Très bon documentaire sur la joueuse prodige Judit Polgar, qui a obtenu le top mondial féminin à seulement 12 ans, et le titre de GMI à 15 ans et 4 mois, dépassant le record de Fischer. Malgré son talent évident, elle a subi le sexisme omniprésent dans les échecs de l'époque (mais c'est loin d'être terminé). Difficile de ne pas se mettre en colère devant tant de sexisme, de mauvaise foi et d'injustice. Judit Polgar, et les femmes aux échecs en général, ont bien du courage d'affronter ces préjugés ridicules.
J'avais déjà vu des extraits de Garry Kasparov parler des femmes aux échecs, mais il y en a beaucoup dans de documentaire, pas seulement de Kasparov mais aussi Fischer, Korchnoï...ils étaient nombreux à mépriser les femmes, et plus grave encore, à s'exprimer publiquement sur le sujet, à profiter de leur portée médiatique pour dire qu'elles ne sont "pas assez intelligentes pour les échecs" (Fischer). Ce qui est complètement fou, c'est que ce mépris a continué malgré les résultats de Polgar, malgré son titre de GMI !
Au-delà du sexisme, on y découvre la mauvaise foi évidente des champions lorsqu'ils perdent contre une femme.
Kasparov encore une fois et la fameuse controverse de son coup illégal, où il explique qu'il n'a "pas senti qu'il lâchait la pièce", ou encore qu'il l'a lâchée puis reprise rapidement, (du coup ça compte pas ? nous prend-il pour des billes ?).
Korchnoï qui raconte qu'il a perdu contre Judit parce qu'il était fatigué, et qu'il perd uniquement quand la partie ne l'intéressait pas, or ce jour-là, la partie ne l'intéressait pas ! Hallucinant d'hypocrisie.
Plus que le talent fou des soeurs Polgar, c'est cette ambiance terrible que j'ai retenu, et qui m'a fait penser aux années 50, mais c'était les années 90 ! Bref, un documentaire édifiant sur les échecs, mais aussi sur la mentalité de l'époque, qui, je l'espère, a un peu changé.
Le documentaire revient aussi sur l'enfance des soeurs Polgar "fruits d'une expérience", dans le sens où leur père a décidé de leur donner un entraînement intensif d'échecs. Malgré cette enfance un peu austère, cela a permis de leur donner un rôle puissant et d'écrire l'histoire des échecs, à l'égal des hommes, mais je vous laisse découvrir ce qu'en pense Judit.
C'est malgré tout un peu court, c'aurait été bien d'ouvrir sur l'avenir des échecs, sur les initiatives qui pourraient équilibrer la parité et encourager les femmes à découvrir le plaisir de ce jeu, mais aussi sur les échecs 960 (ou freestyle) qui ont de plus en plus de popularité face aux échecs classiques, parce qu'ils demandent beaucoup de moins d'apprendre de la théorie par coeur, et que les parties sont plus spectaculaires, avec beaucoup moins de matchs nuls, ce qui renforce l'attrait du jeu pour les spectateurs.