C'est en quittant New York pour s'installer temporairement à Malte qu'Alex Camilleri a imaginé le long-métrage. En cherchant un endroit où poser ses valises, le cinéaste s'est pris de passion pour le għana, une tradition de chant maltais pratiquée à l'abri des regards. Il explique : « J'ai passé de longues nuits auprès de ses interprètes, les għannejja, à écouter leurs chants [...]. J'ai alors compris que cette pratique musicale singulière pouvait devenir le prisme à travers lequel explorer mes propres questionnements sur l'identité ».
Pour incarner le vieux chanteur du film, l'équipe recherchait une figure légendaire du għana, retirée de la scène depuis quinze ans et que l'on croyait parfois disparue. En arrivant dans son quartier, Alex Camilleri a croisé par hasard un vieil homme charismatique au style impeccable assis sur un banc. Il s'agissait de Nenu Borg lui-même. Impressionné par son parcours et sa personnalité, le cinéaste lui a proposé de faire ses débuts au cinéma à plus de 80 ans.
Bien avant le premier coup de manivelle, le réalisateur a orchestré des répétitions pendant un an et demi avec Michela Farrugia et Nenu Borg. Ce temps précieux a permis au comédien non-professionnel de se familiariser avec le jeu d'acteur, mais aussi à Farrugia d'apprendre pour la première fois à chanter le għana. L'actrice, qui possède naturellement un très bon niveau en chant, a d'ailleurs dû accepter de chanter moins bien au début du film pour refléter l'évolution de son personnage !
Pour façonner l'esthétique du film avec le directeur de la photographie Quentin Devillers, Alex Camilleri s'est inspiré du cinéma d'Abbas Kiarostami, et en particulier de son œuvre Le vent nous emportera. L'équipe s'est également appuyée sur les aquarelles maltaises du peintre britannique Rigby Graham. L'objectif était d'éviter l'imagerie de carte postale pour montrer un territoire brut, où la lumière méditerranéenne côtoie l'urbanisation et l'abandon.
Afin d'illustrer la mémoire et l'histoire familiale qui traversent le récit, le film intègre d'authentiques images d'archives en 8 mm. L'équipe les a dénichées auprès d'une famille maltaise installée en Australie. Ces bobines rares montraient le départ de l'île dans les années passées : des valises alignées sur les quais et des familles se disant adieu. Ces fragments d'histoire n'existaient jusqu'alors dans aucune archive officielle de Malte.