Tout ce qui brime
En 2009, Géraldine Nakache avait frappé fort avec son 1er film, sa comédie Tout ce qui brille. Après, en tant que réalisatrice, avec un très mauvais film, en 2011, - dont je tairai le nom, ne remuons pas les mauvais souvenirs – et une comédie dramatique familiale en 2018, J’irai où tu iras. Depuis, plus rien, Mademoiselle Nakache s’est concentrée sur son métier d’actrice. Elle revient donc avec ces 94 minutes de drame douloureux mais dans l’ensemble réussi. Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie… Un film fort sur le sujet de l’emprise dans un couple. Sur la même thématique, je lui ai préféré L’amour et les forêts en 2023, défendu, là aussi par un magnifique couple de comédiens. Reste que c’est du bon cinéma, qui sonne comme un avertissement plus qu’utile dans la société d’aujourd’hui.
Ce film s'intéresse aux violences conjugales, en mettant en lumière la violence sourde, cachée et le plus souvent tue au sein d’un couple, cette violence qui se manifeste dans la sphère intime, au quotidien et qui opère de manière insidieuse dans l’ombre des espaces domestiques, un angle mort qui constitue, pourtant un vrai fait de société bien réel. Le fond est là. Curieusement, on n’emploie jamais le terme de « pervers narcissique », ce qui est pourtant exactement le cas du personnage masculin. Ensuite, question sur la forme : pourquoi avoir bâti le récit sur des va-et-vient temporels couvrant six années. A mon avis, on appréhende beaucoup moins bien la montée en puissance de l’emprise, que si la chronologie avait été respectée. Une coquetterie narrative bien inutile. Ensuite, associer le pervers narcissisme au judaïsme pratiquant ??? Aïe, Aïe, Aïe ! Casse gueule à souhait ! A part ça ces réserves, le film se tient parfaitement, avec une démonstration sidérante des mécanismes d'emprise, des années durant, repoussant toujours dans le couple la limite de l'acceptable. Côté mise en scène, c’est un sans faute, pour ce beau moment de cinéma porté je l’ai dit, par un casting en grande forme.
Enfin un 1er grand rôle pour Monia Chokri, que l’on connaît bien depuis maintenant de nombreuses années – Simple comme Sylvain, Des preuves d’amour, Love me tender -, face à Niels Schneider, qui, décidément, se bonifie de film en film. Citons aussi Clémentine Célarié, qu’on retrouve toujours avec plaisir. Un film fort de sens, d'images et de mots. Une histoire aussi intemporelle que le débat qu'elle soulève est contemporain, en trouvant sa force dans sa capacité à rendre visible ce qui, bien souvent, se construit dans le silence.