Pour Damien Hauser, le projet trouve son origine dans un événement tragique : la perte de son petit frère. En revoyant d'anciennes vidéos de famille, le cinéaste prend conscience de la beauté des moments simples malgré la douleur du deuil. Il imagine alors une œuvre réparatrice, abordant le rapport à la mémoire et aux souvenirs à travers une histoire futuriste. "Ce film est improvisé, basé sur un brouillon créé peu après le décès de mon frère. Travailler dessus a été un moyen pour moi de surmonter sa disparition", confie le réalisateur.
Pour donner une véritable impression de spontanéité et d'authenticité à l'écran, Damien Hauser privilégie des interprètes non professionnels. Il fait appel à un entourage très proche : des amis, des membres de sa famille ou des collaborateurs rencontrés sur de précédents projets. C'est ainsi qu'Ibrahim Joseph, déjà aperçu dans l'une de ses réalisations antérieures, décroche le premier rôle masculin de Kuve. La seule comédienne professionnelle engagée sur l'ensemble du long-métrage reste l'actrice interprétant la princesse Mumbi.
Afin d'édifier l'univers futuriste d'Umata en 2093 sans disposer d'un budget colossal, Damien Hauser associe tournages en décors réels, fond vert et intelligence artificielle. L'IA lui sert principalement à étendre les environnements physiques filmés sur place pour leur donner une dimension de science-fiction. Ce procédé exige un travail titanesque en post-production : chaque image nécessite de l'upscaling, du compositing et du rotoscoping via plusieurs logiciels spécialisés, occupant le cinéaste pendant près de deux ans.
La fabrication du film repose sur une équipe extrêmement réduite et polyvalente. Le réalisateur assume lui-même la mise en scène, l'écriture, le montage et les effets visuels. Sur le plateau, tout le monde met la main à la pâte : le cinéaste tient la caméra tandis que les acteurs s'occupent activement des costumes, du maquillage et de la gestion de l'éclairage. Newton Ronnoh cumulait quant à lui les postes de premier assistant réalisateur, de machiniste et d'acteur.
Loin des grosses productions hollywoodiennes explosives, Damien Hauser conçoit son projet comme un drame intimiste entremêlant documentaire, science-fiction et romance. Le cinéaste a volontairement écarté les règles d'écriture traditionnelles qui imposent une crise majeure au second acte, préférant mettre en avant des scènes calmes et contemplatives. Par ailleurs, bien que se déroulant au Kenya, il refuse l'étiquette d'« afrofuturisme », revendiquant simplement une œuvre de science-fiction ancrée dans le patrimoine culturel africain.