970 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
76 critiques spectateurs
5
7 critiques
4
29 critiques
3
24 critiques
2
9 critiques
1
3 critiques
0
4 critiques
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
Cadreum
62 abonnés
807 critiques
Suivre son activité
4,0
Publiée le 24 septembre 2025
Qui est le film ? Sorti en 1985, Sans toit ni loi (que beaucoup appellent encore La Vagabonde) est l’un des films les plus marquants d’Agnès Varda. Après les expérimentations de Cléo de 5 à 7 ou Les Créatures, il s’ancre davantage dans une veine documentaire et sociale, tout en conservant la liberté formelle propre à la cinéaste. L’époque est marquée par une montée des inégalités, par la transformation du monde rural, par des débats sur la marginalité et la pauvreté. En surface, le film raconte l’histoire de Mona, une jeune femme retrouvée morte de froid dans un fossé. À partir de ce constat brutal, Varda déroule une enquête rétrospective faite de témoignages, de fragments de mémoire, de scènes arrachées à la vie quotidienne. La promesse paraît simple : reconstituer une existence.
Que cherche-t-il à dire ? Le projet de Varda n'est pas de construire une biographie linéaire, encore moins à fabriquer une héroïne, mais à montrer combien toute tentative de raconter une vie est une opération collective, traversée de projections, de jugements, de silences. L’ambition est de mettre à nu notre propre rapport à l’altérité, à la marginalité, à ces existences qui échappent aux formats habituels du récit.
Par quels moyens ? Dès l’ouverture, Varda impose le corps de Mona, gisant dans un fossé. Cette sécheresse initiale conditionne tout le film. Nous ne partirons pas d’une figure héroïque mais d’une dépouille. Le cinéma se fait alors enquêteur des restes : objets, souvenirs, bribes de paroles. Ce choix produit un renversement : ce n’est pas l’héroïne qui possède la narration, mais ceux qui l’ont croisée et les traces qu’elle a laissées.
Le dispositif du témoignage structure le film. Les voix successives (paysans, ouvriers, bourgeois, marginaux) ne livrent pas une vérité unique mais une mosaïque de perceptions. Chaque parole dit autant sur Mona que sur celui qui parle.
Sandrine Bonnaire incarne Mona avec opacité. Le personnage n’est jamais réduit à une icône romantique de la liberté, ni enfermé dans la figure de l’asociale. Elle est tour à tour vive, agaçante, généreuse, violente. Varda refuse la psychologie explicative : ce sont les contradictions mêmes qui font sa présence.
La mise en scène privilégie les fragments : un feu allumé, un sandwich volé, des chaussures usées. Ces gestes minuscules, isolés par le montage, deviennent autant de preuves d’existence.
Le rapport au paysage est essentiel. Les champs boueux, le vent, les routes départementales désertes ne sont pas de simples décors : ils composent une physiologie de l’errance. Les plans larges sur Mona marchant seule rappellent que la liberté de refuser les institutions s’achète au prix d’une exposition totale aux intempéries et à l’indifférence.
Enfin, le politique affleure sans jamais devenir slogan. La marginalité de Mona n’est pas posée comme un choix absolu, mais comme la conséquence de fractures sociales : précarité, isolement, effritement des solidarités. En filmant la manière dont la société justifie l’abandon, Varda oblige à voir la part collective dans cette mort.
Où me situer ? Je ressens devant Sans toit ni loi une double impression : celle d’une force formelle et celle d’un malaise persistant. J’admire la façon dont Varda parvient à filmer une vie, par fragments, sans l’enfermer dans une légende, à laisser place à la contradiction, au silence. Mais tout cela se fait au détriment de ma compassion pour Mona.
Quelle lecture en tirer ? Filmer une absence, assembler des voix, observer des objets : autant de gestes qui rappellent que comprendre une vie suppose de renoncer à l’illusion de la totalité. Ce que Varda met en crise, c’est notre facilité à juger les existences marginales à travers des filtres sociaux.
Sans toit ni loi, d’Agnès Varda, est un film marquant sorti en 1985. Dès sa sortie, il a frappé les esprits par sa manière unique de filmer la solitude et la liberté. Les critiques comme les spectateurs ont salué un regard brut, sans fioritures, qui ne juge jamais mais observe avec justesse. Varda mélange fiction et réel avec une maîtrise rare. Son style documentaire capte la vie sans fard, comme un tableau vivant. Sandrine Bonnaire y est magistrale : sauvage, fragile, elle habite son rôle corps et âme. Son César du meilleur espoir féminin est mérité, tout comme le Lion d’or à Venise. Les acteurs secondaires, souvent non-professionnels, apportent une authenticité saisissante. Macha Méril touche par son humanité chaleureuse ; Yolande Moreau injecte humour et tendresse. La caméra de Varda excelle dans les plans froids et larges, soulignant l’isolement sans pathos. Pas de musique larmoyante : juste les bruits du monde, vent, pas, silences lourds. Cela renforce le réalisme cru. Le film pose des questions sociétales profondes, féministes et poétiques, sans moraline. Il dérange, secoue, interroge notre rapport aux marginaux. Toujours d’actualité en 2026 avec sa reprise en salles. Un cinéma engagé, simple et profond qui hante. À voir pour sa leçon d’humanité.
Sandrine Bonnaire joue le rôle d'une vagabonde, Mona Bergeron. Elle aime la liberté, et n'aime pas les gens. On suit son parcours ou tout du moins, sa plongée dans la décadence. Sur notre route, un professeur de philosophie, cet étrange relation entre la femme de ménage et son petit ami, des jeunes, quelques désillusions qui la rendront de plus en plus misanthrope... L'enchainement des rencontres et évènements qui construise son existence est réaliste et intéressant. Mais il y a quelques longueurs et on nous livre la fin du film dès les premières minutes.
Porté par une Sandrine Bonnaire proprement époustouflante – elle remporta à 18 ans un César de la meilleure actrice pour son rôle de vagabonde plus vraie que nature – ce film au réalisme cru sur la marginalité est aussi une réflexion magistrale sur la notion de liberté. Oscillant entre fiction et documentaire, Agnès Varda nous offre ici une chronique de l’errance à l’âpreté évidente – la séquence d’ouverture nous plonge immédiatement dans l’ambiance, ne laissant aucun doute sur l’issue fatale du parcours de la jeune héroïne. Mais ce tableau sensible et complexe d’une certaine France rurale et périurbaine des années 80, joué en partie par des acteurs non-professionnels, n’occulte pas la générosité de certaines situations. Lion d’or mérité à la Mostra de Venise 1985.
On trouve dans un fossé une vagabonde morte de froid. Par flashback et parfois au moyen des témoignages de ceux qui l'ont croisée, Agnès Varda revient sur l'errance de la jeune femme, "passée du fossé à la fosse commune", pendant les quelques semaines hivernales qui précèdent. Le portrait s'affine, par petites touches, même si Mona, solitaire et rebelle, gardera le secret de sa désocialisation, comme on dit aujourd'hui. Le film n'apparait pas cependant une étude générale de la marginalité et de l'exclusion, si ce n'est qu'il renvoie à l'idée de rupture sociale. Mona fait l'objet d'un portrait isolé, anecdotique en dépit d'un dénouement pathétique, et trouve en Sandrine Bonnaire, qui paie de sa personne, une interprète éclatant après la révélation de "A nos amours". Cheveux longs et sales, veste et pantalon crasseux, la comédienne réussit une remarquable composition au long d'un cheminement erratique fait d'étapes et de multiples rencontres inabouties qui dévoilent une personnalité à la fois authentique et insondable. Le film, toutefois, malgré le caractère tragique révélé d'entrée, manque par moments d'intensité et de profondeur, voire d'âpreté. Il n'est jamais aussi touchant que lorsqu'il souligne la fragilité de Mona et de son postulat libertaire.
C’est le portrait de Mona, une paumée, dans tous les sens du terme, qui semble n’avoir ni relation sociale suivie, ni repères personnels, ni port d’attache. Loin de tout angélisme, Agnès Varda a choisi de montrer ce personnage assez peu attachant à l’état brut. Sa mort n’est qu’un fait divers de bas de page et n’affecte probablement personne. C’est pour cela que la réalisatrice s’intéresse à elle, pour rendre leur humanité à tous ces SDF que l’on retrouve morts dans la rue, dans l’indifférence générale. Pour mieux intégrer ce fait divers fictionnel dans notre réalité sociale, le film prend en partie la forme d’une enquête, d’un documentaire dans lequel sont interrogés les témoins rencontrés lors de ses dernières errances, ce qui donne une impression de véracité importante. Un film qui s’adresse à notre conscience, en ménageant aussi quelques moments d’émotion, comme la superbe rencontre avec la prof d’université qui mène des recherches sur la maladie des platanes..
C'est un film social avec des accents Chabroliens notamment quand le musique se met en route, on se croirait dans un Chabrol. Par contre, c'est plus social, plus rural bien que l’héroïne navigue entre la campagne et la ville, là où il y a les gares par exemple. Le film est porté par S. Bonnaire, qui endosse ce rôle de marginal, à la perfection. Viennent se greffer une myriade de gens, au gré des rencontres qu'elle va faire, joués par des acteurs plus ou moins connus, mais citons notamment S. Freiss et M. Meril. Ce film donne une certaine vision des années 80, dans un sens. Cette solitude que recherche l’héroïne, en suivant des chemins au hasard, ne rappelle pas bien sur le genre Hippie mais il se dégage de cette démarche certains points communs.
Mona qui va « sans toit, ni loi », une véritable vagabonde de ceux et celles, dont nous ne connaissons jamais la source des failles. Sandrine Bonnaire, sous la caméra d’Agnès Varda campe avec brio et réalisme cette jeune femme dont l’apparente liberté cache un profond désespoir, dont nous ne saurons rien. Elle témoignage de tous ces marginaux exclus de gré ou spoiler: souvent plus de force du système. C’est sobre et brillant à la fois, un grand film de la « nouvelle vague » indémodable
Le tout sous fond de “musique” dissonante, nous suivons l’errance de la méconnaissable Sandrine Bonaire jeune et désagréable à souhait et sa découverte du Sud & du peuple de cette partie de France. Le générique de fin est simple et sympathique a voir.
Il y a 2 aspects dans ce film : le sujet et sa réalisation. Concernant le sujet, on suit les déambulations de Mona. Elle est antipathique, ne dit jamais merci, en révolte. On se dit qu'elle a bien cherché son sort. Mais au fil du film, on s'attache ; Varda réussit à nous intéresser à elle. Arrive la réalisation. Par son traitement à la fois distancié (des travelings qui se détachent de Mona) et proche (notamment les dialogues et interviews), Agnès Varda réussit à nous brosser un portrait sensible et terrible d'êtres perdus. La meilleure description de Mona et de ses semblables est donnée par ce personnage de berger en marge (préfigure des zadistes actuels) : "Pas de projet, pas de but, pas d’envie, c’est pas l’errance, c’est l’erreur. Elle est inutile et en prouvant qu’elle est inutile, elle fait le jeu d’un système qu’elle refuse". Tout est dit !
Excellent. j'ai été captivée du début à la fin. Grâce à la qualité du scénario, la justesse des dialogues et du jeu des acteurs, la mise en scène admirable, ce film, d'un réalisme fascinant, porte à la réfexion.
L’inéluctable naufrage décrit sans pathos d’une asociale libre et marginale, et bien incarnée par Sandrine Bonnaire. De bonnes scènes (le philosophe) mais le parti pris de faire participer le gens du cru n’est pas toujours réussi.