Je ressors de la projection du film Anesthésia, que j’ai eu l’occasion de découvrir en avant-première à Roubaix, en présence de son réalisateur, Damien Boyer.
J’y suis allée en sachant simplement que le film abordait la question de l’euthanasie, sans réellement connaître son contenu. Avant la séance, M. Boyer a pris la parole pour expliquer sa démarche. Il a insisté sur sa volonté de réaliser un film totalement neutre sur ce sujet particulièrement délicat. Pour cela, il a notamment fait le choix de ne pas utiliser de voix off, afin de laisser chaque spectateur libre de se forger sa propre opinion.
Mais voilà. Toutes les histoires familiales présentées dans ce documentaire — pourtant porté par une photographie très soignée — semblent aller dans le même sens : celui où l’euthanasie n’est pas forcément la réponse. On y voit des proches endeuillés, des familles marquées par le départ d’un être cher. Et c’est une réalité qu’il ne faut pas nier.
Mais pense-t-on aussi à celles et ceux qui ont choisi de partir ? À leur souffrance ? À leur éventuel soulagement ? Leur parole me semble beaucoup moins présente.
Le film montre également des personnes qui choisissent de ne pas recourir à l’euthanasie et qui, malgré des états de santé extrêmement dégradés, continuent à vivre. Cependant, ces personnes sont entourées dans des structures remarquables où elles bénéficient d’un accompagnement exceptionnel : visites d’animaux des chevaux, concerts, activités artistiques, massages, soins attentifs… C’est beau, touchant, et sincèrement, j’aimerais que chacun puisse vivre sa fin de vie dans de telles conditions.
Sauf que ce n’est pas la réalité de tout le monde. Peu d’établissements offrent ce niveau d’accompagnement. Toutes les familles n’ont pas les moyens financiers nécessaires. Toutes les personnes malades n’ont pas une grande famille présente pour les soutenir sur ce chemin difficile de la fin de vie.
À la fin de la projection, M. Boyer a repris la parole pour échanger avec le public. Et c’est là que je l’ai trouvé beaucoup moins neutre. Les questions et les interventions allaient toutes dans le même sens. J’ai eu le sentiment d’être dans une assemblée où chacun partageait déjà les mêmes convictions. Encore une fois, aucun problème avec cela. Mais assumons-le simplement : parler de neutralité lorsque tous les points de vue présents convergent dans une seule direction me semble discutable.
Au final, j’ai trouvé ce film beau visuellement, parfois touchant, mais aussi extrêmement idéaliste. Il parlera sans doute à celles et ceux qui croient qu’avec suffisamment d’amour, d’accompagnement et de moyens, tout peut être supporté.
Pour ma part, je ne pense pas qu’il reflète la réalité de nombreuses personnes confrontées à des souffrances profondes, à l’isolement ou à des situations de fin de vie beaucoup plus complexes. Ces personnes existent, et leurs choix méritent eux aussi d’être entendus.
Cela ne reste bien sûr que mon avis. À chacun de se faire le sien, mais surtout, gardons l’esprit ouvert.