Si tu penses bien
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145 critiques spectateurs

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Cadreum
Cadreum

77 abonnés 830 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 6 septembre 2026
Après trois comédies chorales et solaires, où la complicité féminine finissait toujours par recoller le groupe, Géraldine Nakache revient avec 94 minutes de portes fermées, de repas silencieux et de mari souriant. Le sujet arrive précédé de son lexique contemporain : le public connaît les termes avant d'entrer, et le "pervers narcissique" vient vite en tête. Le film, lui, promet de filmer ce que ce vocabulaire ne recouvre pas encore — la violence sans marque ni preuve, celle qui se produit à l'abri des regards et se raconte mal parce qu'elle n'a pas d'événement. Reste à savoir ce qu'une œuvre fait, formellement, quand elle entreprend de rendre visible une domination dont la définition même est de ne pas se voir.

Le premier plan montre Gil seule : elle ôte son vernis, ses bijoux, ses accessoires, puis descend dans le bassin du mikvé. Le film accorde à ce déshabillage toute sa durée, sans musique et sans contrechamp attendri. Jacques n'existe pas encore, et c'est de son absence que la scène tire sa force. Encore faudrait-il en rester là car l'ouverture contient déjà les deux décisions qui plomberont le reste. La première est fatale au récit : commencer par une femme visiblement mise au pas, c'est abattre ses cartes avant d'avoir distribué le jeu. Les allers-retours sur six ans ne montreront plus l'installation de l'emprise mais la vérification d'un diagnostic ; Jacques ne se transformera jamais, il se confirmera. La seconde est plus gênante encore. La religion, filmée ici comme pur dispositif de contrainte, devient ensuite un interlocuteur : dans les conversations avec le rabbin, on lui soumet le problème, on attend sa réponse — et cette réponse consiste à ne pas conscientisé ce que la femme est venue dire.

La rencontre à Dubaï se joue devant les vitres de l'aquarium, où Gil fait un malaise tandis qu'un requin passe derrière le verre. Le film installe un second symbole avant même d'avoir installé son personnage. La méthode annoncée voulait pourtant un homme crédible, souriant, socialement irréprochable ; l'image animale la contredit aussi cela d'emblée. Un détail de jeu fait mieux, et sans rien expliquer : le rictus imperceptible de Chokri lorsque Jacques déclare l'avoir sauvée.

Puis viennent les citation de la Torah en tête de chapitre, mention temporelle en surimpression. Le montage prend la parole et le texte sacré n'est jamais interrogé, seulement convoqué comme grille de lecture ; l'indication chronologique, elle, transforme les séquences en pièces cotées. On ne partage pas l'aveuglement de Gil, on consulte son dossier. Là se joue le vice de la structure entière : parce que le récit s'ouvre sur une femme déjà détruite, chaque retour en arrière arrive au spectateur comme un indice qu'il sait interpréter mieux qu'elle. Nakache soutient que le morcellement doit montrer que les faits sont sous nos yeux depuis le premier jour sans qu'on les voie. L'effet obtenu est inverse : nous les voyons tous, immédiatement, et nous en tirons une position d'altitude.

Au niveau du casting, Schneider arrive avec un visage marqué et rien dans son jeu ne fabrique l'aisance sociale du type qu'on invite à dîner, la drôlerie facile, l'art d'amadouer une belle-famille en un quart d'heure. C'est pourtant là que se recrute une emprise, dans la version de l'homme que voient les autres et que la femme ne peut opposer à personne. Reste l'autre moitié, et l'acteur la tient : les rages sont exactes, tenues, sans surjeu. On croit à l'homme qui hurle, jamais à celui qu'on a épousé. Chokri subit la symétrie du défaut : la douleur est physiquement juste, mais le rôle ne lui concède aucune joie résiduelle, rien de l'ambivalence par laquelle on continue d'aimer l'homme qui vous démonte. La subjectivité de Gil est construite en très gros plans sur son visage, jamais en champs qui donneraient ce qu'elle regarde ; on lui colle à la peau, on ne lui emprunte pas l'œil. Le procédé produit une belle asphyxie et offre une belle immersion. Deux acteurs justes pour la seconde moitié d'un mécanisme dont personne n'a filmé la première.

La séquence de maternité, placée plus tard, prouve pourtant que le dispositif peut travailler. Jacques interdit à la famille de Gil de monter voir le nouveau-né, prétexte la fatigue, et le couloir d'hôpital enregistre l'interdiction comme une prévenance de mari : aucun personnel n'a de raison de s'alarmer, aucune montée sonore ne signale que quelque chose vient d'être confisqué. La violence emprunte la grammaire du soin, et des tiers professionnels, dans l'exercice normal de leur fonction, la ratifient. Ce que la scène met au jour dépasse le couple : elle décrit une répartition sociale du consentement, où l'isolement d'une femme s'exécute avec l'assistance bénévole d'institutions occupées ailleurs.

Les babyphones disséminés dans les pièces, puis les images de vidéosurveillance, offrent au récit la panoplie du thriller domestique et lui coûtent sa thèse. Une heure durant, le film a établi que l'emprise est verbale, diffuse, sans trace, invérifiable ; il se dote soudain d'un objectif, d'un enregistrement, d'un coupable techniquement démontrable. Le frisson est là. Ce qui était un rapport social devient une affaire de police, et le spectateur récupère la preuve que l'œuvre s'était engagée à lui refuser. Même mouvement quand la psychiatre explique à Gil que son cerveau lui envoie des fausses nouvelles. Le savoir passe hors d'elle. Corrige ta perception, reviens à ce qui est raisonnable — c'est la phrase de Jacques, repeinte en bienveillance clinique, et le film ne s'aperçoit pas qu'il vient de rejouer sa propre mécanique. Cependant, l'enfermement est parfaitement rendu. La sortie, elle, devient impensable autrement que par une décision intime, et l'on comprend que le film n'a jamais eu l'intention d'en proposer une autre.

Une époque qui exige que la domination soit montrable finit par ne reconnaître que celle qui laisse des traces, et Si tu penses bien tombe dans le piège qu'il avait lui-même désigné. Rien à filmer, rien à produire devant un tribunal, voilà le sujet. Le film passe ensuite une heure à le rendre présentable — caméras dans le salon pour que la surveillance devienne un enregistrement, psychiatre pour que le trouble devienne un diagnostic, dates en surimpression pour que six ans de vie commune deviennent une chronologie opposable. Chaque preuve gagnée est une intuition perdue, et le prix se paie en manichéisme : un mari qu'on voit venir dès la première réplique, une épouse sans ambivalence. Restent des constats justes, l'isolement, la culpabilisation, ce revenu confisqué qui rend la porte plus lourde que les coups — mais mis au service d'une démonstration qui n'assigne au spectateur qu'une place, celle de l'homme averti qui, lui, aurait vu les signaux.
domit64
domit64

77 abonnés 384 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 mai 2026
Un film qui maîtrise parfaitement son sujet : l’emprise (perversion narcissique) dans un couple. Il n’est pas facile d’être juste, sans excès, G Nakache a réussi le pari bien aidée par les 2 acteur/actrice principaux.
Un film dur mais probablement nécessaire et qui permet de mieux comprendre.
sylounette
sylounette

59 abonnés 245 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 septembre 2026
la religion juive vu de l'intérieur et à travers le quotidien d'un jeune couple.. il remet en lumière la place du mikvé et l'importance des rituels dans la religion juive. Cet homme, particulièrement bien incarné par Niels Schneider, devient de plus en plus intégriste et jaloux et pourrit la vie de sa femme. Le film montre bien la montée en puissance de ce contrôle permanent - Monia Choukri joue admirablement cette femme qui subit avant de reprendre le contrôle de sa vie
The CritizMan
The CritizMan

67 abonnés 337 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 mai 2026
Film vu au Pathé Palace sur Paris.

Géraldine Nakache livre un film très émouvant, porté par un sujet difficile qu’elle maîtrise avec une vraie sensibilité. La mise en scène est souvent très intéressante et accompagne intelligemment la lourdeur du scénario, jamais gratuit dans ce qu’il raconte. Malheureusement, le film souffre d’un problème récurrent dans le jeu des acteurs : certains tombent dans le sur-jeu quand d’autres sont dans le sous-jeu total, sans véritable équilibre. Résultat, on a parfois du mal à entrer pleinement dans l’histoire et plusieurs passages nous font décrocher émotionnellement. Malgré ça, SI TU PENSES BIEN reste une œuvre sincère, ambitieuse et globalement maîtrisée.
Pôpô passion ciné
Pôpô passion ciné

41 abonnés 394 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 septembre 2026
Ce film retranscrit à la perfection ce qu'on vit quand on est avec un pervers narcissique.

On ressent la descente aux enfers lente et perverse. La petite graine plantée et qui grossit de jour en jour.

Parce que ce genre de personne ne se contente pas de choisir quelqu'un de faible, au contraire, il prend quelqu'un de fort et se délecte de le couper de tout.
Une belle cage dorée pour l'enfermer petit à petit dans le piège.

Tantôt de belles déclarations d'amour, tantôt des larmes, tantôt de la colère et de l'humiliation pour faire place au grand prince quand le vent tourne.

J'ai aimé que la réalisatrice prenne le prisme de la religion car ce n'est pas parce qu'on a la foi qu'on est quelqu'un de bien.

Géraldine Nakache réussi le tour de maître de nous faire ressentir chaque angoisse, chaque mot et geste d'humiliation.

Elle capte l'ambivalence des victimes, qui ne se voient pas comme telles, qui ne cessent de se remettre en question et se coupent de tout son environnement pour ne pas créer de colère chez l'autre.

Quand on nous parle de violences conjugales, on pense immédiatement aux violences physiques alors que celles psychologiques ne se voient et sont plus vicieuses car le traumatisme se tapis au plus profond.

Les paroles de la chanson "I'll stand by you" n'ont jamais été autant sublimée !! Elle vibre encore en moi si fort !

Et ce casting génial !
Monia Chokri est absolument parfaite !
Je pense qu'il n'y avait qu'elle pour jouer ce rôle. Elle est vraie, naturelle, à la fois forte et fragile : elle m'a bouleversé !

Niels Schneider est autant charmant que glaçant.
Il aurait pu tomber dans la caricature mais au contraire il a su capter les subtilités de ce personnage qui est plus répandu qui n'y parait.

Et quel bonheur de revoir Clémentine Célarié sur grand écran ! Je l'adore !

C'est un film qui marque au plus profond et la temporalité en va-et-vient est utilisée de manière intelligente car elle permet de prendre conscience de cette emprise plus subtilement.

Géraldine merci d'avoir traité ce sujet si difficile de manière si réaliste et bienveillante.
Tu es ma reine merci pour ce film !!
Domvill
Domvill

37 abonnés 248 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 septembre 2026
une analyse psychologique fine d'un lent processus d'emprise. certes le thème a déjà été traité ( et très bien) mais la structure avec de nombreux flash back est plutôt intéressante.
max7_13
max7_13

38 abonnés 168 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 mai 2026
Géraldine Nakache signe un film puissant sur la mécanique de l’emprise dans lequel Niels Schneider endosse avec brilloy le rôle d’un pervers narcissique. Vu en avant première dans le cadre de Cannes Première
caroceintrey
caroceintrey

35 abonnés 134 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 septembre 2026
Si tu penses bien est un film de Géraldine Nakache, avec Monia Chokri et Niels Schneider.

Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider) se rencontrent à Dubaï après avoir chacun de leur côté perdu quelqu'un de proche. Gil tombe rapidement enceinte, Jacques la convainc de le garder et il se marient dans la foulée. Peu à peu, leur relation va se dégrader, Gil subissant les accès de colère de Jacques...

Ce film traite du thème de l'emprise au sein d'un couple, sur une période de six années qui ne sont pas abordées de façon linéaire.

C'est le quatrième film de la réalisatrice, après trois comédies : Tout ce qui brille, Nous York, J'irai où tu iras. Dans ce drame, il y a peu de musique et les personnages principaux sont souvent filmés en plan rapproché.

La religion juive tient une place importante dans la narration, tout d'abord dans la choix du titre qui fait référence au précepte "si tu penses bien, tout ira bien". Il y a également les nombreux mikveh (bassin d'eau pour la purification spirituelle) auxquels Gil consent, la mezouzah à l'entrée de la maison et la présence de rabbins qui expliquent notamment que tout le monde a plusieurs visages.

Il y a peu de personnages secondaires, certainement parce que Gil est de plus en plus isolée. C'est Clémentine Célarié qui incarne la mère de Gil avec beaucoup de justesse.

Cela m'a fait penser au film Mon roi de Maïwenn avec Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel, sorti en 2015.

A l'avant-première à laquelle j'ai assisté une association distribuait à propos des violentomètres, un outil pour graduer les violences faites aux femmes de façon très concrète.

Ce film a été présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2026. Monia Chokri a reçu le prix de la meilleure actrice au Festival d'Angoulême. Niels Schneider aurait également mérité un prix pour son interprétation dans ce film.

1h34 de narration sans temps mort, d'une descente aux enfers qui va crescendo, traitée avec beaucoup de sensibilité et de réalisme.
Yann C.
Yann C.

31 abonnés 94 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 août 2026
vu en compétition au FFA 2026. Film saisissant, Niels Schneider est parfait et effrayant dans son emprise psychologique. On en ressort forcément secoué, sachant que cela reflète le qutodien de très nombreux couples. Rappelle bien sûr L'amour et les foret.
Cam Pattier
Cam Pattier

25 abonnés 276 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 septembre 2026
En vrai, j’ai plutôt bien aimé.
J’ai trouvé le sujet autour de l’emprise dans le couple vraiment intéressant.
Monia Chokri est vraiment très bonne et son personnage est assez touchant.
Niels Schneider est vraiment inquiétant dans ce rôle et il arrive à être très crédible.
J’ai beaucoup aimé la manière dont le contrôle s’installe progressivement dans leur relation.
L’ambiance devient de plus en plus tendue au fur et à mesure que le film avance.
J’ai aussi trouvé intéressant le rôle de la religion dans cette relation, sans que le film se limite seulement à ça.
Par contre, les allers-retours entre les différentes périodes m’ont parfois un peu perdu.
Certaines choses sont aussi un peu trop appuyées à mon goût.
Mais ça reste un film assez fort et intéressant à voir.
Rémy LE BIHAN
Rémy LE BIHAN

24 abonnés 107 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 septembre 2026
Voila un film qui vous met rapidement mal à l’aise et c’est sûrement voulu , pour réaliser les méthodes d’un manipulateur pervers narcissique, royalement interprété par Niels Schneider au zenith de son art et de beauté pour ce rôle !
LaureS
LaureS

21 abonnés 168 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 septembre 2026
Excellent film, bien meilleur que ce à quoi je m'attendais. C'est très fin, bien construit, très bien interprété. Pas précisément un film "aimable" mais une thématique passionnante, entre emprise et religion - à la fois enfermante et libératrice - impuissance et lucidité progressive. J'ai beaucoup apprécié l'absence de musique qui permet de ne pas surligner les effets
Fathy D
Fathy D

16 abonnés 125 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 septembre 2026
"Si tu penses bien "
Une phrase apparemment rassurante qui devient peu à peu inquiétante, bien que prononcée sur un ton protecteur par Jacques.
Alors, peu à peu, Gil abandonne une petite liberté, puis une autre ; elle doute de son propre jugement et finit par ne plus savoir si cette pensée lui appartient réellement.

La grande force de Géraldine Nakache, c'est sa puissance et sa capacité à montrer une violence conjugale « sourde », quotidienne et difficile à identifier.
D'où notre difficulté à reconnaître l'emprise lorsqu'elle se présente sous les apparences de l'amour, de la protection ou même du bien-être.

Monia Chokri et Niels Schneider sont parfaits et j'ai trouvé Clémentine Celarié absolument géniale dans ce rôle discret mais profond.

A voir absolument, même si ce sujet a dejà été traité des dizaines de fois,
Ici se mélangent la pratique religieuse et l'emprise conjugale.
C'est aussi une occasion de découvrir des rites méconnus si comme moi, vous n'êtes pas pratiquant.
Nine
Nine

15 abonnés 175 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 septembre 2026
Un très bon film à l'ambiance asphyxiante sur l"enfermement psychologique d'une femme par un mari possessif, au sein de la communauté juive. J"y ai découvert les rituels de purification de la femme, le décor est planté spoiler: (même si la sagesse du rabin est finalement salvatrice).

Niels Schneider une nouvelle fois dans un rôle de maltraitant est presque méconnaissable et antipathique à souhait.
gleegreyschuck
gleegreyschuck

15 abonnés 50 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 21 juin 2026
Film découvert en avant-première grâce à Pathé quelques jours après sa projection à Cannes.
Géraldine Nakache nous livre un récit bouleversant interprété avec justesse par Monia Chokri, Niels Schneider et Clémentine Célarié.
Le mécanisme de l'emprise y est dépeint de manière implacable, l'isolement, le rabaissement jusqu'à l'épuisement et l'impuissance des proches. La tension et l'émotion étaient palpables dans la salle.
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