Je me suis décidée à aller voir L'abandon après beaucoup d'hésitations. Oui, j'aime le cinéma gore.... tant que c'est de la fiction. Quand il s'agit d'histoires vraies, c'est autre chose...
J'avais tort d'avoir peur car le film, factuel, très intelligent, ne donne jamais dans le pathos. Tel quel: oui, il faudrait le montrer dans toutes les salles de classe! car ce qui nous éclate au visage, c'est le poids des media, des rumeurs propagées, des partages qui se multiplient... Beaumarchais nous l'avait bien dit il y a plus de deux siècles, bien avant le Net, aidé par Rossini
Et l'on voit le pauvre diable, Menacé comme un coupable, Sous cet arme redoutable, Tomber, tomber terrassé
Je dois dire que je ne suis pas Charlie. Et que je ne suis pas du tout en accord non plus avec Samuel Paty, et le ministère, car on apprend qu'expliquer aux 4eme... le droit à la liberté absolue d'opinion fait partie du programme, et que les dessins incriminés font partie des images du réseau Canopé proposé aux enseignants.
Je continuerai à penser et à dire que la liberté d'opinion n'est pas de blesser et d'humilier son adversaire. Que la bêtise et la vulgarité n'ont jamais rien apporté au débat philosophique, et que Charlie Hebdo dans ses outrances n'a fait, en blessant les musulmans pieux, que contribué à en radicaliser certains de plus...
J'ai lu aussi, sous certaines plumes trop embêtées de ne pas oser dire du mal du fond du film, qu'il était très mal joué, que c'était pas du cinéma, trop plat, etc etc... Rassurez vous: certes le film garde un côté documentaire, il n'y a pas d'effets de prises de vue, qui seraient plutôt déplaces...
Et les acteurs principaux sont excellents, à commencer par Antoine Reinartz qui traduit très bien une personnalité complexe, assez entêtée, et qui malgré sa trouille, n'arrivera jamais à se dire qu'il a peut être eu tort. Puisque le sujet de la liberté d'expression fait partie du programme de 4eme, et que les images montrées font bien partie du catalogue d'images proposées aux enseignants pour illustrer le propos.
Alors là, nous, on tombe sur les fesses: que l'image de Mahomet, habet et bene pendentes, et une étoile jaune autour, figure dans ce catalogue Canopé des images retenues par l'éducation nationale, on se dit qu'elle est dirigée par de tristes crétins qui n'ont jamais rencontré un gamin de 15 ans de leur vie!
Excellente aussi la principale du collège d'Emmanuelle Bercot. Car non, Paty n'a pas été abandonné. Il a été soutenue par sa hiérarchie directe, par cette femme qui est déchirée entre sa solidarité, sa responsabilité envers les élèves et les autres professeurs qu'elle doit, là aussi, préserver. Solidaire aussi, autour d'elle, sa petite équipe, adjointe (Mounira Barbouch), secrétaire (Barbara Bolotner), gardienne (Marie-Sohna Condé). Et les autres profs? Quelques francs soutiens, des amis qui le véhiculent pour qu'il n'ait pas à rentrer à pied, des hostilités directes qu'on devine politiques, et un marais pas du tout prêt à être solidaire, tout simplement par peur, et cela se comprend, à partir du moment où c'est le collège tout entier qui devient suspect...
Non, ceux qui l'ont abandonné, ce sont bien les fonctionnaires de l'éducation nationale (quand la principale signale les menaces, c'est à six ou sept structures différentes qu'elle doit s'adresser, dont évidemment un "référent laïcité"), et ceux de la police.
Apparemment, ils ne sont pas plus motivés pour suivre un pseudo-imam fiché S que pour suivre les violeurs d'enfants. Alors, ils servent à quoi? A aller rechercher de force un marcassin qu'un couple a eu la faiblesse de recueillir alors qu'il savait qu'il est formellement défendu de détenir un animal sauvage? Ben oui: récupérer un marcassin pour le placer entre quatre clôtures est plus important que de mettre un fiché S ou un violeur d'enfant entre quatre murs...
Quant à la communauté des parents, elle a bien compris que la petite menteuse, décrocheuse professionnelle (Emma Boumali, très bien aussi), n'avait pas assisté à la scène, et donc tout inventé. Pourquoi ne l'a t-on pas écoutée? Et si tous les enfants, religions confondues, aimaient ce prof sympa, c'est évidemment qu'il n'était pas raciste.
Bref, le film nous montre bien ce bal des incompétences.... et des lâchetés qui ont conduit au drame. Pas sûr qu'on en ait tiré toutes les leçons...
Pourquoi n'ont ils pas réagi avec les mêmes armes que leurs adversaires, par les réseaux sociaux, en sollicitant les télévisions? Les gentils ont toujours une station de retard par rapport aux méchants..
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Ne passez pas à côté de ce film qui donne tant à réfléchir..;