Il y a deux façons de dénoncer au cinéma la boucherie aveugle que fut la grande guerre. L'anglo-saxonne vue par Stanley Kubrick avec son très amer " Les sentiers de la gloire" et l'italienne troussée par Monicelli. La vision de Kubrick est de prime abord plus dénonciatrice mettant ouvertement à jour le comportement rempli de morgue des officiers en goguette de l'armée française. Monicelli quant à lui choisi les chemins de traverse en prenant comme guides deux pauvres hères cherchant par tous les moyens à éhapper aux vicissitudes de l'armée en mouvement. Au final sa démonstration n'en est pas moins éloquente sur le comportement irresponsable d'une hiérarchie bornée. La mort du jeune fantassin abattu après avoir transmis un message de Noël montre bien la place négligeable de l'homme dans cette horrible absurdité. Monicelli n'a pas besoin de longues démonstrations pour étayer son propos, une seule scène lui suffit. Quand aux deux pauvres bougres joués par les inénarrables Gassman et Sordi ils sont la preuve vivante que même dans les pires moments l'homme reste ce qu'il est, tentant de s'adapter au milieu qui lui est imposé . Le ton du film est à mi-chemin entre le néoréalisme et la nouvelle comédie italienne qui aborde à la fin des années cinquante ses plus belles années. Ce film magnifique jette un pont entre ses deux mouvements majeurs du cinéma transalpin. Quant à Bernard Blier il commence là sa fructueuse escapade italienne. Il retrouvera Monicelli pour le non moins savoureux " Mes chers amis ". Les rapports entre Gassman et la sublime Silvana Mangano sont empreints d'une poésie drolatique du meilleur effet.
Un film fondateur de la comédie italienne qui suit les tribulations de deux tire au flan sur le front italo-autrichien de la Première guerre mondial. C’est drôle et pathétique en même temps. La reconstitution de la guerre est soignée, les scènes de bataille impressionnantes. La comédie ne verse jamais dans la caricature et la démagogie, elle se trouve dans des scènes réalistes, plausibles, par exemple dans la confrontation de soldats épuisés et anéantis avec un cérémonial patriotique emphatique. La même scène est drôle à cause d’un regard démystificateur de Sordi, puis pitoyable à cause de pleurs de femmes, toujours sur le fil… Gassman et Sordi sont bien entendu formidables. Blier est bon dans un rôle inhabituel.