Pour son premier long métrage, Curry Barker convoque de nombreuses références
: Requiem For a Dream pour le sujet, Together pour le faux sujet, It Follows et Smile pour les fulgurances visuelles, Talk to Me pour le côté possession récréative
et en extrait la substantifique moelle pour concocter un récit puissant et formellement plutôt novateur.
D'un coup de baguette magique de jeune cinéaste prodige, il habille son sujet, un drame particulièrement lourd et malaisant
autour de l'addiction et l'autodestruction
des atours anxiogènes mais fun de la comédie romantique horrifique
là où Requiem For A Dream versait dans le réalisme et le misérabilisme, pour un impact décuplé
Faisant honneur à son sujet, la co-dépendance
et non la romance
, le cinéaste procède à un récit tout en mirroir, à partir duquel deux interprétations sont possibles :
-
Interprétation n°1 : Nikki est un personnage réel.
Le "make a wish gum" symbolise la drogue. Bear finit par avoir Nikki sous son emprise, non pas en la charmant avec un sortilège mais en la faisant replonger dans la drogue avec lui (on connait le passé des deux protagonistes : l'un se drogue avec l'oxydocone, l'autre est une ex addict à l'héro). Les deux iront ensemble, tel un couple, jusqu'en enfer, l'enfer de la codependence, l'enfer de la déchéance. Nikki en échappera miraculeusement par la mort de Bear et prendra enfin conscience de sa situation rendra compte une fois son emprise disparue à la mort du dernier
- Interprétation N°2 : le film met en image la lutte de Nikki et Sarah, les deux facettes de la personnalité torturée et trouble de Bear, pour séduire ce dernier et éliminer sa rivale
Nikki est la personnification de la drogue, du déni, du plaisir immense et sans effort qui finit par devenir de plus en plus dérangeant (les crises de Nikki symbolisent les descentes de Bear).
Nikki a un amour fou, pathologique, pour la partie de Bear qui essaie de rester sobre et qui, renie tant bien que mal, son amour toxique pour l'autodestruction (scène de la voiture où il hésite à accepter les premières avances de Nikki et est clairement dans le déni de ce qu'il vient de faire).
Cette Nkki qui évoque un père cancéreux et qui pourrait être la clé de compréhension de la situation de Bear : au début du film on découvre les tubes d'oxydocone, un opoide puissant utilisé pour soulager les douleurs cancéreuses rebelles. C'est bien la déchéance puis le décès du père de Bear qui pourrait l'avoir fait plonger. Décès symbolisé à travers la mort du chat, d'overdose, au début du film .
Sous drogue, Nikki finira par achever la personnalité sobre de Bear, incarnée par la discrête Sarah, cette fille avec un background similaire à lui mais qui elle reste honnête avec elle même et qui, par sa persévérance, réussira à reprendre son destin en main (elle est reçue in extremis dans son université), ce que la personnalité autodestructice de Bear lui refuse à lui même (lorsque Nikki lui demande, Bear avoue ne pas envisager de futur et s'invente une vie de food critic en bon mythomane qu'il est)
CONCLUSION :
Du fait que Nikki reprenne les mêmes répliques que Bear en différé, on peut penser que le film tourne autour de la seconde hypothèse : un dialogue, un amour vache puis un affrontement final entre les deux personnalités de Bear, dont l'absence de connexion au réel résonne tel un écho vaporeux. Une absence de connexion qui prendra fin quand, tel un miraculé, Bear survivra à une overdose et prendra enfin conscience de sa déchéance.