"Que reste-t-il d’un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l’ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d’oublier et l’urgence de comprendre. Mon grand frère et moi est une enquête intime sur l’absent, menée par ceux qu’il a laissé derrière lui."
"Ayant fini par couper les ponts avec son frère aîné suite au décès de leurs parents, Riko est stupéfaite d’apprendre sa disparition définitive. Contrainte de prendre en charge ses funérailles et de remettre de l’ordre dans une vie qui lui est pratiquement inconnue, à des kilomètres de son foyer où semble régner une belle harmonie entre sa carrière de romancière et son rôle de mère, elle embarque dans une aventure qui n’attendait plus qu’elle pour honorer la mémoire d’un être qu’elle a longtemps rejeté."
"Toute la trame reste assez classique, avec les rites funéraires jusqu’au nettoyage complet du logement du frère, en passant par la récolte des cendres et des os. Pourtant, tout semble d’abord amplifier le portrait d’un homme raté et manipulateur, qui se complaît dans le mensonge pour soutirer quelques billets à ses proches. Nakano joue évidemment sur chacun de ces leviers à la disposition de Riko et du spectateur pour prendre à contrepied les rancunes à son égard. [...] Son portrait demeure abstrait aux yeux de Riko qui le mésestimait, et le but de toute cette aventure est de lui rendre hommage avec clairvoyance. À travers les pauses où elle rédige un journal de bord, Riko transforme cette enquête intime en histoire, cherchant ainsi à immortaliser la mémoire de son grand frère à sa manière. Ce film nous rappelle que les petits mensonges font parfois la force des grandes familles."
"Le rythme et la structure du récit contrecarrent parfois cette légèreté, en choisissant notamment d’exploiter le personnage de Kyoichi dans un dernier acte qui se fait attendre. Dans un élan de délivrance et de tendresse qui économise les mots au service de la subtilité et du regard des comédiens, on atteint véritablement le cœur de cette intrigue qui assume pleinement son parti pris à la fois comique et spirituel. Mais avant cela, il s’agit de restituer cet espace de sérénité et de bonheur partagé avec l’image d’un frère, d’un époux et d’un père attentionné."
"En somme, Mon grand frère et moi est une œuvre imparfaite mais sincère, qui célèbre la mémoire d’un être aimé avec une douceur malicieuse. Ryōta Nakano nous invite à suivre ce petit groupe qui tente de repartir avec les meilleurs souvenirs possibles de ce « grand frère », sans qui cette courte escapade n’aurait pas eu lieu. Entre contemplation printanière et humour tendre, voire onirique, le film rappelle que le deuil n’est pas seulement une affaire de larmes, mais aussi de réconciliation. Un voyage émotionnel qui, malgré quelques hésitations narratives, touche juste là où il compte : dans la reconnaissance de notre humanité imparfaite."
Retrouvez ma critique complète sur Le Mag du Ciné.