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Christian VALADE
11 critiques
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5,0
Publiée le 19 janvier 2026
Avec La Voix de Hind Rajab, Kaouther Ben Hania livre un film brûlant, traversé par la mémoire d’un drame réel : la mort de Hind Rajab, fillette palestinienne de cinq ans, tuée lors de l’invasion israélienne de Gaza. L’œuvre ne se contente pas de reconstituer les faits ; elle les transpose dans un récit cinématographique où la tension dramatique épouse la tension historique.
Ce n’est pas un documentaire au sens strict, mais une fiction nourrie par le réel. Le spectateur est happé dès les premières séquences : il se trouve projeté au cœur d’un sauvetage impossible, prisonnier de la même urgence que les secouristes. Chaque plan resserré, chaque silence suspendu, chaque souffle contenu devient une déflagration émotionnelle. La caméra ne laisse aucune échappatoire : on vit cette tentative de sauver l’enfant comme une course contre la fatalité.
La dramaturgie repose sur une mécanique implacable : la pression monte de personnage en personnage, selon leur niveau de responsabilité, et le spectateur ressent physiquement cette hiérarchie de l’angoisse. Quand l’équipe perd finalement la trace de la fillette, c’est un gouffre de détresse qui s’ouvre à l’écran. La douleur est nue, sans emphase, et c’est précisément cette pudeur qui rend le film si violent et bouleversant.
La durée – une heure trente – suffit amplement : il n’est pas question ici d’offrir des respirations ou des détours. Le film impose son rythme d’étouffement, comme pour faire éprouver dans la chair ce qu’endure un peuple privé d’air, de répit, d’avenir. À travers ce récit resserré, c’est bien une autre voix qui surgit : celle de Gaza, celle d’un peuple qui survit sous les désastres répétés que lui inflige Israël.
Par la précision de son scénario, la maîtrise de sa mise en scène et la gravité du sujet, La Voix de Hind Rajab s’impose comme une œuvre d’une nécessité rare. C’est un film qui refuse le confort du spectateur, qui le force à regarder droit dans l’abîme.
Comment faire un film avec une simple bande son ? Comment raconter une histoire sans pouvoir la filmer ? Du génocide de Gaza, l’armée israélienne, le gouvernement israélien ne veut pas d’images. Comment alors montrer les vies et les espoirs brisés, la souffrance et la douleur, la peur et la mort, l’injustice et la violence, le dévouement et le courage ? C’était déjà le défi, réussi, de « Put your soul on your hand and walk ». Le cinéma palestinien nous donne des leçons de cinéma. L’inspiration créatrice se nourrit des interdits et de l’oppression à la manière du cinéma iranien. C’est de l’excellent cinéma sans être un spectacle. Ça tombe bien : il aurait été malaisant de faire un spectacle d’un tel sujet. Puisque l’armée interdit l’entrée dans la bande de Gaza, tout le film se passe dans une salle du Croissant Rouge Palestinien qui gère les secours depuis la Cisjordanie. Un appel mobilise l’équipe sur place, celui d’une fillette cachée dans une voiture avec la famille de son oncle criblée de balles. De la fillette, on ne verra que trois photos et un sac mortuaire dans un final qui dit toutes l’horreur vécue par les Palestiniens de Gaza. L’imagination du spectateur fait le travail et c’est terriblement efficace. Pas d’images est plus efficace qu’une suite d’images bouleversantes. On ne voit pas un char, mais on imagine la carcasse de la fragile voiture dans laquelle se cache l’enfant entourée de blindés. Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité à prendre ma place, une gentille comédie française (J’aurais aimé sans doute) pleine de bons sentiments passait dans l’autre salle. J’avais raison d’avoir peur : on ne sort pas indemne. On sort bouleversés. La VO est plus qu’ailleurs indispensable. Puisque la parole est au centre du dispositif, on est baigné dans la langue arabe et, tout d’un coup, je me suis dit que c’était une bien belle langue à écouter.
Certains cris au (très) grand film, presque immanquable mais il est certain que c’est le versant politique qui parle avant tout. Un peu comme la Palme d’or 2025, « Un simple accident » aux qualités plus engagées que réellement cinématographiques. On est donc très partagé devant cet objet hybride aux motivations contestataires et humanistes très fortes, ce qu’on ne pourra lui reprocher. « La voix de Hind Rajab » se sert d’une histoire vraie dramatique et véridique pour condamner et pointer du doigt le génocide en cours à Gaza. En janvier 2024, le service humanitaire du Croissant Rouge, un organisme qui vient en aide depuis la Cisjordanie aux Gazaouis bombardés, reçoit l’appel d’une petite fille coincée dans une voiture au milieu des cadavres de ses proches. Plusieurs personnes de ce centre d’aide vont rester au téléphone avec elle et vont tout faire pour la sauver. La cinéaste Kaouther Ben Ania, déjà à l’origine du docu-fiction très remarqué « Les filles d’Olfa », continue donc dans une veine similaire entre fiction et documentaire en utilisant les vrais enregistrements de l’époque pour les voix mais en recréant de toutes pièces ce qui s’est déroulé ce jour-là dans le centre d’appel à l’image.
Du côté des qualités incontestables de de film, on peut louer la tension et le sentiment d’urgence qui traverse l’écran. Les acteurs très investis nous font ressentir sans discontinuer l’incroyable stress et la détresse que leurs personnages ont vécu ce jour-là. Le tout est rythmé et permet qu’on n’ait pas vraiment le temps de décrocher malgré un dispositif forcément statique et peu cinématographique. La forme de « La voix de Hind Rajab » ressemble à certains thrillers comme le film scandinave « Guilty » ou « The Call » avec Halle Berry qui parviennent à tenir en haleine par le biais d’un suspense circonscrit au téléphone. Sauf qu’ici, on est dans le vraie vie (ou plutôt « était ») ce qui change la donne et apporte un supplément d’authenticité à ce projet. Ensuite, plus que les informations vues à la chaîne depuis plus de deux ans, ce film entre le documentaire et la fiction permet une immersion différente et complémentaire dans la tragédie qui se passe à Gaza. Tout comme cela nous permet de comprendre la complexité du travail des secouristes dans une zone de guerre et la lourdeur administrative pour les mettre en branle. C’est donc instructif en plus d’être nécessaire.
Cependant, « La voix de Hind Rajab » pêche par la nature même de son procédé. Est-ce qu’il fallait faire un film comme celui-là à partir de ce drame? La question se pose. Et, surtout, on frôle un peu trop souvent le chantage à l’émotion. Et le contraire de l’intention de base se produit à maintes reprises : l’émotion reste en dehors, comme kidnappée. Il y a un excès de pathos qui est gênant. Comme si on nous forçait à pleurer, à nous apitoyer et à être outré par ce qui se joue devant nos yeux. Ne manque plus que la pancarte « indignez-vous »! En outre, certains partis pris formels sont étranges comme le fait de montrer ces téléphones avec les vrais intervenants à l’écran calqués sur la reconstitution ou les encarts noirs avec les vraies voies. Ce traitement nous fait décrocher et on se demande si un vrai documentaire ou une vraie fiction, chacun avec leurs règles, n’aurait pas été plus adapté que ce résultat bicéphale. Une œuvre importante sur bien des aspects mais qui s’avère donc bien trop politique et pas assez cinématographique et qui, par la force de certaines choix étranges et d’un excès de pathos, ne convainc qu’à moitié.
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Là où Les Filles d’Olfa, en 2023, concevait un dispositif de mise en scène remarquable par lequel une matière réelle était travaillée par un ensemble d’artifices et d’interprétations, Ṣawt Hind Rajab tombe dans les clichés de la reconstitution urgente de l’urgence humaine, s’approprie les bandes sonores et les images du Croissant-Rouge palestinien pour imposer son geste artistique comme une superposition flamboyante, un redoublement exigeant des comédiens spoiler: des torrents de larmes, des litres de sueur, quelques évanouissements et beaucoup de cris . La clausule témoigne de l’échec relatif du dispositif ici adopté : le recours aux archives véritables imprègne l’écran de cinéma d’une authenticité que le film, aussi maîtrisé soit-il, n’aura jamais su saisir. Reste un geste de passeur, important, mimétique des figures d’intermédiaires omniprésentes – puisque chaque personnage se charge d’une ou de plusieurs voix qui se confondent avec la sienne jusqu’à l’épuisement.
Qu'il est dur de parler de La voix de Hind Rajab, tant la puissance du propos questionne autant dans un sens que dans l'autre. Je peux comprendre que le sujet et son traitement divisent, soulevant des débats que l'on pourrait élargir à l'ensemble de la production cinématographique. Kaouther Ben Hania était déjà pour moi une révélation avec les Fille d' n'ai pas été déçu non plus par celui-ci. Bien sûr le sujet ne peut pas laisser indifférent. Et on peut se demander si il est "juste" d'utiliser comme cela les derniers instants audio d'une enfant de 6 ans. Le spectateur ne peut que se retrouver pétrifié devant une telle horreur. Tout est suggéré, mais la réalisatrice parvient de manière très réussie à mélanger documents réels et fiction. Sans la dévoiler, une des dernières scènes est une incroyable idée de mise en scène qui soulève des frissons... Alors oui, on peut se demander si c'est trop. Si le jeu des acteurs (parfait) colle bien avec cette réalité. Si on est pris en otage. Si exposer tout ça dans une salle où des spectateurs font craquer le pop corn pendant les silences... Mais si la réalisatrice ne le fait pas, qui le fera ? Est-ce que ça ne serait pas un manque de laisser tomber dans l'oubli cette histoire glaçante ?
bouleversant. mixage subtil de la réalité des enregitrements ,de video et des jeux d acteurs. jamais partisan ni militantisme sans jamais amplifier emotion réel magnifiquement filmée avec justesse et sensibilité. un hymne mondial pour une prise de conscience de la réalité du déséquilibre de la situation géo politique et des responsabilité d un génocide qui devront etre jugés pour enfin pacifier 2 peuples .
Un film fort, dont on connait le dénouement mais qui nous tient en haleine malgré tout. J'ai apprécié la réalisation et les allers-retours entre documentaire et fiction, bien utilisés pour nous faire ressentir ce que vivent les personnages. Un film évidemment très politique qui ne fait que conforter la nécessité d'une justice pour toutes les victimes du massacre de Gaza
J'en veux beaucoup à ce film d'être raté. Le sujet, le contexte, la gravité de ce qu'il évoque, méritaient beaucoup mieux. On a l'impression que l'auteure s'appuie sur ce qu'on appelle "le mur du sujet", dont la fonction est généralement d'interdire toute critique. Un film sur le martyre d'Omayra Sánchez (Colombie 1985), poserait le même problème: comment dire que c'est mauvais sans passer pour un sale type? Or me voilà obligé d'assumer et de prendre le risque : ce film est mauvais. Il part d'une situation à laquelle tout le monde croit par définition, simplement parce qu'elle est sérieusement documentée et que, de toute façon, dans chaque guerre des situations de ce genre peuvent se produire, et il nous amène à nous en désintéresser! Dans le métier, ou dans la fonction, des personnages principaux, le sang froid est de rigueur, et il est expressément signalé dans le film qu'ils ont été formés à cela. Or ils agissent et réagissent comme si c'était leur première confrontation avec un drame de ce genre; ils font état d'une "sensiblerie" dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a pour but de nous coller à ce fameux "mur du sujet"… C'est très contre-productif. Ainsi à force de petites incohérences, de dramatisation maladroite, et de rabâchage, on finit par croire à un film de propagande. J'imagine que ce n'était pas le but recherché et c'est grave.
Horrible histoire racontée dans ce film, de Hannoud, petite fille palestinienne coincée dans une voiture encerclée par l'armée Israélienne et sans possibilités d'être atteinte par les secours. Le film joue sur la même frustration que celle des soigneurs impuissants, on reste enfermé avec eux dans une sorte de huis clos qu’est leur bureau en entendant chaque appel à l’aide sans pouvoir faire quoi que ce soit. Un choix de réalisation compréhensible mais qui rend le film long et lent dans le mauvais sens du terme. La fin est en revanche très bien amenée, l’émotion est présente