Voilà un film que beaucoup de monde attendait depuis l'annonce de sa sortie par UGC aussi surprenante qu’inattendue. Il y avait même quelque-chose de presque malsain puisqu'UGC a sorti l'annonce et même un premier trailer il me semble au moment des derniers procès, comme s'il fallait battre le fer tant qu'il était encore chaud. Et aborder un sujet aussi délicat et douloureux de cette manière avait déjà de quoi faire peur.
D'autant plus lorsque l'on apprend que le film est adapté d'un bouquin écrit par Stéphane Simon, qui a bossé pour les partis de Valérie Pécresse et Marine Lepen, qui a d'ailleurs également participé à l'écriture du scénario. Eh oui, loin de moi l'idée de diaboliser un parti politique ou mettre directement un film dans une case avant même sa sortie mais avec un tel sujet, on ne pouvait craindre que la récupération politique. Et pour le coup, "surfer" sur la mort de Samuel Patty et du procès qui a suivi dans ce cadre-là, ça laisse entre-voir, encore une fois, quelque-chose de très malsain. D'un autre côté, il est nécessaire que cette histoire soit mise en avant mais pas par n'importe quel moyen. Et c'est là que nous allons rentrer dans le vif du sujet ; oui, j'ai trouvé le film réussi. Enfin partiellement.
D'un point de vue narratif, le film est très intéressant puisque l'on connait finalement assez peu cette histoire sinon sa très malheureuse issue. Ici, le film s'intéresse donc à la montée de cette vague de haine d'un mouvement djihadiste envers un prof à qui l'on reproche finalement beaucoup de mensonges. Mensonges colportés par une gamine qui a préférée mentir à ses parents plutôt que de leur avouer son insolence envers son prof. Et dont le père ne se pose pas plus de questions, aveuglé par son "combat" et profitant de ce mensonge pour colporter ses idées radicales sur les réseaux sociaux ; comme s'il savait au fond de lui-même que ce n'était qu'un prétexte.
Et je trouve le film finalement assez prudent car il ne fait pas de généralité sur les musulmans ou les immigrés, ce que je redoutais un peu, je l'avoue. Il reste même finalement assez neutre puisque, pour grossir le trait, il y a autan de méchants blancs que de gentils arabes. Alors oui, c'en est quelques-fois grossier, d'autant plus que les personnage secondaires jouent assez mal, mais je dirai que c'est un mal nécessaire pour traiter d'un sujet aussi délicat. Ce qui n'empêche pas d'ailleurs ce côté fort et "coup de point" qui retourne un peu en fin de séance.
Puisque, ce que le film cherche surtout à montrer, c'est un abandon de la part des institutions, de la police etc., se concluant sur un constat presque kafkaïen avec toutes ces procédures idiotes qui, sans cela, aurait pu sauver une vie, d'où le titre du film d'ailleurs.
Concernant l'objet filmique en lui-même, l'ensemble est en revanche assez pauvre. Eh oui puisque la caméra de Vincent Garenq se rapproche davantage du documentaire. Il n'y a pas réellement de cinéma finalement, comme si un sujet grave ne pouvait amener qu'à une mise en scène plan-plan ne se permettant aucune fantaisie et dont les plans ne racontent au final pas grand-chose. Car tout passe surtout par les dialogues et bon, si la volonté était simplement de faire un documentaire sur les derniers jours de Patty, il n'était pas nécessaire d'en faire une fiction, de le sortir en salles et encore moins à Cannes en grandes pompes. Y'a d'ailleurs un côté un peu malsain aussi là-dedans je trouve ; cette montée des marches où toute l'équipe est forcément heureuse et souriante, tout ça sur le dos d'un film, encore une fois, au sujet délicat. Je trouve en tout cas que c'est bien trop tôt, seulement six ans après les faits et surtout quelques semaines après la fin des procès !
Bref, "L'Abandon" est donc nécessaire mais ne marquera en revanche certainement pas le septième art.