En tant que RH, j’ai du mal à adhérer au modèle des Territoires zéro chômeur de longue durée.
Sur le papier, l’idée est séduisante. Transformer le coût du chômage en emploi, proposer des CDI à des personnes éloignées du marché du travail… difficile d’être contre. Mais quand on regarde concrètement, le modèle interroge.
D’abord, les chiffres. On parle d’environ 26 000 euros par emploi et par an. Même après compensation, le coût réel reste autour de 11 000 à 13 700 euros. Ce n’est pas neutre. Et surtout, ce sont des emplois qui, pour la plupart, ne tiennent que grâce à des financements publics. En RH, un poste qui n’existe que parce qu’il est subventionné, ce n’est pas un modèle pérenne.
Ensuite, la réalité du terrain. Oui, il y a des CDI. Mais à quel prix ? Des salaires au SMIC, peu d’évolution, peu de passerelles vers le secteur classique. On stabilise, mais on ne développe pas vraiment l’employabilité. On sécurise des situations, sans construire de trajectoires.
Autre sujet, plus structurel : le cadre. Pas de convention collective spécifique, des pratiques qui varient, peu de lisibilité sur les parcours. Difficile, dans ces conditions, de bâtir une vraie politique RH.
Et il y a un point dont on parle peu : l’encadrement. Les managers, les accompagnants, la structure elle-même… tout repose aussi sur des financements publics. On ne subventionne pas uniquement des emplois, mais tout un écosystème. La question se pose alors clairement : jusqu’où va-t-on dans ce modèle ?
Enfin, l’insertion. Les retours vers le marché du travail classique restent faibles. On est face à un système qui fonctionne en circuit fermé. On absorbe une partie du chômage, mais sans réellement le résorber.
Au final, la question est simple.
Est-ce qu’on crée de l’emploi durable et autonome ?
Ou est-ce qu’on maintient un système sous perfusion publique, avec peu de perspectives ?
En tant que RH, je pense qu’on est encore trop dans la seconde logique.
Le débat mérite d’être posé.