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Pierre Kuzor
182 abonnés
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1,5
Publiée le 23 mars 2026
Ai vu « Las corrientes » de la réalisatrice argentine Milagros Mumenthaler. Dans les cinq premières minutes, Lina (Isabelle Aimé Gonzalez Solo) reçoit en Suisse un Prix prestigieux, spoiler: le jette à la poubellespoiler: , se perd dans les rues de la ville et saute dans le fleuve qui la traverse. La mise en scène est inventive, l’image superbe, le montage surprenant. On se dit de suite qu’on tient là un chef d’oeuvre ! Puis il ne se passe plus rien. La réalisation est toujours très originale, les cadrages esthétiques, la photographie soignée mais le spectateur s’éloigne progressivement de ce personnage principal qui devient de plus en plus opaque et illisible. On comprend bien que de retour à Bueno-Aires, Lina qui a la phobie de l’eau, qui devient distante avec son mari (Esteban Bigliardi) et sa fille, qui privilégie la solitude est aspirée peu à peu par une dépression sévère. Les scènes s’enchaînent pour raconter en fin de compte toujours la même chose : le mal être de Lina et sa paralysie face aux tâches quotidiennes. On ne comprend pas toujours les relations qui unissent les personnages, les seconds rôles sont à peine esquissés, les scènes oniriques deviennent plus que jamais envahissantes et obscures. L’apathie, la lassitude et l’anéantissement qui habitent Lina deviennent assez vite contagieux et c’est le spectateur qui tombe dans une torpeur inattendue. Trop de subtilité, de symbolisme, d’étrangeté, de mystère mal dosés font sombrer le film dans une opacité par laquelle le spectateur se laisse peu à peu submerger sans même avoir le courage de se mouvoir vers la porte de sortie.
Las corrientes préfère suggérer plutôt qu’expliquer, en suivant les effets d’un trouble intérieur dans une atmosphère à la fois envoûtante et inquiétante. La mise en scène, élégante et sensorielle, capte un état plus qu’un récit. Mais cette opacité, fascinante, finit par créer une distance.
Dans Las Corrientes, Milagros Mumenthaler construit un drame psychologique délicat autour d’un personnage féminin traversé par une crise intérieure aussi mystérieuse que profonde. Lina, incarnée par Isabel Aimé González-Sola, est une styliste argentine reconnue qui semble avoir tout réussi. Lors d’un voyage en Suisse pour recevoir un prix prestigieux, un geste soudain vient pourtant bouleverser cette trajectoire apparemment parfaite. Sans que les raisons en soient clairement expliquées, cet épisode marque une rupture silencieuse dans son existence.
De retour à Buenos Aires, Lina reprend sa vie quotidienne, mais quelque chose s’est déplacé en elle. Le personnage se replie progressivement dans une forme de mutisme et d’évitement. Les conversations deviennent rares, les gestes plus hésitants, et une peur inattendue de l’eau vient perturber son équilibre. Ce trouble s’installe doucement, comme une faille invisible qui s’ouvre dans une existence jusque-là maîtrisée.
Autour d’elle gravitent plusieurs figures de son entourage, notamment sa famille et des femmes qui jalonnent son parcours. Pourtant, Lina reste enfermée dans une solitude intérieure qui la pousse à observer sa propre vie avec distance. Le film adopte ainsi un rythme contemplatif où l’essentiel se joue dans les silences, les regards et les sensations. La ville de Buenos Aires, filmée dans toute son intensité, devient un décor vibrant qui contraste avec l’état intérieur du personnage.
Peu à peu, le récit laisse apparaître une tension entre deux forces opposées. D’un côté, les attentes sociales et les rôles que Lina tente d’assumer, épouse, mère, professionnelle accomplie. De l’autre, une aspiration plus intime, presque romantique, à comprendre ce qui la traverse réellement. Ce conflit nourrit l’atmosphère singulière du film, qui oscille entre observation psychologique et méditation sur l’identité.
Milagros Mumenthaler choisit de ne jamais enfermer son héroïne dans une explication simple. Las Corrientes accompagne au contraire ce flottement intérieur, laissant émerger un portrait sensible d’une femme qui avance à travers l’incertitude. Dans ce mouvement fragile, le film explore la possibilité d’une transformation intime, où la peur, le désir et la mémoire se mêlent pour redéfinir le rapport au monde.
Dans ce film étrange et complexe, on suit la vie d’une jeune femme de Buenos Aires bien installée avec une bonne situation et une vie familiale sans histoire mais en proie à un désordre psychologique personnel. La réalisatrice ne nous donne pas beaucoup de clefs pour comprendre et, de ce fait, le film m’a paru long, déprimant et finalement assez ennuyeux. Le scénario plutôt nébuleux ne parvient pas à mon avis à donner de l’intérêt au spectateur.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 27/02/2026 au cinéma l'ARLEQUIN à PARIS)
Quelque part, d'un pont suisse, une femme tombe à l'eau. Et qu'est-ce qu'il reste ? Pas mal d'interrogations sur la signification de ce geste et sur ses conséquences, que Las Corrientes s'ingéniera à ne pas nous expliquer. La cinéaste suisse-argentine Milagros Mumenthaler, qui tourne vraiment très peu, trois longs métrages en quatorze ans, au-delà d'une certaine opacité volontaire de son scénario, séduit par sa mise en scène élégante, marquée par l'attention à mille détails, et par son portrait émouvant d'une femme hydrophobe, qui semble perdre les pédales. Elle a pourtant tout pour être heureuse, cette styliste de 34 ans qui paraît avoir réussi aussi bien sa vie professionnelle que privée. Sauf que quelque chose cloche chez elle et cela a peut-être à voir avec son passé, mais peu d'indices nous sont révélés. Qu'importe, au fond, puisque c'est justement ce mystère qui rend le film passionnant et imprévisible, y compris quand il fait un pas de côté, pour un temps, en quittant son énigmatique héroïne. Celle-ci est interprétée par la remarquable actrice argentine Isabel Aimé Gonzalez-Sola qui vit en France depuis plusieurs années. Son visage est sans cesse traqué par sa réalisatrice et on peut y lire tous les sentiments du monde, sans jamais percevoir les secrets de son personnage.