Une histoire d'amour qui essaye de survivre dans un monde de haine hideuse, dans une ville blessée et déchirée par cette haine. Un amour né entre deux enfants qui partagent des berlingots de jus de fruits dans une gare désaffectée de Beyrouth, et qui vont s'accrocher l'un à l'autre même quand la vie va les séparer. Ce lien défait et renoué est un prétexte pour raconter d'autres liens fragiles et merveilleux qui relient tout autour les êtres entre eux: l'amitié, la famille, les souvenirs, les blessures, les petites et grandes trahisons. Et puis il y a aussi l'histoire des leurs liens étirés ou rompus avec cette ville au bord de l'eau, au bord du vide; une île, un paradis perdu. Les acteurs principaux sont formidables, les seconds rôles sont formidables, les dialogues sont formidables, la mise en scène est dévouée à encapsuler toute cette beauté fragile et merveilleuse.
Ce film a des airs d'une "Reconquista" (ce joli film espagnol réalisé par Jonas Trueba) à la libanaise. Un homme et une femme, amoureux l'un de l'autre quand ils étaient enfants se retrouvent à l'âge adulte par hasard. Leurs sentiments sont intacts. Ils peuvent enfin vivre leur histoire malgré les réticences émotionnelles de la jeune femme qui a souffert du divorce de ses parents et le contexte compliqué de Beyrouth. Ce film m'a beaucoup touché. Il est question de compromis, de continuer à aller de l'avant même dans un contexte très incertain, d'aimer l'autre pleinement. J'ai trouvé cela très beau.
A la mode italienne de ces comédies qui vous font autant, rire, sourire et pleurer réellement, Cyril Aris qui passe de la documentation à la fiction, réussit là un premier film totalement imprévu. Par ses élucubrations narratives aussi fournies que les séquences archives ou reformulées sur l’actualité, il nous parle du Liban toujours aux prises avec ses conflits internes, et ses extérieurs si tentants. Dubaï, puis l’Allemagne, où Yasmina a failli se rendre, pour une avancée professionnelle, quand son amour de jeunesse, perdu depuis 20 ans, réapparait à l’occasion d’un accident peu banal. On en rit, et Nino aussi, de se voir dans les bras de sa belle avec qui il reprend le difficile chemin de l’amour, quand les bombes vous tombent dessus et que l’économie s’écroule au point de bloquer votre épargne à la banque. Toute une série de protagonistes transalpins défile ainsi sous la coupe de Mounia Aki ( Yasmina ) dans la force de son interprétation, la résolution de son personnage. Celui auquel l’observateur peut à son tour s’identifier sur la gravité de ses réflexions, la sincérité de son engagement. Nino parait plus farfelu. Il est le paravent familial d’un amour débordant, d’un humour sidérant. Fragile et merveilleux .
Nino et Yasmina naissent avec une minute d’écart, à quelques mètres l’un de l’autre, sous les bombes qui ravagent Beyrouth. Ils tombent amoureux quelques années plus tard dans une cour d’école, avant de se perdre puis de se retrouver vingt ans plus tard.
Pour son premier long métrage, Cyril Aris mêle l’intime et l’histoire collective à travers une romance décrivant un Liban fracturé par la guerre et les crises sociales. Le film débute comme une comédie romantique pleine d’humour et d’énergie, en contraste avec les drames qui imprègnent le pays.
Mais le récit rebondit et gagne progressivement en profondeur, atteignant une intensité émotionnelle insoupçonnée. Si les événements qui frappent le Liban restent en arrière-plan, ils façonnent néanmoins le destin du couple. La structure non linéaire pourra dérouter certains spectateurs, mais elle renforce l’impact émotionnel et éclaire les choix des personnages, faisant constamment résonner passé et présent.
Le réalisateur aborde des thèmes forts, comme le dilemme de fuir le chaos d’un pays aimé pour une vie meilleure ou la question de faire naître un enfant dans un monde incertain. Pourtant, l’œuvre ne renonce jamais à l’espoir, offrant de véritables respirations comiques et oniriques.
La réussite repose surtout sur son duo central, dont l’alchimie touche en plein cœur. Entre la justesse du jeu et la finesse des dialogues, leur histoire suscite une profonde empathie. Hassan Akil incarne un Nino éperdument amoureux, dont l’optimisme face au fatalisme résonne comme un acte de résistance. Face à lui, la révélation Mounia Akl compose une femme forte, indépendante et en quête de liberté, défiant les clichés.
Avec UN MONDE FRAGILE & MERVEILLEUX, Cyril Aris signe une belle surprise de ce début d’année : un film marquant, chargé de symbolisme, qui confirme que la comédie romantique peut aussi être un geste politique.
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« Un monde fragile et merveilleux » n’est pas seulement le récit (peu) ordinaire d’un couple à Beyrouth ; c’est aussi celui de nombreuses Libanaises et de nombreux Libanais contraint·es de composer avec l’instabilité politique de leur pays. La force du film réside surtout dans sa manière singulière de filmer Beyrouth à l’image de ses personnages : chamboulée, blessée, brisée, et à la fois débordante, charmante et vibrante de vie.
J'ai adoré ce film sincère et intelligent nous racontant l'amour dans un contexte politiquement perturbé et perturbant. Ce premier film est audacieux aussi dans ses parties pris cinématographiques et d'une grande fraîcheur malgré les drames. Je recommande absolument !
Prix du public de la sélection Giornate degli Autori (l’équivalent de la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes) au Festival du film de Venise 2025, "Un monde fragile et merveilleux" est le premier long métrage de fiction réalisé par le monteur libanais Cyril Aris. Un monde merveilleux, c’est ce que, dit-on, était le Liban il y a plusieurs dizaines d’années, du temps où ce pays était appelé la Suisse du Moyen-Orient. Un monde fragile, c’est ce qu’est aujourd’hui le Liban, miné par les conflits internes entre communautés et par sa proximité géographique avec Israël et la Syrie. De nombreux habitants ont choisi l’exil, d’autres envisagent de le faire. Au sein des familles, au sein des communautés d’amis, l’exil fait qu’on se quitte tout en espérant se retrouver plus tard dans ce beau pays, lorsque la résurgence d’une situation apaisée aura permis le retour espéré.
Plutôt que d’évoquer cette situation au travers d’une histoire pleine de désespoir, convaincu que, dans son pays, il y a malgré tout autant de chaleur que de dévastation, Cyril Aris a choisi de faire de son premier long métrage de fiction une comédie romantique dont l’action se déroule sur une trentaine d’années. critique complète sur le site où le tiret du 6 est entre critique et film. Film vu aux Rencontres cinématographiques de Cannes 2025.
Dans Un monde fragile et merveilleux, Cyril Aris propose bien plus qu’une romance. Le film explore la manière dont l’histoire collective, le climat politique et les fractures d’un pays s’immiscent dans les décisions les plus intimes. L’amour qui unit les deux personnages principaux est sincère, profond, lumineux par instants, mais constamment traversé par une instabilité extérieure qui empêche toute projection sereine. Aimer ne relève plus seulement du sentiment, mais devient un choix éprouvant, parfois épuisant, toujours menacé.
Le récit se construit autour d’un désir récurrent de fuite, symbolisé par le train et par l’idée d’une île rêvée. Ces images ne sont jamais de simples échappatoires romantiques. Elles incarnent l’espoir qu’ailleurs, l’amour pourrait enfin exister sans justification, sans peur, sans compromis imposé par le réel. Pourtant, le film évite toute idéalisation facile. Partir n’est jamais présenté comme une solution miracle, mais comme une tension permanente entre survie, attachement et culpabilité.
La force du film réside dans son regard posé sur les différences de rapport au monde. L’un s’accroche au présent, convaincu que l’élan amoureux peut suffire, tandis que l’autre regarde le futur avec lucidité, consciente des responsabilités et des conséquences. Cette dissymétrie crée une fragilité constante, faite de silences, de retenue et de compréhension mutuelle. Rien n’est crié, tout est ressenti.
Visuellement et musicalement, le film déploie une poésie discrète, parfois surréaliste, qui vient adoucir sans jamais nier la dureté du contexte. La ville, filmée comme un personnage à part entière, devient le miroir de cette contradiction entre beauté et fatigue, espoir et résignation. Un monde fragile et merveilleux s’impose ainsi comme une œuvre profondément humaine, où l’intime et le politique dialoguent sans s’annuler, offrant un regard sensible sur l’amour, l’exil et la difficulté de croire encore en l’avenir.
hier j’ai vu en avant-première une petite pépite de film venu du Liban, c’est drôle, c’est émouvant, la dure épreuve que subit le Liban est au centre du film, et pourtant on ressort avec la banane, c’est sympa, c’est un feelgood movie Les acteurs principaux comme les seconds rôles sont au top et on voit un Beyrouth courageux qui grouille de vie malgré les épreuves Mais SURTOUT SURTOUT ne regardez PAS la bande annonce qui spoile trop de bons moments surprises. J’attends la sortie nationale avec impatience pour aller le revoir.
Vu en avant-première surprise à Marlymages le 2/2 : Les retrouvailles improbables d'un amour d'enfance donnent à ce film une douceur dans un monde en plein effondrement. L'optimisme de l'homme tranche avec le réalisme de la femme. Un film poignant sur la réalité d'un pays qui se bat pour survivre !
C'est comme si Cyril Aris, dans son premier long métrage de fiction, avait voulu encapsuler l'âme même du Liban et de ses habitants. L'un de ses courts-métrages s'appelait Danser sur un volcan, son film-ci aurait pu s'intituler S'aimer sur un volcan, car c'est bien de cela qu'il s'agit : continuer à vivre, penser à fonder une famille et se résoudre à rester au pays malgré les guerres, l'instabilité politique et les difficultés économiques. Et c'est par le biais d'une belle histoire d'amour, débutée pendant l'enfance, que le cinéaste raconte un monde fragile et merveilleux qui est celui d'une nation ballotée et martyrisée et qui demande courage et résilience pour ne pas avoir envie de la quitter pour des cieux plus paisibles. Si le film manque parfois de fluidité, il ne cesse presque jamais de captiver par sa fantaisie, son humour, sa poésie, son sens de l'absurde et, surtout, sa tendresse immodérée pour ses personnages, tous magnifiquement incarnés, y compris les enfants, qui représentent, à différentes époques, l'espoir et la confiance dans un avenir meilleur. Au fond, le film répond joliment à la question : comment peut-on être Libanais ? C'était difficile, hier, c'est devenu pénible aujourd'hui, mais qui sait si demain, le Liban ne redeviendra pas ce qu'il était, il y a longtemps, désormais, à savoir la Suisse du Moyen-Orient. On peut toujours rêver.