Ce film a été présenté en Séance Spéciale au Festival de Cannes 2026.
L’idée du Triangle d’or trouve son origine dans un épisode vécu par la réalisatrice Hélène Rosselet-Ruiz. Elle a travaillé durant un été comme femme de ménage pour une riche Saoudienne dont elle a progressivement compris qu’elle était la maîtresse d’un membre de la famille royale. Fascinée par les rapports de domination et le secret qui entouraient cette situation, elle a imaginé des années plus tard un huis clos où cette rencontre impossible dans la réalité pourrait enfin avoir lieu. "J’ai poussé les curseurs : l’idée qu’elles ne sortent pas, qu’il n’y ait qu’une seule personne au service de Souria… Cette torsion du réel a rendu possible leur rapprochement", explique-t-elle. La cinéaste en a d'abord tiré un court-métrage lorsqu'elle était étudiante à la Fémis, avant de passer au format long pour "développer tout ce qui n’avait pas pu trouver sa place dans le court."
Si le point de départ est autobiographique, la cinéaste a rapidement souhaité dépasser le simple récit personnel. Avec la scénariste Pauline Guéna, elle a mené un important travail d’enquête auprès de femmes saoudiennes, de personnels d’hôtels de luxe et de conciergeries haut de gamme. Le duo s'est également appuyé sur la lecture de Fugitives d’Hélène Coutard, une enquête sur celles qui fuient l’Arabie saoudite, et l'essai Servir les riches de la sociologue Alizée Delpierre.
Le choix de Malou Khebizi pour incarner Laura ne repose pas uniquement sur ses qualités de jeu. Ancienne gymnaste, l’actrice possède une présence physique qui a immédiatement séduit la réalisatrice. Afin d’accentuer cet aspect, elle a suivi un entraînement sportif spécifique et même participé à un stage commando avant le tournage. Hélène Rosselet-Ruiz voyait dans cette préparation une manière de traduire à l’écran la force intérieure de son héroïne, confrontée à un système contre lequel sa puissance physique ne peut pourtant rien.
Trouver la demeure de Souria s’est révélé être l’un des plus grands défis de la production. Refusant l’idée de tourner en studio, la réalisatrice voulait un lieu réel capable de transmettre à la fois le luxe et le malaise qui traversent le film. Après vingt-deux semaines de repérages et la perte d’un premier décor, l’équipe a finalement découvert un hôtel particulier abandonné depuis huit ans dans la Villa Montmorency, célèbre enclave parisienne réservée aux très grandes fortunes. Derrière son apparente opulence, la bâtisse offrait exactement ce que recherchait la cinéaste : "Le bâtiment semblait luxueux mais sous le vernis, tout était inadapté à la vie. Ça m’intéressait, cela faisait sens."
Le Triangle d’or fait cohabiter plusieurs langues au sein d’un même huis clos : le français, l’anglais et différents dialectes arabes. Cette diversité linguistique n’a rien d’anecdotique. Pour Hélène Rosselet-Ruiz, la langue devient un révélateur de hiérarchies sociales, d’intimité et de domination : "La langue comme endroit du basculement, de la surprise, du dérèglement : langue du travail, de la domination, de l’intimité. Rien n’est figé, tout change selon l’interlocuteur. Leur connaissance de ces langues est aussi la marque de leur histoire et de leur passé et, donc, de leur mystère". À noter que l’acteur palestinien Ziad Bakri ne parlait pas français et a appris l’intégralité de son rôle grâce à un travail phonétique mené avec une coach spécialisée.