Face à l'absence d'une cinémathèque nationale au Liban, le film devient un acte de préservation nécessaire. Lana Daher a puisé dans plus de 20 000 archives (entre films, clips musicaux, archives photographiques, vidéos personnelles, podcasts, radio, télévision…) sur plus de 70 ans qui deviennent un patrimoine vivant : « Dans nos écoles, nous n’avons pas de manuels d’histoire communs et notre passé reste tabou dans la vie publique. Cette absence m’a poussée vers les archives pour chercher, collecter et écouter. Pour comprendre non seulement ce qui a précédé, mais aussi le présent dans lequel nous vivons. »
La musique joue un rôle de personnage à part entière dans le long-métrage. Elle sert de pont entre les générations et elle est indissociable des images : « La musique, entremêlée de fragments de dialogues et sons d’archives, est le rythme cardiaque du film. Elle permet de naviguer entre le rêve et la réalité, entre la fête et la tragédie. » Lana Daher a travaillé huit années sur ce projet et a lancé un site dédié (doyouloveme.film) qui répertorie les sources visuelles et les musiques utilisées, permettant ainsi de redonner une vie et un nom à tous les artistes cités dans le film.
Le film explore la cyclicité des conflits au Liban, un sujet qui touche personnellement la réalisatrice. Lana Daher apporte un regard nuancé sur cette réalité, refusant de réduire son pays à ses cicatrices : « Je suis née en 1983, en pleine guerre civile libanaise. Les mêmes cycles d’agression et de calme précaire qui ont marqué mon enfance persistent encore aujourd’hui. Ayant traversé d’interminables vagues de conflits, j’ai été témoin de leur impact sur les générations qui m’ont précédée et celles qui m’ont suivie. Bien que la guerre soit présente, elle ne définit pas le Liban. La vie à Beyrouth ne se résume pas à la violence ; c’est aussi un lieu de joie, de créativité et d’une profonde vitalité. »
Do You Love Me se présente comme une réflexion poétique sur la dualité de la capitale libanaise : « Beyrouth est mon chez-moi. C’est une ville suspendue dans l’entre-deux : entre violence et endurance, fragilité et renouveau. Elle porte en elle un fort sentiment d’identité et de persévérance, mais aussi une vulnérabilité tout aussi profonde. Vivre ici, c’est naviguer entre les extrêmes, encore et encore. Do You Love Me est une réflexion sur le Beyrouth d’aujourd’hui. En réinterprétant des fragments de films, de chansons et de photographies, j’espère distiller la réalité stratifiée de cette ville — sa mémoire, sa résistance, sa tendresse — et donner une nouvelle vie à ces images, ouvrant ainsi un espace pour explorer, se souvenir et simplement ressentir. »
Avant sa sortie en salles, le documentaire a connu un beau succès sur la scène internationale. Lancé en 2025 à Venise (Giornate degli Autori), il a depuis intégré la sélection de plus de trente prestigieux festivals, récoltant des prix à Hambourg, Lisbonne et Helsinki. En France, le film est lauréat de la Mention Spéciale du prix Ulysse Decipro du meilleur long- métrage documentaire au Cinemed Festival à Montpellier.