autour d’elle, au fil des soirées et des tournées. Puis l’alcool gagne du terrain, jusqu’à devenir le centre invisible de sa vie. Après "Je verrai toujours vos visages", Jeanne Herry s’attaque à l’alcoolisme féminin sans chercher le choc ni la compassion forcée. Le film doit beaucoup à Adèle Exarchopoulos, bouleversante dans les dénis et les élans de cette comédienne qui s’abîme sans cesser d’être vivante. Quelques pointes d’humour allègent le récit et provoquent dans la salle des rires parfois teintés de gêne, comme si chacun reconnaissait quelque chose du rapport très français à l’alcool. Il faut dire que montrer les ravages du vin dans un pays où le lobby viticole freine toute vraie prévention tient presque de l'exploit. Le sujet reste grave, mais le film trouve ainsi une justesse et une humanité qui lui évitent de devenir plombant.
L'affaire semble tellement mal engagée dès le départ pour cette comédienne cantonnée aux rôles d'utilité (Adèle Exarchopoulos) que le film paraît se diriger vers sa déchéance inexorable. Sauf que la fée Giraudeau apparaît et, de sa petite voix fluette — sa baguette magique faite de mots doux, de mots jamais plus haut l'un que l'autre —, elle va, sans en avoir l'air, tirer Garance du côté sobre de la Force. Car il en faudra beaucoup à Garance pour se reconnaître telle qu'elle est, c'est-à-dire condamnée, et décider, presque à contrecœur, de choisir la vie plutôt que la mort.
Vu en AP. Encore un sujet difficile et délicat que Jeanne Herry traite avec justesse, pudeur, délicatesse et sensibilité. On suit et constate les dégâts causés par l’alcoolisme d’une actrice qui vivote. La longue prise de conscience est amenée avec subtilité malgré l’interaction de sujets graves comme le cancer. Adèle Exarchopoulos est comme à son habitude excellente. Un prix lui sera sûrement décernée pour sa prestation.