Avant de signer son premier long métrage, Alexandre Steiger a longuement exploré les thèmes de la quête d’absolu et des sentiments à travers ses courts. L’Écologie des sentiments prolonge ainsi les réflexions amorcées dans Pourquoi j’ai écrit la Bible et De longs discours dans vos cheveux. Le réalisateur souhaitait raconter une histoire où la tendresse devient un refuge face aux crises contemporaines. Plus qu’un film militant, il a imaginé une comédie romantique ancrée dans son époque, où l’écologie constitue un arrière-plan naturel plutôt qu’un sujet de démonstration.
Le décor principal du film n’a pas été construit pour les besoins du tournage. Lors des repérages, l’équipe est tombée sur un hôtel à l’esthétique singulière, entièrement dominé par des tons rouges et resté figé dans une autre époque. Alexandre Steiger a immédiatement compris qu’il tenait là le cœur visuel de son récit. Ce lieu atypique lui offrait un terrain de jeu idéal pour la comédie, avec ses couloirs, ses chambres mystérieuses et ses allées et venues incessantes. Au point que l’hôtel a fini par être considéré comme un véritable personnage du film.
Pour porter son histoire, Alexandre Steiger tenait à s’entourer de jeunes comédiens capables d’incarner une génération en quête de repères. Il pensait déjà à Andranic Manet lorsqu’il écrivait le personnage de Félix, convaincu qu’il possédait la sensibilité et l’étrangeté nécessaires au rôle. Pour Lola, le réalisateur souhaitait révéler un nouveau visage : après un long processus de casting, Salomé Rose Stein s’est imposée grâce à son mélange de modernité et de romantisme. Quant à Abraham Wapler, sa rencontre a été si déterminante que son personnage a été largement réécrit pour tirer parti de sa personnalité et de son jeu.
En plus d’écrire et de mettre en scène le film, Alexandre Steiger y interprète Serge, le père de Félix. Une décision qui ne s’est pourtant imposée qu’au moment des essais. En donnant la réplique aux candidats pendant le casting, il a constaté une véritable alchimie avec Andranic Manet et a compris qu’il était le mieux placé pour incarner ce personnage. Habitué à jongler entre jeu et mise en scène au théâtre, notamment au sein des Chiens de Navarre, il a vu dans cette double casquette une manière d’insuffler davantage d’énergie et de spontanéité au tournage.
Pour définir l’identité visuelle du film, Alexandre Steiger résumait son ambition par une formule : « un Labiche dans un Rohmer ou un Rohmer dans un Labiche ». Refusant les codes classiques de la comédie romantique, il a privilégié des cadres parfois éloignés, des plans fixes et des partis pris visuels inattendus. Avec son directeur de la photographie Grégoire de Calignon, il a laissé une large place à l’invention sur le plateau, convaincu que l’écriture d’un film se poursuit pendant le tournage. Cette liberté a permis de conserver une part de surprise et de fraîcheur dans chaque scène