L’Abandon
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "L’Abandon" et de son tournage !

Cannes 2026

Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026.

L'histoire tragique de Samuel Paty

Professeur d'histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty a été décapité le 16 octobre 2020 par un jihadiste tchétchène pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves.

Un attentat qui a suscité une vive émotion, comme s'en souvient le réalisateur : "j’ai vécu le choc et l’effet de sidération à l’annonce de son assassinat. Beaucoup de tristesse et de désarroi aussi. En échangeant avec Outside Films, les producteurs (rejoints par Les Films du Kiosque), je me suis rendu compte que derrière l’effroi collectif, il y avait une histoire et que cette histoire, une véritable tragédie jusque dans ses ressorts, devait être racontée."

Un titre lourd de sens

Le film s'intitule "L'Abandon" car l'histoire de Samuel Paty est, selon le réalisateur, une succession "d'abandons, de dysfonctionnements, de lâchetés ou de naïvetés." Le titre fait également référence à la solitude de Samuel Paty, pris dans une mécanique institutionnelle et sociale qui l’a laissé sans protection, malgré la connaissance rapide du mensonge à l’origine de l’affaire : "Dans ce film, on sent une machine qui s’emballe alors que pourtant, très vite, on sait que la jeune fille a menti. C’est un aspect très étonnant."

Le refus d'un film à charge

Le réalisateur ne voulait pas faire des protagonistes qui entourent Samuel Paty des monstres : "Ils pourraient être nos voisins, nos enfants. Ce ne sont pas les gens qui sont mauvais, mais les idéologies qui les manipulent. Les réseaux sociaux, la rumeur, le climat ambiant qui pousse les gens à se détester les uns les autres". De même, il n'a pas cherché à faire de l'Education nationale un bouc-émissaire : "[le film] se contente de raconter les faits. C’est facile, a posteriori, de dire ce qu’il aurait fallu faire ou dire. Les erreurs et manquements sont partout… Et à leur décharge, personne n’aurait osé imaginer qu’une telle horreur puisse arriver."

Au plus près de la vérité

"Je me suis autorisé très peu de fiction comme par exemple les scènes avec son fils qu’il adorait", souligne le réalisateur. Vincent Garenq a écrit une première version du scénario avant le premier procès autour de la mort de Samuel Paty, se nourrissant des nombreux documents et témoignages, ainsi que des mails écrits par l'enseignant. Le réalisateur a ensuite assisté au procès en décembre 2024. Il raconte : "Il y avait une montée dramatique tellement naturelle que je n’avais vraiment pas besoin d’utiliser d’artifices pour tenir le spectateur en haleine. Ma seule et unique ligne directrice était de me cantonner aux faits. Donc, je me documente. Je ne fais que ça…"

L'implication de Mickaëlle Paty

Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel, a été impliquée dans le processus d'écriture, comme le raconte le réalisateur : "Elle connait mieux que personne l’histoire de son frère, elle a assisté au procès, dont celui des enfants qui était à huis clos. Nous nous sommes retrouvés autour de ce souci de raconter les événements au plus proche de ce qui s’est réellement passé."

Mickaëlle Paty a rencontré Vincent Garenq alors qu'il tournait Tout pour Agnès, la mini-série consacrée à la disparition d’Agnès Leroux. C'est en l'observant sur le tournage, et en étant témoin de son degré d'exigence, qu'elle a su qu'elle pouvait lui faire confiance pour réaliser un film sur son frère.

Elle a été sollicitée à chaque version du scénario : "Ce film n’est pas là pour apporter une forme de réparation aux victimes, je dirai qu’il est là pour la société. Pour essayer de rendre hommage à Samuel et, à travers lui, tous les enseignants français."

Pourquoi le choix de la fiction ?

Le réalisateur, qui voulait s'en tenir aux faits, justifie le choix de faire de L'Abandon une fiction, et non un documentaire : "[Le film] fait ressentir et laisse place à l’émotion. Il permet d’incarner Samuel Paty, d’intégrer son point de vue, de s’identifier à lui, de ressentir ce qu’il a pu vivre. La force du cinéma et de la fiction c’est de rendre la réalité de Samuel Paty sensible et concrète, de la faire éprouver à hauteur de spectateur, dans ce qu’elle a de plus humain. Les spectateurs vont apprendre énormément de choses au-delà du fait divers qu’ils connaissent."

Une citation inventée

On peut entendre au début du film cette phrase prononcée par Antoine Reinartz en voix-off : "Je n’ai jamais rêvé d’être un héros… Mais que ma vie ait un sens… Qu’elle serve à quelque chose… Que mes cours éveillent une vocation… J’avoue que j’en ai rêvé." Samuel Paty n'a en réalité jamais prononcé ces mots, mais le réalisateur les a imaginés d'après tout ce qu'il a pu lire ou entendre au cours de l'écriture du scénario : " La seule grande audace que je me suis permise, c’est la scène inaugurale où je le fais parler… Mais à partir de ses mots à lui, de ce qu’on a dit de lui. C’est une scène que j’ai écrite très tardivement, quand je connaissais vraiment son histoire. Et j’ai tenu à m’assurer auprès de Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel, que cette scène lui convenait."

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