Je vais peut-être passer pour le rabat-joie de service, mais je dois dire que ce documentaire m'a gêné à plusieurs égards (j'ai pourtant moi-même 30 ans, donc je me sentais très concerné de base). Je vais essayer de mettre des mots sur ce ressenti. Le postulat du film nous est présenté comme "je me sens un peu perdu à l'aune de mes 30 ans, j'ai besoin de temps avec moi-même". Ce temps avec soi-même prenant ici la forme d'un voyage organisé en Polynésie Française, sponsorisé Revolut/Google/Eucerin, accompagné par un cameraman. Là où je m'attendais à un reportage universel, accessible à tous, pour traiter collectivement du vécu de la trentaine, on se retrouve avec un vlog de 1h10 où la solution présentée réside dans une démarche très privilégiée de pouvoir partir dans un coin paradisiaque à 15000km de Paris. Déjà, on a perdu 95% de la salle. Pendant ce temps, ces images sont ponctuées d'archives familiales qui prônent des moments de simplicité à hauteur d'enfant - jouer dehors, manger en famille, pêcher avec son père - qui contrastent fortement avec les extraits très Instagrammables du voyage. Seb décide néanmoins d'interroger quelques locaux sur leur passage à la trentaine. Ce sont sûrement ces brèves discussions qui sont les plus révélatrices. Pour l'une, la question ne s'est jamais vraiment posée, elle regrette surtout de ne pas être grand-mère à 40 ans comme ses amies. Pour l'autre, un pêcheur, il s'agit du moment où il est sorti de la drogue et de la délinquance. Car oui, c'est bien là tout le nœud du problème : en quoi le vécu d'un Parisien de trente ans, qui peut se permettre financièrement de partir à l'autre bout du monde pour résoudre son vague à l'âme, peut-il trouver écho chez des habitants dont les conditions de vie sont infiniment moins privilégiées que les siennes ? On finit même par nous revendre ce bon vieux poncif "regardez, ils n'ont rien et pourtant ils sont heureux" s'agissant d'un habitant qui vit en autosuffisance sur la plage. Tout cela m'a renvoyé à cette image très désagréable et surannée de l’Occidental parti en terres indigènes, rejouant le vieux mythe du bon sauvage. Par ailleurs, les prises de vue ont beau être magnifiques, un détail m'a marqué : on ne filme jamais la baleine ou la raie mantra pour elle-même, pour la beauté du Vivant qu'on est venu chercher si loin. C'est toujours, Seb devant la baleine, Seb devant la raie mantra, là encore dans une approche très Instagram (pour ne pas dire autocentrée) du voyage. Au bout des courses, Seb rentre à Paris en reconnaissant lui-même que "rien n'a vraiment changé", mais il décide malgré tout de tirer parti de son voyage. Sa première mesure consiste à déménager dans un appartement si grand qu'il peut courir dedans. Là encore, en région parisienne, une réponse loin d'être accessible. Enfin, prenant conscience qu'il devrait passer plus de temps avec sa famille, il décide de les réunir pour leur faire lire une lettre qui leur a écrite. A la clé : un nouveau voyage en Polynésie qu'il offre à tout le monde... Tout ça pour ça ? La réponse ne pouvait-elle pas tenir dans un discours un peu convenu, mais au moins honnête et accessible à tous, de passer voir ses parents et apprécier les moments futiles et éphémères du quotidien, tant qu'ils sont parmi nous ? N'est-ce pas le vrai message de toutes ces archives familiales ? Finalement, en cherchant des réponses à sa (petite) crise de la trentaine dans des endroits inaccessibles, sous forme de vlog de vacances paradisiaques, en interrogeant le vécu de personnes avec qui il ne peut objectivement pas entrer en empathie, il m'a semblé que Seb était complètement passé à côté de la portée universelle du sujet de base, ce que promettait le synopsis. Un reportage en 480p, filmant des discussions profondes et sincères sur le vécu de la trentaine avec sa bande de potes - de nuit autour d'un verre - puis avec sa famille, ses grands-parents, aurait sûrement été une réponse bien plus sage et universelle me semble-t-il.