Vu dans le cadre du 45ème FESTIVAL INTERNATIONAL JEAN ROUCH au MUSEE DU QUAI BRANLY
Cette année, le Festival Jean Rouch proposait deux films vietnamiens en compétition internationale.
Hair, Paper, Water a été tourné dans la province de Quang Binh (à ma grande surprise, car je croyais voir des paysages du Nord…) C’est là qu’elle est née, madame Hau. Dans une grotte ! Elle a l’air bien vieille, madame Hau, mais comme elle est encore alerte et a des petits enfants très jeunes, elle doit plutôt être usée par la dureté de sa vie…
Pourquoi le titre ? Parce qu’elle avait de beaux cheveux, épais et de croissance rapide, et qu’elle les vendait régulièrement pour acheter un peu de nourriture ; parce que la province vit de ses plantations d’acacias, qui servent à faire de la pâte à papier ; et parce que l’eau…. Il y en a partout ! quand elle ne se déverse pas abondamment du ciel, en plus.
Madame Hau appartient à l’ethnie Ruc… alors là, j’en appelle à Alain : le costume Ruc, ça manque à sa collection ! Mais il ne doit guère y avoir de place pour la coquetterie dans cette jungle étouffante, dense, qu’on dirait amazonienne.
L’histoire ? il n’y en a pas ; notre héroïne part tout juste quelques jours à Saïgon pour aider une petite fille qui vient d’avoir un bébé, et cette ville grouillante lui fait peur. Monter dans un de ces gratte-ciel ? Jamais ! Elle est trop heureuse de revenir chez elle, dans une masure dans la forêt (on ne voit pas vraiment de village), de retrouver son petit fils d’une dizaine d’années qui, lui, n’a qu’un désir : voir la mer ! (l’équipe de tournage lui permettra de le réaliser) Le film est juste une mosaïque poétique et impressionniste de ce monde à part, hors du temps, et de ses richesses végétales. Elle connait toutes les plantes, Madame Hau, leurs propriétés, leurs bienfaits, pour soigner, pour laver, celle dont il faut s’enduire les jambes pour faire fuir les sangsues… Elle est trop fière d’aller, en barque, montrer aux cinéastes l’entrée de la grotte où elle a vécu son enfance, et qui est, à ce moment, dans l’eau. ..
Elle nomme les choses et surtout les insectes et les animaux (jusqu’au terrible tigre qui fait peur) et en même temps, leur nom vietnamien s’affiche sur l’écran. Parfois, il y a parenté dans la sonorité ; parfois, cela n’a absolument rien à voir.
Ce merveilleux film (tourné en 16 mm) est donc un film d’images, de sensations, de sensualité de la nature. Il est complètement dépourvu de regard ethnologique ou sociologique. Cela m’a un peu étonnée, étant donné que le dernier film de Quy Truong Minh, Viet and Nam, était au contraire un film violemment politique (tant et si bien qu’il n’est pas passé au Vietnam) Là, il est revenu à ses souvenirs d’enfance (il est né à Buon Me Thuot mais vit maintenant à Bruxelles où il a rencontré Nicolas Graux)
S’il recoit un prix et passe quelque part…. ne le ratez pas !