Ce que raconte réellement Obsession.
**Le consentement**
C’est probablement le thème le plus évident du film.
Sous l’effet du vœu, Nikki semble agir de son plein gré. Elle dit qu’elle aime Bear, elle reste avec lui et elle cherche constamment à lui faire plaisir. Mais elle n’a en réalité aucun choix. Ses sentiments et ses comportements sont entièrement provoqués par le vœu.
À partir du moment où Nikki ne peut plus refuser Bear, partir ou même ressentir autre chose pour lui, son consentement n’existe plus. Leur relation repose donc entièrement sur une contrainte.
Bear ne se demande jamais ce qui est bon pour Nikki. Il se demande seulement comment la garder auprès de lui. Même lorsqu’il comprend qu’elle souffre, il préfère conserver son amour plutôt que lui rendre sa liberté.
**La critique du « gentil garçon »**
Bear représente parfaitement la figure du « gentil garçon », ou du nice guy. **
(C’est le genre de personne qui pense : « Je suis gentil, mais les filles ne veulent jamais de mecs comme moi. Elles préfèrent les mauvais garçons. »)
Ce discours revient souvent chez certains hommes qui ont du mal dans leurs relations avec les femmes. Ils ont l’impression que leur gentillesse devrait automatiquement leur donner droit à de l’attention ou à une relation amoureuse.
Mais le film montre que cette prétendue gentillesse n’est pas toujours sincère. Elle peut être intéressée.
C’est là que le film déconstruit complètement l’image du garçon gentil. Être discret, timide ou amoureux ne fait pas automatiquement de quelqu’un une bonne personne. La vraie gentillesse consiste à respecter la liberté de l’autre, même lorsque ses choix nous font souffrir.
Ce genre de personne n’accepte pas que ses sentiments puissent ne pas être réciproques, ils pensent « J’ai été gentil avec toi, donc tu devrais m’aimer. » Mais à partir du moment où l’on pense comme ça, la personne que l’on prétend aimer n’est plus considérée comme un être humain libre, avec ses propres choix. Elle devient une récompense que l’on pense avoir méritée.
**L’amour carnivore**
C’est une manière de consommer l’amour comme un produit. On ne cherche plus forcément à construire une relation avec une personne précise, mais à retrouver les sensations qu’elle nous procure : se sentir désiré, rassuré, valorisé.
C’est exactement le problème de Bear. Il ne s’intéresse pas vraiment à ce que Nikki pense, à ses projets ou à ce qui pourrait la rendre heureuse. Ce qu’il aime surtout, c’est la manière dont elle le fait se sentir. Elle devient pour lui un moyen de calmer sa solitude et ses insécurités.
Cette manière de concevoir l’amour dépasse le film. Dans notre société, les relations peuvent parfois être consommées comme des objets. On rencontre quelqu’un, on profite de ce qu’il nous apporte émotionnellement, puis on passe à une autre personne lorsque la relation ne nous satisfait plus.
L’autre n’est alors plus considéré comme une personne entière, avec ses défauts, ses besoins et ses propres choix. Il devient presque un produit chargé de nous apporter de l’affection, du plaisir ou de la validation. Dès qu’il ne remplit plus cette fonction, on cherche à le changer ou à le remplacer.
C’est en cela que l’amour devient « carnivore ». On ne nourrit pas la relation, on la consomme pour combler quelque chose en nous.
**« Ce n’est pas une romance, c’est une histoire d’amour »**
Cette phrase prononcé par Nikki, résume bien le film.
La romance, telle que Bear l’imagine, repose sur un fantasme. Il se raconte une histoire dans laquelle Nikki finit forcément par comprendre qu’il est l’homme qu’il lui faut. Il imagine que ses sentiments sont suffisamment forts pour justifier une relation.
Mais le véritable amour n’est pas une histoire que l’on écrit seul dans sa tête.
Aimer quelqu’un implique d’accepter que cette personne soit différente de ce qu’on avait imaginé. Cela implique aussi d’accepter qu’elle puisse ne pas nous aimer, partir ou choisir une autre vie.
Bear veut la romance, une histoire parfaite dans laquelle son amour est récompensé. Mais il est incapable de vivre l’amour véritable, parce que celui-ci demande de reconnaître l’autre comme une personne libre.
**La cristallisation**
Développé par Stendhal, ce concept décrit le processus par lequel on idéalise une personne jusqu’à ne plus la voir telle qu’elle est réellement. On lui attribue des qualités, on imagine une relation parfaite avec elle et on finit par s’attacher davantage à cette image qu’à la personne elle-même.
Bear semble avoir construit cette version idéalisée de Nikki à partir de quelques souvenirs. Elle était gentille avec lui au collège et elle était présente pendant une période difficile de sa vie, notamment lors de la mort de sa grand-mère. À partir de là, il a probablement commencé à la placer sur un piédestal et à lui donner une place beaucoup plus importante qu’elle n’en avait réellement dans sa vie.
*(D’ailleurs, lorsqu’il s’entraine à déclarer ses sentiments à la serveuse au tout début, il évoque seulement quelques gestes : “t’as été gentille avec moi quand je suis arrivé en ville, tu m’as appelé après la mort de sa grand-mère.” Ce sont des attentions bienveillantes, mais assez ordinaires. Pourtant, Bear leur donne une importance immense.)*
Une autre scène du film montre très bien ce concept de cristallisation. Juste après la mort de son chat, Bear regarde les photos de Nikki sur les réseaux sociaux pour se réconforter. C’est assez inquiétant. Au lieu d’aller lui parler ou d’essayer de mieux la connaître, il se réfugie dans son image. Et sur les réseaux sociaux, il ne voit forcément qu’une version sélectionnée, embellie et presque parfaite d’elle.
Bear ne s’attache pas à la vraie Nikki, mais à une représentation d’elle.
C’est justement là que l’idéalisation peut devenir dangereuse. Lorsque la vraie Nikki reprend brièvement le contrôle et le supplie de la tuer pour mettre fin à ses souffrances, Bear lui répond : « Qu’est-ce qu’il y a de si horrible à vivre avec moi ? » Même à cet instant, il ne la voit pas comme une victime enfermée dans son propre corps. Il continue de la regarder comme la femme idéale qu’il s’est fabriquée dans sa tête.
Lorsqu’on reste enfermé dans l’image que l’on s’est créée de quelqu’un, on finit par ne plus voir la personne réelle, ni ses émotions, ni ses besoins. Dans les cas les plus graves, cela peut conduire à ignorer sa souffrance et à justifier des comportements de contrôle ou de violence au nom d’un prétendu amour.
À force de vouloir transformer quelqu’un pour qu’il corresponde à notre fantasme, on finit par détruire la personne que l’on prétend aimer.
**Le parallèle avec les animaux domestiques**
Le chat occupe une place très importante dans le film. La mort de Sandy est l’un des premiers événements de l’histoire. Ensuite, Nikki construit un autel en sa mémoire, avant de finir par faire manger le chat à Bear. On remarque aussi une horloge en forme de chat dans son appartement, et l’entreprise qui fabrique les One Wish Willow s’appelle TABI Cat Curiosities. Toutes ces références montrent qu’il y a quelque chose à creuser autour de cet animal.
Surtout, après le vœu, Nikki adopte elle-même des comportements qui rappellent ceux d’un chat domestique. Elle attend Bear derrière la porte comme un animal qui attend le retour de son maître, elle le regarde dormir, le suit partout et fait ses besoins sur le tapis. Elle se déplace parfois comme un félin et, dans certaines scènes, on ne distingue que ses yeux qui brillent dans l’obscurité.
Le film fait un parallèle entre l’amour forcé de Nikki et la relation que nous entretenons avec un animal domestique.
Lorsqu’on adopte un animal, on ne lui demande pas réellement s’il souhaite vivre avec nous. On suppose qu’il est heureux parce qu’on le nourrit, qu’on l’héberge et qu’on lui donne de l’affection. Pourtant, on ne peut jamais connaître parfaitement ses véritables besoins ni savoir quelle vie il aurait lui-même choisie.
Bear raisonne de la même manière avec Nikki. Il pense que, puisqu’il lui donne un foyer, de l’attention et de l’amour, elle devrait forcément être heureuse avec lui. Mais il ne cherche jamais à savoir ce qu’elle veut réellement. Il ignore ses rêves, sa souffrance et son besoin de liberté.
Le film pose alors une question : Aimer quelqu’un, est-ce vouloir qu’il nous appartienne, ou vouloir son bonheur, même s’il doit vivre loin de nous ?
Peut-on encore appeler cela de l’amour lorsqu’on prive l’autre de sa liberté, jusqu’à le réduire en animal de compagnie enfermé dans une cage affective ?