Après son César du meilleur documentaire pour Les Filles d’Olfa, Kaouther Ben Hania renoue avec le cinéma hybride dans La Voix de Hind Rajab, mélangeant archives et reconstitution, qui lui a valu le Lion d’Argent à Venise (et la plus longue standing-ovation de l’histoire du festival).
Tout le film s’articule autour du véritable enregistrement de l’appel d’Hind Rajab, jeune gazaouie de 6 ans, au Croissant Palestinien, alors même qu’elle est cachée dans sa voiture, seule survivante des tirs israëliens et entourée des cadavres de sa famille. C’est sa voix et sa terreur qu’on entend dans un huis clos éprouvant qui prend le point de vue des secours, reconstitué par la cinéaste.
C’est un film sur l’impuissance. Impuissance des secours face à l’horreur, impuissance des spectateurs, placés en témoins. Mais aussi, plus méta, impuissance de mettre en image une telle réalité. Car on touche à l’éternelle question de la reconstitution de l’horreur, qui parcourt le cinéma depuis les premiers films sur la Shoah. Et ici certains s’interrogent sur la moralité d’utiliser de telles archives pour générer une tension cinématographique factice, faisant de cette victime un matériau narratif pour installer un faux suspens. Personnellement c’est davantage l’outrance de certaines attitudes dans la reconstitution qui m’embête, là où un documentaire aurait peut-être été plus juste.
Mais si l’application cinématographique est consciemment maladroite, reste que ce film témoigne, avec de belles idées de mise en scène et surtout avec une puissance ravageuse, de l’horreur vécue par les victimes, en large majorité civiles, de ce carnage. Ce traitement de l’audio a pour objectif de donner une voix (et un visage) aux victimes de ce génocide. Redonner leur humanité à des victimes déshumanisées et nous intimer de ne pas détourner le regard, de ne pas rester sourd face aux cris de détresse de ces milliers d’enfants qu’on assassine, d’un peuple palestinien laissé sans voix.
Un film douloureux et révoltant, et s’il fait mal, s’il dérange, c’est surtout parce qu’il témoigne d’une vérité qui fait mal et qui est difficilement concevable, d’où l’intérêt de la fiction.