Le Triangle d'or, premier long métrage d'Hélène Rosselet Ruiz, est une réussite. La réalisation témoigne d'une véritable maîtrise, avec une mise en scène précise qui installe progressivement une tension sourde et une atmosphère oppressante sans jamais céder à la facilité !
J'ai été curieuse dès les premières minutes puis happée complètement jusqu'à la fin. Un réel suspense, une place importante pour l'émotion brute, des personnages incarnés avec justesse, ce qui rend leurs parcours touchants et donne au récit une vive l'intensité
Comme le précise et l'avoue la cinéaste, elle pousse les curseurs comme elle dit et ainsi nourrir un certain fantasme érotico-exotique à la sauce des Mille et une Nuits mais en y retirant l'extase, le plaisir et surtout le bonheur dont le luxe reste écrin fait d'écran de fumée. Fantasme ou légendes urbaines aussi que des films comme "Harem" (1985) ont notamment permis de véhiculer, le tout sous la dimension psycho-anxiogène du huis clos. D'emblée la situation est singulière et sous tension car nullement naturel, on finit par accepter et assimiler les choses comme le fait Lora/Khebizi, surtout quand on se dit que d'un côté les milliardaires sont hors sol et que de la paie pousse forcément à fermer les yeux et faire un effort. Il y a des limites, on apprécie par ailleurs que Lora crée le premier "bug" même s'il arrive peut-être un peu tard... SPOILERS cliquez pour en savoir plus !... Bon point pour la sculpturale Soundos Mosbah alias Souria qui joue à merveille passant de la femme forte, faussement indépendante mais croyant autant à son amour qu'à sa bonne étoile et qui, petit à petit, évolue vers le doute, d'abord en se persuadant que tout va bien et que rien ne peut entraver son bonheur puis en jouant un va-tout. Petite pensée au récent film "Moon" (2025) de Kurdwin Ayub dont il partage plusieurs thématiques. Site : Selenie
Pour son premier long métrage, après quatre courts, Hélène Rosselet-Ruiz a imaginé s'inspirer de l'une de ses expériences professionnelles en poussant encore davantage les curseurs. Luxe et servitude : dans Le triangle d'or, nous voici plongés dans un appartement somptueux où vit cloîtrée une jeune femme, maîtresse d'un prince saoudien. Une vie sans limites financières, mais marquée par de fréquentes périodes de solitude. La confronter à une assistante personnelle, sorte de bonne à tout faire, et notamment réceptacle de ses caprices, est l'idée principale d'un scénario plutôt bien construit autour des relations évolutives entre ses deux héroïnes, esclaves chacune à leur façon. C'est presque dans un décor de téléréalité avec des caméras dans chacune des pièces d'habitation que se déroule ce thriller psychologique dont la tension est palpable. Cependant, il y a quelque chose de trop attendu dans le film, des comportements et des événements qui ne surprennent pas vraiment. Cela n'empêche pas de montrer à quel point l'argent peut pousser à des situations dans lesquelles l'idée de dignité s'efface peu à peu. Les deux actrices principales sont remarquables et complémentaires : Malou Khebizi et Soundos Mosbah transcendent une histoire singulière, mais hélas extrêmement crédible dans un monde où la richesse des uns ne se confronte aux autres que par la domination voire l'humiliation.
Jeune banlieusarde taiseuse, rêvant d’intégrer l’armée, Laura (Malou Khebizi) trouve un emploi grassement rémunéré dans le « triangle d’or » parisien – cet espace délimité par les Champs-Elysées, l’avenue Montaigne et l’avenue Gabriel – dans l’hôtel particulier où un émir saoudien a installé Souria, sa maîtresse (Soundos Mosbah).
"Le Triangle d’or" est le premier film d’Hélène Rosselet-Ruiz. Elle en a eu l’idée durant sa scolarité à la Fémis et en a même fait un court-métrage au titre faussement sartrien, "Les Mains sales". Le sujet est original : comment vivent les riches Saoudiens, les riches Saoudiennes, lorsqu’ils sont de passage à Paris ? qu’abritent leurs palais des mille et une nuits, objet de fantasmes peut-être délirants ? quelles relations entretiennent-ils avec leurs employés (Hélène Rosselet-Ruiz a utilisé les travaux de la sociologue Alizée Delpierre sur la domesticité) ?
Pour nous faire pénétrer dans ce monde mystérieux, le scénario utilise une recette éculée : nous le faire découvrir à travers les yeux d’un Candide qui le découvre en même temps que nous. Ce sera le rôle de Laura, interprété par Malou Khebizi. L’actrice était en tête d’affiche de "Diamant brut". Elle est méconnaissable dans son second film : la bimbo varoise peroxydée juchée sur des hauts talons improbables a laissé la place à une petite soldate hommasse et hypersportive. La capacité de Malou Khebizi à se glisser successivement dans ses deux rôles, si différents, force l’admiration.
La bande-annonce laissait augurer un pur thriller. Le film est un peu différent. Il se focalise sur la relation qui se construit entre Souria et Lara. Lara, qui découvre avec un mélange de fascination et d’horreur la prison dorée dans laquelle sa patronne est claquemurée, est d’abord maltraitée par Souria avant de devenir sa confidente. L’histoire prend ici des raccourcis peu crédibles. Les deux femmes devient alliées face à la violence masculine. Le simplisme du schéma est atténué par un troisième personnage masculin : le chauffeur, interprété par l’acteur Ziad Bakri qu’on vient de voir dans "Le Passage" et qu’on avait découvert dans "Les Barbares".
"Le Triangle d’or" pâtit de la faiblesse de son scénario pépère mais n’en reste pas moins une plongée sociologique fascinante dans un monde rarement documenté.
Les hasards du calendrier des sorties cinématographiques font voisiner à une semaine d'intervalle 2 films qui, chacun à sa façon, nous parlent de l'Arabie Saoudite. "Les silences de Riyad", film de la réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour ("Wadjda") qui sort mercredi prochain 5 août, évoque à mots couverts la condition féminine en Arabie saoudite au travers d'une enquête policière alors que "Le triangle d'or", premier long métrage de la réalisatrice française Hélène Rosselet-Ruiz, nous montre ce que peut être la vie à Paris d'un jeune prince saoudien. Dans "le triangle d'or", Laura est une jeune femme venant de la banlieue parisienne et qui, ayant besoin d'argent avant d'intégrer l'armée, se fait engager comme bonne au service exclusif de Souria, la maîtresse d'un prince saoudien dont elle espère devenir la seconde femme, mais qui, en attendant, vit cloitrée, avec interdiction d'en sortir, dans un luxueux hôtel particulier du 16ème arrondissement. Après avoir vu Laura subir le comportement odieux de Souria, après avoir remarqué la relative bonne entente entre Laura et Emre, l'homme à tout faire du prince, après avoir constaté combien l'opulence financière de certains permet de jeter à la poubelle des quantités énormes de nourriture qui auraient été d'un grand réconfort pour des indigents, après avoir assisté au renversement de comportement d'une responsable d'une luxueuse boutique de mode lorsqu'elle prend conscience que celle qu'elle prenait pour une cliente ordinaire est mandatée par un de ces gros clients venant du Moyen Orient, la sororité va commencer à faire son œuvre entre Souria et Laura : après tout, ne sont-elles pas toutes les 2 des esclaves, chacune à sa façon, toutes les 2 des prisonnières à l'instar de la panthère noire, un animal de compagnie très particulier que Laura cherche à apprivoiser, à l'instar de Emre qui est persuadé que sa famille finira par obtenir le droit de quitter la Palestine pour venir s'établir à Nice grâce à l'appui du prince. Mais les "petits" peuvent ils gagner contre les puissants ? Malgré 2 ou 3 courtes séquences un peu faibles, "Le triangle d'or" s'avère être une très belle réussite pour un premier long métrage. Celles et ceux qui l'avaient découvert Malou Khebizi dans "Diamant brut" auront du mal à la reconnaitre dans le rôle de Laura, sauf que, dans un film comme dans l'autre, elle montre un très beau potentiel de comédienne. Dans le rôle très difficile à interpréter de Souria, Soundos Mosbah est également excellente. Quant au rôle de Emre, il est parfaitement interprété par le comédien palestinien Ziad Bakri, fils de Mohammad, frère de Saleh et de Adam. Et puis, tout au long du film, on se félicite que la musique ne soit présente que lorsqu'elle peut apporter quelque chose et, qu'en plus, elle soit de grande qualité. Au moment du générique de fin, on n'est pas vraiment surpris de constater qu'elle est l’œuvre de Dom La Nena, celle là même qui partage l'affiche avec Rosemary Standley au sein de du duo Birds on a Wire.
"Le Triangle d'or" noté correctement par la critique, présenté cette année au festival de Cannes (hors compétition) est un thriller psychologique pertinent. L'univers arabique envoutant choisi par la réalisatrice Hélène Rosselet-Ruiz, qui puise dans sa propre expérience pour explorer les rapports de domination et de classes, prend vie grâce au jeu fascinant de Soundos Mosbah et de Malou Khebizi, dont j'avais apprécié le talent dans "Diamant brut".
C’est un huis clos étonnant. Laura intègre la vie d’une riche famille saoudienne au service de Souria. Mais dans ce temple de l’apparence, tout n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. Le film porte un regard intéressant sur ce sujet assez méconnu mais manque un peu de rythme et de matière. Il m’a clairement laissé sur ma faim.
Le film démarre sur une base solide : un drame à suspense construit autour d’un couple saoudien, à travers lequel la réalisatrice semble vouloir dresser un portrait critique des mœurs et du mode de vie d’une certaine bourgeoisie du Golfe. L’intention est claire, le postulat intrigant, et les premières scènes installent une tension prometteuse.
Mais c’est là que le bât blesse : passé cette mise en place réussie, le film retombe dans les travers du cinéma français « dans le mauvais sens du terme ». On pose de bonnes bases sans jamais les exploiter jusqu’au bout. L’intrigue s’essouffle, le récit semble s’arrêter en plein élan, sans véritable résolution ni fin digne de ce nom. La panthère noire, censée porter une charge symbolique forte, finit par n’avoir aucun impact réel sur le film — sinon celui d’appuyer, un peu lourdement, la dénonciation du train de vie des riches Saoudiens.
Résultat : un film qui avait les cartes en main pour être marquant, mais qui s’effondre par manque de souffle narratif et d’ambition dans sa conclusion. Dommage — à voir pour la mise en place, pas pour la chute.
Très bon thriller, avec un bon scénario qui met en évidence la place de l'argent qui fait faire n'importe quoi ou accepter tout au péril de la vie ou de la liberté
Mise en lumière chirurgicale de l'emprise psychologique, du contrôle absolu et de la nécessité vitale de s'extraire d'une cage dorée.
On peut sans doute y voir aussi une réflexion sous jascente sur la lutte des classes, l'abus de position dominante, le mépris de classe, un regard sur la condition de la femme et la sororité.
Le point fort de ce thriller psychologique, porte sur le prétexte scénaristique qui permet d'aborder ces thèmes nombreux, où l'on trouvera, peut-être ?, aussi des points de convergences avec plusieurs films portant sur le rapport maître/serviteur, dont " The servant " de Joseph Losey n' est pas la moindre des références. Une bonne surprise !
Un huis clos oppressant rendu captivant par la relation nuancée entre deux femmes. Malgré une fin frustrante et un thriller sous-exploité, c’est un premier film maîtrisé.
Un film bien scénarisé où un malaise sous jacent est perceptible dans quasiment toutes les scènes. Ce quasi huis clos va crescendo dans la tension jusqu’au dénouement. Du beau travail.
L’idée du « Triangle d’or » trouve son origine dans un épisode vécu par la réalisatrice Hélène Rosselet-Ruiz qui durant un été a travaillé comme femme de ménage pour une riche Saoudienne dont elle a progressivement compris qu’elle était la maîtresse d’un membre de la famille royale. Fascinée par les rapports de domination et le secret qui entouraient cette situation, elle a imaginé des années plus tard un huis clos où cette rencontre impossible dans la réalité pourrait enfin avoir lieu…elle en a fait un excellent film que j’ai trouvé très prenant…Laura, une jeune fille de banlieue qui a quelque temps libre avant d’intégrer l’armée, son souhait, accepte de devenir bonne à tout faire , disponible sept jours sur sept , vingt-quatre heures sur vingt-quatre, logée sur place au service d’une famille princière saoudienne, occupant un hôtel particulier parisien… "Madame" y règne à coup de caprices et d’humiliations, ne s’adressant à elle qu’en anglais, tout en attendant totalement recluse les passage de "Monsieur" …Laura se lie peu à peu avec le maitre d’hôtel et chauffeur palestinien, Emre et comprends que cette patronne exigeante est en fait la maitresse illégitime et francophone du jeune prince qui brûle de se faire épouser même en seconde épouse et tremble d’être délaissée tandis que plane sur elle la menace d’être découverte…Pour son premier long métrage, Hélène Rosseley-Ruiz réussit un coup de maitre et met en scène les délires et dérèglements de l’extrême richesse dans un huis clos irréel , c'est presque dans un décor de téléréalité avec des caméras dans chacune des pièces d'habitation que se déroule ce thriller psychologique dont la tension est palpable... la jeune patronne est littéralement séquestrée…elle met en œuvre la dialectique du maitre et de l’esclave, qui finira par se renverser dés lors que la belle patronne tombe le masque…En dehors du Triangle d’or qui fait référence à l’immobilier parisien , Emre, le seul homme de la maison, forme avec Souria et Laura un autre triangle doré sur tranche mais acéré…Les deux actrices principales sont remarquables et complémentaires : Malou Khebizi et Soundos Mosbah transcendent une histoire singulière, mais hélas extrêmement crédible dans un monde où la richesse des uns ne se confronte aux autres que par la domination voire l'humiliation à coté de Ziad Bakri, tout en retenue et puissance...Un film ramassé, brillant et tranchant..
Le Triangle d’or navigue entre le thriller psychologique et l'immersion quasi documentaire. Malgré un dispositif minimaliste — un huis clos strict, une poignée de personnages et une intrigue aux dynamiques forcément répétitives —, le film réussit à nous tenir captifs grâce à des rebondissements assez inattendus. Cette efficacité repose en grande partie sur l'interprétation de son duo d'actrices, à la fois très crédible et touchant. Dommage que la réalisation abuse des plans de caméras de surveillance ; un choix visuel assez facile et franchement inesthétique qui finit par lasser. Au fond, c'est là que le long-métrage trouve sa limite : sous ses airs de constat clinique, le propos reste superficiel, sans grande nouveauté, et s'évapore malheureusement assez vite une fois le générique de fin passé. Une proposition solide, mais qui manque d'épaisseur sur la durée.