Bouchra est né dans la continuité directe de la mini-série animée 2 Lizards, créée par Orian Barki et Meriem Bennani pendant la pandémie. Les réalisatrices souhaitaient reprendre ce mélange d’animaux anthropomorphes et de prises de vues réelles, mais dans une forme plus ample et plus intime. Au départ, le projet devait être une fiction classique. Ce n’est qu’au cours de l’écriture que les véritables conversations téléphoniques avec la mère de Meriem Bennani ont été intégrées au récit. Cette matière documentaire a profondément transformé le ton du film, devenu beaucoup plus personnel et émotionnel.
Contrairement aux méthodes traditionnelles de l’animation 3D, l’équipe de Bouchra a refusé de figer le scénario avant la fabrication. Les réalisatrices ont préféré travailler comme sur un documentaire, en réécrivant constamment les scènes pendant le montage. Certaines séquences étaient d’abord enregistrées avec des dessins temporaires avant d’être rejouées et retravaillées. Cette souplesse a permis de conserver une spontanéité rare dans un long métrage animé. Même certains croquis provisoires réalisés durant la préparation se retrouvent finalement dans la version finale du film.
Le personnage principal prend l’apparence d’un coyote, un choix loin d’être anodin pour les réalisatrices. Elles voulaient représenter quelqu’un qui cherche constamment à maîtriser ses émotions tout en cachant une grande violence intérieure. Le coyote leur semblait parfait pour exprimer cette tension entre animal sauvage et façade domestiquée. Orian Barki a également révélé que le personnage constitue un clin d’œil direct au loup Legoshi de la série japonaise Beastars. L’utilisation d’animaux permettait aussi d’introduire une distance poétique avec des thèmes très autobiographiques.
L’esthétique particulière de Bouchra vient en grande partie du travail de John Michael Boling et Jason Coombs, collaborateurs du collectif CULTURESPORT. Les artistes ont volontairement détourné et “piraté” le logiciel Blender pour obtenir un rendu plus organique et moins lisse que l’animation numérique classique. Leur objectif était d’ajouter du grain, de l’imperfection et une texture proche du cinéma en prises de vues réelles. Cette approche donne au film une atmosphère mélancolique et presque tactile. Les réalisatrices voulaient que les personnages paraissent assez réels pour que l’on puisse “sentir” leur peau ou leur fourrure.
Pendant la fabrication du film, John Michael Boling a conseillé à Orian Barki de revoir Chungking Express. Le classique de Wong Kar-wai est alors devenu une référence majeure pour la mise en scène et le travail sur les lumières. Certaines images nocturnes de Bouchra reprennent cette sensation de solitude urbaine et de romantisme mélancolique caractéristique du cinéaste hongkongais. Les réalisatrices cherchaient précisément cette émotion flottante, entre intimité et dérive. Cette influence a contribué à donner au film une identité visuelle très cinématographique malgré son animation 3D
Le compositeur Flavien Berger a rejoint le projet très tôt, avant même que le scénario de BOUCHRA soit complètement terminé. Il a créé des morceaux pendant toute la fabrication du film afin d’accompagner l’évolution des scènes et des émotions. Cette méthode a permis à la musique d’influencer directement le rythme et l’atmosphère du récit. Pour les versions finales, il a ensuite collaboré avec le musicien Thibault Merle afin d’ajouter davantage de profondeur et de texture sonore. Les réalisatrices décrivent cette bande originale comme une composante essentielle de l’identité émotionnelle du film.