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On se demande toujours, devant un film comme Sacré Cœur, si l’on est encore dans le cinéma… ou déjà dans le sermon. Le docu-fiction religieux, par nature, brouille les frontières. Mais ici, pas de doute : il y a une mise en scène, un récit, des images qui cherchent à convaincre autant qu’à émouvoir. Et c’est ce double mouvement, entre foi et spectacle, qui rend l’objet fascinant.
Le point de départ, on le connaît : au XVIIe siècle, Marguerite-Marie reçoit les révélations du Christ, ce cœur flamboyant, brûlant d’amour. Trois siècles et demi plus tard, voilà que deux cinéastes décident de mettre ce mystère en images. Comment filmer l’invisible ? Comment donner corps à une expérience mystique ? Leur réponse passe par des reconstitutions historiques, des visages en prière, des flammes, des halos lumineux. Autrement dit, par une iconographie explicite, appuyée, qui préfère l’illustration à l’allusion.
Alors, oui, le risque est clair : trop d’effets, trop de musique, trop de signes. On frôle le kitsch, parfois. Mais derrière cette surcharge se cache une sincérité indéniable. Car le film n’a pas peur d’assumer son ambition : montrer, de façon directe, que le Sacré-Cœur n’appartient pas seulement à l’Histoire, mais qu’il agit encore aujourd’hui. D’où ces témoignages de croyants, ces processions à travers le monde, ces vies transformées. Preuve par l’image, par l’émotion, par la multitude.
La question est alors : est-ce du cinéma ou bien de la catéchèse filmée ? Pas du Bresson, évidemment, dont le silence ouvrait au sacré. Pas du Pasolini non plus, qui savait politiser l’Évangile. Ici, on est dans une esthétique de l’édification, plus illustrative que créative. Mais faut-il pour autant le balayer d’un revers ? Peut-être pas. Parce que cette démesure, ces excès de lumière et de violons, disent aussi quelque chose du sacré lui-même : ce débordement qui échappe aux cadres, ce trop-plein qui insiste.
Sacré Cœur, au fond, n’est pas un chef-d’œuvre de cinéma. Mais c’est un document d’époque, le signe d’une foi qui cherche encore à se donner à voir dans un monde saturé d’images. Et si parfois l’on sourit devant tant de grandiloquence, il reste ce constat : le cinéma, même maladroit, devient ici l’instrument d’un désir immémorial… rendre visible l’amour invisible d’un Dieu au cœur en flammes.
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