Je suis allé voir le film un peu à reculons, appréhendant une séance difficile, mais j'avais le sentiment de le devoir aussi, comme pour rendre hommage à ce monsieur.
C'est du vrai cinéma, pas un simple docufiction, qui démarre un peu lentement mais qui rapidement commence à vous prendre, à vous tenir en haleine, à vous faire entrer en fusion empathique avec Samuel Paty et vivre ses angoisses des derniers jours avec lui. Le film a le mérite de faire vivre la tension et l'horreur sans voyeurisme, grâce à un parfait jeu de suggestion.
Le film est aussi révoltant; voir cet homme qui n'a fait que son métier, qui n'a que suivi les directives de son ministère,
se faire autant lâcher par la haute hiérarchie, certains collègues aussi hypocrites que lâches, constater tous les manquements des services d'Etat incapables de saisir l'urgence et la dangerosité de la situation, des renseignements qui renseignent mal, des bureaucraties qui bureaucratisen
t... On a envie de traverser l'écran quand on regarde cette machine infernale se mettant en route
sur un mensonge d'une enfant méchante et fausse,
et la dynamique des islamistes portés par des réseaux sociaux; les injures fusent dans la tête, les poings se serrent, la colère monte, et on reste frustré par l'impuissance.
Il est important de noter aussi, contrairement à ce qu'on pu colporter certaines personnes inqualifiables, que le film ne vise absolument pas la communauté musulmane; on voit bien une machination qui sert d’exutoire à des marginaux, des frustrés, qui se disent musulmans en ressassant leur haine, alors que les musulmans dans une grande part, sont montrés dénoncer et rejeter la cabale en cours, être en quête du vrai.
Pour conclure, ce n'est par un chef d’œuvre mais un bon film qui remplit sa mission, à savoir rendre hommage à un professeur lambda qui n'a fait que son travail, avec la meilleure des bienveillances, et qui se retrouve abandonné dans une machination délirante qui finit par dépasser tout le monde.