M'ayant rappelé le thriller danois «The Guilty» de par son dispositif en huis clos et temps réel assez similaire, ce nouveau "film" de la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania (le documentaire «Les Filles d'Olfa») m'a laissé plus que partagé à l'issue de sa projection.
Reparti avec le Lion d'Argent à la dernière Mostra de Venise (un prix plus symbolique que cinématographique à mes yeux, un peu à l'image du dernier Jafar Panahi), le film vient constamment faire se confondre le réel et la fiction, la réalisatrice ayant fait le choix d'intégrer les authentiques enregistrements téléphoniques de la petite Hind au sein d'une reconstitution fictionnelle où les bénévoles du Croissant-Rouge sont interprétés par des acteurs. Sans doute l'une des premières œuvres à opérer ce genre de fusion.
Ben Hania a voulu mettre en lumière (et à raison) les terribles conséquences de l'offensive israélienne destructrice sur la Bande de Gaza (et où les enfants, symboles d'innocence, figurent parmi les premières victimes) et ce sentiment d'impuissance pouvant provenir de ces bénévoles, faisant de leur mieux pour porter secours (en ligne et à distance) aux victimes, mais sachant également qu'ils ne pourront pas sauver tout le monde.
Une démarche tout à fait louable, mais coincée à l'intérieur d'un dispositif bien plus discutable.
Car en voulant absolument faire se combiner le vrai et le faux, l'ensemble a du mal à cohabiter et à s'incarner à l'écran.
Entourant ce drame bien véridique d'une couche de dramaturgie souvent trop démonstrative (à l'image du jeu trop prononcé d'une partie de la distribution, donnant quelques moments de tensions en interne pas toujours très crédibles) et pas toujours très subtile en terme d'émotion (à l'image de ces trop nombreux gros plans sur des visages en pleurs), la vérité se retrouve malheureusement cannibalisée par la fiction.
Et c'est bien le problème de cette œuvre ambivalente, se voulant authentique, mais s'avérant finalement trop artificielle, alors que le cœur de celle-ci est justement bien réelle.
Là où j'aurai dû me sentir impliqué dans le récit, dans cette urgence, je me sentais trop souvent à distance de ce que je percevais comme une sorte d'exercice de style trop appuyé et un peu opportuniste, sans oublier son rythme parfois redondant.
Et entretenir, en particulier dans ses dernières minutes, une forme de faux suspense à une situation dont on connaissait déjà l'issue fatale, rajoute définitivement à ce ressenti très mitigé.
Un documentaire aurait sans doute été plus judicieux pour faire entendre et exister comme il se doit la voix de cette petite fille courageuse (pour preuve, les dernières images du film, bien réelles, sont finalement les plus marquantes).
Vouloir témoigner de cette tragédie injuste et dévastatrice, et (re)donner une voix à celles et ceux qui ne sont plus là est primordiale.
La manière de le faire (peut-être au sein d'une œuvre plus authentique et solide et ne nous dictant pas quoi ressentir par exemple) l'est tout autant. 5,5/10.