Éperdument amoureux de sa collègue Nikki, Bear se morfond de ne pouvoir lui avouer ses sentiments de peur de perdre son amitié et de créer un sentiment de gêne au sein de leur petite bande de proches.
Un soir, alors qu'il est sur le point de franchir le pas et que, à cause de ses maladresses de grand introverti, il doit y renoncer pour la énième fois, il décide d'utiliser le cadeau qu'il lui destinait, un bâton à craquer permettant de réaliser un vœu, pour exprimer le sien: que "Nikki l'aime plus que tout au monde". Sous ses yeux, son vœu se réalise très vite et tourne progressivement au cauchemar le plus total...
Partir du pitch vu et revu du vœu où un prétendant laisse le soin à la magie de conquérir le cœur de sa belle (inévitable méchant contrecoup compris), qui plus est sous la bannière Blumhouse que l'on sait prédisposée à détourner n'importe quel jeune talent prometteur à des desseins de teen-épouvanteries aux déroulés/décalques scénaristiques balisés, et réussir à sortir de tout ça une "Obsession" aussi percutante que jubilatoire... C'est un fait, Curry Barker vient de s'imposer comme une révélation avec ce deuxième long-métrage qui risque bien de devenir une référence du cinéma de genre de l'année 2026.
Laissant son concept magique naviguer en eaux obscures pour toujours le convoquer avec parcimonie et intelligence dans l'étude de cas de ses conséquences (là où la plupart des produits mainstream Blumhouse se seraient contentés d'une remontée à ses origines sous forme d'enquête fatiguée), "Obsession" à l'idée -de génie, osons le dire- de complètement adapter sa structure, son rythme et son ambiance autour du comportement erratique de Nikki sous influence du voeu, qui devient dès lors la clé de voûte imprévisible de l'ensemble. Comme Bear, le spectateur se retrouve ainsi lui pris au piège de cet engrenage, de ce personnage et de cette relation viciés par le voeu, devant se prendre de plein de fouet ses changements de personnalités abrupts, ses mouvements de silhouette quasi-surnaturelle au milieu de la nuit, ses réactions totalement incongrues par rapport à leur entourage et les multiples surprises qu'induisent sa soumission/possession à l'égard de son amour fou factice pour Bear.
À ce jeu qui repose en grande majorité sur ses frêles épaules, Inde Navarrette livre une prestation absolument sidérante et fait figure d'étoile incandescente au sein de cette "Obsession", cristallisant les moments de folie les plus déroutants de Nikki avec une aisance déconcertante pour nous mettre sans cesse aux aguets de sa présence que l'on devine capable de tout et, surtout, du pire à chaque seconde.
Image par excellence d'une femme perdue, emportée dans un phénomène de codépendance toxique et aveugle vis-à-vis de son conjoint, cette Nikki et ses agissements de plus en plus dangereux sont bien entendu le juste châtiment à infliger à Bear et à son vœu d'idéal amoureux, digne des clichés d'une mauvaise romcom où les contours d'une femme ne servent qu'à satisfaire le bonheur et les intérêts du protagoniste masculin, et dans lequel il cherche malheureusement à se complaire malgré les cris de détresse de celle qu'il a connue et qui subsiste malgré tout (la séquence des suppliques dans le lit est déchirante). Cette volonté de maintenir une illusion et une emprise dont il a pleinement conscience en font sans doute un des personnages les plus débectables que l'on ait vu depuis un moment au cinéma, un sentiment encore plus renforcé par son physique de jeune éphèbe timide (encore un détournement bien pensé d'un cliché sur pattes de romcom) qui, même une fois mis devant la noirceur la plus totale de ce qu'il a cherché à perpétuer, réussit à exprimer avec encore plus de force des sommets de lâcheté brisés par un final punitif des plus jouissifs et mérités.
Des productions Blumhouse comme celles-ci, osant sortir de la norme et laisser les coudées véritablement franches à l'audace d'un jeune auteur, on en redemande ! Nikki la dingue est aussi devenue notre "Obsession", et même longtemps après avoir franchi les portes de sortie de la séance.