Du pour et du contre
Depuis 2011 et Présumé coupable, Vincent Garenq se construit une solide filmographie consacrée à des cas judiciaires d’école basés dur des faits réels qui, souvent, ont fait les unes de l’actualité. Ces 100 minutes ne dérogent pas à la règle. Mais cette fois, un malaise diffus plane sur ce film. Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique. J’avais quelques hésitations avant d’aller voir ce film dont je dois dire qu’il de bonne facture malgré quelques faiblesses et maladresses ? Mais ça se laisse voir car, comme souvent dans de tels cas, c’est une œuvre d’utilité publique.
Des hésitations ? Oui ! Mais pas par rapport au sujet, ou à la question « faut-il en parler ? » - évidemment oui -, ou encore « peut-on en faire une œuvre de fiction ? » - sans doute aussi -, mais, plutôt par rapport à qui a fait ce film. Le producteur Stéphane Simon, auteur d’un livre sur les derniers jours de Samuel Paty - qui inspire donc le scénario -, responsable, entre autres, du lancement de la web TV et de la revue d’Onfray, sans oublier sa participation à la campagne présidentielle de madame Le Pen en 2022. Dans la même mouvance qui a préparé ce film, on trouve une des sœurs de Paty lui même, Mickaëlle, proche idéologiquement du Printemps Républicain et son avocat Thibault de Montbrial, habitué des procès de djihadisme mais également candidat LR aux élections législatives de 2022, et partisan d’une droite « de Darmanin à Zemmour » (sic) Alors, je dois dire que je n’ai pas vu grand-chose de militant dans le film. Il est très factuel - ce qui ne veut pas dire neutre -, et, à ma connaissance, il ne raconte rien de faux sur les faits qui ont conduit à l’assassinat de Samuel. Même s’il fait quand même des choix, en appuyant sur certains points, et en passant plus rapidement sur d’autres, sur le fond, je trouve qu’on peut critiquer certains aspects ou angles, mais qu’il n’y a rien de scandaleux. Mais pourquoi avoir renoncé au pur documentaire pour céder à la fiction, le tout baigné d’une musique façon thriller pour créer un suspense qui, évidemment n’a pas lieu d’être ? A première vue, ce film peut apparaître exhaustif, précis et surtout clinique dans son approche. Rien n’est éludé. Tous les acteurs sont évoqués : élèves, parents, collègues, hiérarchie, police, médias locaux, réseaux sociaux. Tous les sujets à débats semblent bien posés sur la table avec une seule et unique intention qui semble se dégager : chercher à restituer tel quel. Ne pas juger, juste livrer les faits, comme un acte de synthèse. Mais voilà, ça sonne souvent faux, - en particulier les scènes scolaires -, et – puisqu’il s’agit d’une fiction revendiquée -, ça manque cruellement d’émotion. Et surtout pour moi, le film aurait dû s’arrêter au meurtre, donc au factuel. Ensuite, le scénario semble vouloir déminer ou minimiser un à un, tous les acteurs qui ont conduit à cette exécution. Après, sur la forme, on n’est clairement pas dans du grand cinéma…
… Mais aussi à cause de la pauvreté de l’interprétation à l’exception de François Reinartz et Emmanuelle Bercot et des dialogues qui n’aident pas à se passionner vraiment pour cette espèce de docu-fiction, qui aurait été digne de passer en 1ère partie des Dossiers de l’écran. Sans parler du traitement de l’assassin en particulier est assez grotesque, en tout cas tant qu’il est chez lui à regarder les vidéos. Evidemment, la sortie du film a été accompagnée de la polémique « qui-va-bien ». Comme souvent, tout est parti des réseaux sociaux : la vidéo de jeunes streameurs qui, morts de rire, critiquaient vertement le film, tout en appelant à voter LFI et a donc fait le bonheur des médias Bolloré. L’instrumentalisation du film par l’extrême droite est bien réelle, et ce n’est pas nouveau. Pour autant, est-ce que cela doit condamner le film lui-même, jusqu’à lui faire dire ce qu’il ne dit pas ? Sûrement pas. Il analyse bien la mosaïque des responsabilités. Samuel Paty a été assassiné pour des raisons religieuses, ce qui n’empêche pas que les responsabilités soient multiples. Ce n’est pas un simple fait divers, c’est un attentat terroriste djihadiste. Ce drame déjà « historique » nous rappelle que ce ne sont pas les gens qui sont mauvais, mais les idéologies qui les manipulent qui plus est avec les réseaux sociaux, la rumeur, le climat ambiant qui pousse les gens à se détester les uns les autres.