La Voix de Hind Rajab revient sur la tentative de sauvetage désastreuse d'une petite fille coincée dans une voiture au milieu de la Guerre de Gaza, sous la forme d'un "docu-fiction", comprenez un mélange d'archives (à voir absolument en VO : aussi brillant soit-il, aucun comédien ne pourra reproduire la terreur et la détresse absolues dans la voix de cette petite fille, dont la première piste sonore d'archive nous a fait instinctivement pleurer comme un veau, l'émotion transcendant les mots) et une reproduction quasi-parfaite (on y reviendra, le procédé est stupéfiant) des faits qui se sont déroulés. Cette voix fluette et grésillante, qui pourrait s'éteindre à tout moment, avec les tirs qui fusent en arrière-fond, vous ne l'oublierez plus. Cette équipe de sauveteurs non plus, tous pendus au combiné comme si leur propre vie en dépendait, qui hurlent et s'attrapent par le col de la chemise à chaque refus d'intervention, à bout de nerfs, d'être si impuissants et démunis, a quelque chose d'aussi ultra-bouleversant (leurs crises de nerfs sont partagées, de l'autre côté de l'écran...). C'est une énorme baffe dans la tronche du spectateur, qui fait perdre foi en l'Humanité (quand une petite fille arrête de croire en la vie, en l'espoir, car les "Grands" autour d'elle sont devenus des fous sanguinaires... Alors oui, on se retourne sur notre époque, pour se demander comment l'on a pu en arriver là), mais aussi entrevoir qu'il existe encore des gens bien. Des gens que la détresse humaine touche, que les intérêts internationaux rendent malades, que les protocoles interminables épuisent (il faut demander à telle organisation, puis celle-ci, puis celle-ci... Le schéma explicatif du patron de l'ONG, démesuré au point d'en devenir débile, aurait quelque chose d'incroyablement comique, s'il ne s'agissait pas de l'algorithme qui décide de la vie d'une gamine mourante...). Aussi, pour nous faire palper la malaise au plus proche, le film a choisi de reproduire à l'identique les discussions tendues avec la petite Hind, avec cette magnifique honnêteté de toujours nous mettre à l'écran s'il s'agit d'un enregistrement réel (vous avez le nom de l'archive sonore qui s'affiche discrètement en haut à droite de l'écran) ou d'une "reproduction" (ils ont même laissé apparentes des transitions, où les voix des vraies personnes et des comédiens se chevauchent, pour que l'on comprenne bien le côté fictionnel qui prend le relais... Vraiment, rares sont les œuvres qui nous segmentent les passages réels, pour que l'on ne soit pas "dupés", alors : merci). Idem, il y a carrément ce passage visuel où un personnage tient un smartphone enregistrant une des conversations de la fin (les plus critiques), en gros plan, avec les comédiens derrière le téléphone : c'est l'archive sur le téléphone (on le remarque aux vêtements, aux têtes des personnes / comédiens, ou aux décors, qui ne sont pas exactement pareils), et la fiction au fond qui s'évertue de rejouer à la milliseconde près, au tic de sourcil près, ce qu'il s'est passé. C'est une scène assez impressionnante, tant sur le plan technique (combien de fois ont-ils dû refaire la scène, pour que cela soit un véritable trompe-l’œil ?) que dans le fond (on ne peut pas tricher avec les histoires comme celle-ci). D'ailleurs, les producteurs étrangers de renom (Brad Pitt, Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Alfonso Cuaron et Jonathan Glazer) sont là pour s'assurer que l'histoire touche un public international large. Si tout ceci ne vous avait pas convaincu d'aller voir l'un des drames les plus puissants de l'année (on a fait que jouer du "mouchoir-trompette", sans crainte de déranger personne, puisque la salle était malheureusement vide... Soupir), on ne peut que vous dire que le twist final, qui arrive en un bruit, un seul, est une conclusion qui nous a glacé jusqu'à l'os, et les images d'archives (pour compléter les pistes-sons) qui s'ensuivent sont là pour vous achever. Cette gamine, on ne la connait pas, et pourtant, on n'oubliera jamais sa voix, c'est tout bonnement impossible.