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Parler du dernier long métrage de Hong Sang-soo est un non-sens, puisqu'il y en a toujours un autre qui patiente, prêt à être présenté en festival, Locarno, en l'occurrence. The Day she returns, dans un noir et blanc impeccable, touche à l'épure. Une actrice, de retour à l'écran après une éclipse de douze ans, se prête au jeu de l'interview successivement avec trois jeunes journalistes. Ce sont plutôt des conversations à bâtons rompus, où il est moins question de cinéma que de philosophie de vie et sur la nécessité de s'aimer soi-même, avant toute chose. L'actrice se confie sur des questions très personnelles et l'intervieweuse devient parfois l'interviewée. Une suite d'échanges et de considérations autour d'un divorce, des chiens et de la qualité des bières allemandes. La mise en abyme finale pose la question de la représentation et de la sincérité. Rien n'est jamais banal chez Hong, tout est flottant, au fond, dans des variations souvent infimes de phrases et de situations aux confins de la répétition. Chacun de ses films est comme une nouvelle brique dans une œuvre en constante construction. Comme toujours avec lui, la fascination ou l'ennui prennent le dessus, c'est selon les goûts. Mais la persistance des thèmes et la fidélité aux échanges en milieu tempéré font de Hong un maçon dont la maison est toujours délicatement habitée.
Ce qui est fabuleux avec Hong Sangsoo, c'est qu'à chaque film il arrive à pousser son cinéma plus loin dans l'épure. Comme depuis des années, ici il n'y a pas d'intrigue, pas de péripéties, il ne se passe pas grand chose, rien n'est accompli à la fin du film... Et pourtant, quel film !
Le film est composé pendant toute sa première heure (sur une heure vingt) d'un même plan, deux femmes dans un restaurant allemand sirotant du thé, puis de la bière. Il s'agit de trois entretiens d'une actrice sur le retour, avec trois femmes différentes qui durent tous les trois vingt minutes et à chaque fois le réalisateur du dernier film de l'actrice vient interrompre l'interview et on passe à la suite.
Simple.
Et pourtant le film arrive à parler de ce que c'est qu'être une actrice, de partir longtemps loin des écrans pour être avec sa famille, mais à travers des séquences très naturelles, des échanges qui semblent naturels. D'ailleurs le film ne dit pas qu'il s'agit d'interview, on le comprend après quelques répliques, rien dans le dispositif ne le laissait penser. On aurait pu croire à deux amies qui se retrouvent après quelques temps.
La force du film réside dans sa banalité. Les échanges sont polis, courtois, il n'y a pas un mot plus haut que l'autre même lorsqu'on évoque des sujets sensibles. Il y a un côté très apaisé.
Le spectateur assiste donc à deux personnes qui parlent de tout et de rien, avant parfois d'être plus intime et de revenir à des choses plus banales, toujours avec beaucoup de pudeur et de réserve. Il y a un côté touchant à ça. On voit cette actrice parler de son alcoolisme, dire qu'elle ne boit pas, suggérer plusieurs fois de prendre une bière allemande... (quel mauvais goût...) Dire qu'elle est au régime, demander s'ils ne devraient pas manger des bonnes saucisses allemandes... Avec rien, Hong Sangsoo arrive à faire sentir la fragilité du personnage.
La structure en cinq parties rappelle les meilleurs films à variation de son réalisateur. On suit la première séquence, puis ça semble repartir au début, on se dit, ah tiens la même interview recommence. Sauf que non, cette fois HSS varie mais dans un contexte "plausible". C'est juste l'intervieweuse qui change. La variation vient d'un changement de personnage, pourtant tout reste pareil, le thé, le décor, le contre-jour qui crame la moitié de l'image...
J'aime cette manière qu'a HSS de réinventer son cinéma de la variation et de la faire jusqu'à pousser l'idée encore plus loin dans la dernière partie en faisant rejouer l'interview que l'on vient de voir mais de manière beaucoup moins fluide. Est-ce-que ça veut dire quelque chose ? Le spectateur est libre de l’interpréter, de voir ce qu'il veut y voir, le film ne prend jamais par la main et pour ça le film méritera sans doute d'être revu. Mais le film peut s'apprécier juste pour le flot d'images qu'il propose et son côté paradoxalement apaisant malgré la relative violence de la vie de cette femme en toile de fond, racontée sans aucune hausse de ton.
La fournée annuelle du HSS est donc encore une fois de grande qualité.
Le film est composé pendant toute sa première heure (sur une heure vingt) d'un même plan, deux femmes dans un restaurant allemand sirotant du thé, puis de la bière. Il s'agit de trois entretiens d'une actrice sur le retour, avec trois femmes différentes qui durent tous les trois vingt minutes et à chaque fois le réalisateur du dernier film de l'actrice vient interrompre l'interview et on passe à la suite.
Simple.
Et pourtant le film arrive à parler de ce que c'est qu'être une actrice, de partir longtemps loin des écrans pour être avec sa famille, mais à travers des séquences très naturelles, des échanges qui semblent naturels. D'ailleurs le film ne dit pas qu'il s'agit d'interview, on le comprend après quelques répliques, rien dans le dispositif ne le laissait penser. On aurait pu croire à deux amies qui se retrouvent après quelques temps.
La force du film réside dans sa banalité. Les échanges sont polis, courtois, il n'y a pas un mot plus haut que l'autre même lorsqu'on évoque des sujets sensibles. Il y a un côté très apaisé.
Le spectateur assiste donc à deux personnes qui parlent de tout et de rien, avant parfois d'être plus intime et de revenir à des choses plus banales, toujours avec beaucoup de pudeur et de réserve. Il y a un côté touchant à ça. On voit cette actrice parler de son alcoolisme, dire qu'elle ne boit pas, suggérer plusieurs fois de prendre une bière allemande... (quel mauvais goût...) Dire qu'elle est au régime, demander s'ils ne devraient pas manger des bonnes saucisses allemandes... Avec rien, Hong Sangsoo arrive à faire sentir la fragilité du personnage.
La structure en cinq parties rappelle les meilleurs films à variation de son réalisateur. On suit la première séquence, puis ça semble repartir au début, on se dit, ah tiens la même interview recommence. Sauf que non, cette fois HSS varie mais dans un contexte "plausible". C'est juste l'intervieweuse qui change. La variation vient d'un changement de personnage, pourtant tout reste pareil, le thé, le décor, le contre-jour qui crame la moitié de l'image...
J'aime cette manière qu'a HSS de réinventer son cinéma de la variation et de la faire jusqu'à pousser l'idée encore plus loin dans la dernière partie en faisant rejouer l'interview que l'on vient de voir mais de manière beaucoup moins fluide. Est-ce-que ça veut dire quelque chose ? Le spectateur est libre de l’interpréter, de voir ce qu'il veut y voir, le film ne prend jamais par la main et pour ça le film méritera sans doute d'être revu. Mais le film peut s'apprécier juste pour le flot d'images qu'il propose et son côté paradoxalement apaisant malgré la relative violence de la vie de cette femme en toile de fond, racontée sans aucune hausse de ton.
La fournée annuelle du HSS est donc encore une fois de grande qualité.
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