Une très jolie comédie douce-amère, un peu oubliée et sous-estimée, alors qu’elle a très bien vieillit. Tout d’abord un sujet intemporel, encore tellement actuel, que celui de la fuite en avant, du jeunisme, le besoin d’exister par la conquête, le mythe de Don Juan , ou même un certain parallèle avec « l’homme pressé » de Paul Morand. Ce chef d’orchestre renommé qui ne veut pas se laisser enfermer dans le carcan de la famille, du conformisme, de la morale bourgeoise et qui fuit, par le biais de conquêtes féminines souvent frivoles et qui mène une double vie . Le scénario est solide, bien construit sans temps mort, de bons retournements de situation, des situations cocaces : la fuite pour une soirée musicale dans la vallée de Chevreuse ou la fuite finale en Bretagne sont plein d’humour et d’ironie .Les plans en extérieur dans Paris sont un vrai régal, nostalgie , la Place des Victoires , où il habite, encore sauvage et déserte , les hauteurs de Montmartre, nostalgie .Les dialogues ciselés ,de la vraie dentelle très poétiques , du Audiard , beaucoup plus délicat que d’habitude.
Et puis une interprétation superbe : Rochefort qui tient probablement là son meilleur rôle, beaucoup de finesse , de subtilité dans son jeu, dans ce rôle moins comique que d’habitude. Le plaisir de retrouver la délicieuse Catherine Leprince , qui fera malheureusement une carrière d’actrice trop courte .Nicole Garcia , bien sûr , envoûtante et charmeuse qui tombera amoureuse de Rochefort , son futur compagnon, sur ce tournage. Tous le seconds rôles au Top, comme on les construisait à l’époque : Danielle Darrieux, Annie Girardot, Catherine Alric, Jean Desailly . La réalisation de De Broca , très soignée, très classieuse, des plans construits , très cadrés , des effets de « flous Hamiltonien » comme les années 70 savaient les construire avec brio , très réussi, une dynamique , un rythme .Chaque séquence apporte son lot de surprises. Une belle œuvre à redécouvrir.