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3,5
Publiée le 1 mars 2026
L’Enfance d’Ivan propose un film de guerre centré sur un enfant privé d’enfance. Une œuvre formellement impressionnante, que j’ai admirée pour sa maîtrise tout en restant légèrement à distance.
Premier long métrage d’Andreï Tarkovski, réalisé au début des années 1960 en Union soviétique, le film révèle déjà un style affirmé. Repris en cours de production, il s’éloigne du film de guerre héroïque pour adopter une approche intime et méditative. Le noir et blanc expressif, l’usage des décors naturels et la mise en scène épurée orientent l’œuvre vers la mémoire et l’intériorité plutôt que vers le spectaculaire.
Le film explore la destruction intérieure de l’innocence. À travers le regard d’un enfant devenu éclaireur, la guerre apparaît comme une force qui altère l’âme avant même les corps. Les séquences lumineuses contrastent avec les paysages sombres et marécageux du front, matérialisant la perte irréversible de l’enfance. La mémoire devient un refuge fragile face à un monde qui ne laisse plus de place à l’innocence.
Il interroge aussi la solitude et la vengeance. Ivan n’est pas un héros, mais un enfant consumé par la haine. Le film refuse tout triomphalisme et adopte une posture anti-héroïque. La nature, omniprésente, semble indifférente au conflit humain, renforçant l’impression d’absurdité. La narration fragmentée et l’alternance entre rêve et réalité traduisent une désintégration du temps autant que de l’identité.
J’ai été frappé par sa modernité. Il pourrait aujourd’hui être présenté comme un film d’auteur contemporain sans paraître daté. La photographie en noir et blanc est remarquable, et la maîtrise formelle impressionne pour un premier film. On perçoit déjà une signature forte dans le rapport au cadre, au silence et aux éléments. Les thèmes de la mémoire et de l’innocence perdue m’ont réellement intéressé.
Cependant, le rythme lent et la structure fragmentée m’ont parfois tenu à distance. Cette lenteur fait partie du projet, mais elle exige une attention plus contemplative que narrative. L’attente liée à sa réputation a sans doute accentué cette réserve. Je suis resté admiratif de la forme sans être pleinement emporté, même si je pressens qu’un second visionnage pourrait en approfondir l’impact.
L’Enfance d’Ivan demeure une œuvre forte et cohérente, déjà emblématique du cinéma de Tarkovski. Un film de guerre à contre-courant, plus préoccupé par l’âme que par l’action, dont la puissance formelle l’emporte légèrement sur l’adhésion émotionnelle.
Ce film est décidemment étrange. Il faudrait presque le regarder à l'envers, s'il en perdrait tout son sens, il y gagnerait toute sa force. Assez rugueux et hermétique il se laisse regarder, trés beau, bien filmé, parfois il y a quelques longueurs oniriques... puis il y a la scène finale.
Le film nous avait placé dans une langueur cotonneuse, et puis cette scéne nous fout une grande claque dans la tronche. Comme un détonateur qui ferait exploser le reste du film, qui sous des aspects de matiére quasi inerte se révele dés lors un dangereux explosif.
"L'Enfance d'Ivan", premier long-métrage du grand Andreï Tarkovski, n'a rien d'un mauvais film mais dénote un peu de la stupéfiante maturité des premiers court-métrages du cinéaste tant l'histoire du jeune Ivan sonne par moments assez stéréotypée et trop simple pour pleinement exploiter toutes les pistes mises en place. Esthétiquement irréprochable (une qualité qui deviendra un motif TRÈS récurrent du réalisateur russe), l'ami Andreï fait déjà preuve d'une virtuosité certaine de la caméra tant la mise en scène est parfaitement maîtrisée de bout-en-bout. Hélas, au service d'une histoire aussi pauvre qui alterne les brillants moments d'émotion avec les étirements ennuyants, le premier coup d'essai du réalisateur de "Stalker" est très inégal et ne dépasse pas le correct, et ne sera remémoré que pour la symbolique première place qu'il occupe dans l'une des filmographies les plus impressionnantes de l'histoire du Septième Art.
C'est sûr, il y a dans la mise en scène et dans la photographie des choses intéressantes : les lignes des gestes des personnages et la texture de l'image, tout spécialement, m'ont ravi le regard d'un bout à l'autre. Je passe sur l'éloge des qualités visuelles et sonores pour en venir directement au point noir : l'histoire n'a pas eu à mes yeux quoi que ce soit de remarquable : si le thème est ô combien délicat et propice aux profondeurs, je suis d'autant plus intransigeant sur les propos banals, les lieux communs des discours/réflexions sur la guerre (j'ai l'impression de voir sans arrêt des films de guerre, surtout sur la SGM, à croire que les grands cinéastes en raffolent). Et malheureusement, ici, hormis Ivan, c'est tout ce qu'on a. Et ni les autres personnages, ni leurs relations, ne sortent des représentations canoniques de la guerre. Du coup, toute la puissance est dans le personnage d'Ivan, son entêtement obsédé, sa témérité, quelques facéties ; et surtout, ce qui trouble et fascine, c'est la façon dont il est à la fois enfant (sensible, enthousiaste, énergique, fragile, aimant, apeuré, rêveur) et adulte-soldat (vaillant, entêté, fort de caractère, tenace, autoritaire, de bonne intelligence). Oui, mais. Voilà : même ce côté double du personnage principal ne m'est apparût que comme l'incarnation un peu forcée des dualités qu'amène (et qui cause?) la guerre en général, chez le soldat comme chez le civil, et même chez l'humain (c'est la bonne vieille dichotomie bien/mal qui frappe à la porte...). Oh, c'est une chose passionnante que d'en voir une illustration particulière, certes, mais sur laquelle l'on a déjà tant focalisé (et ça ne date pas de la SGM) que ça me fait monter l'amertume aux commissures ... Mais ne nous y méprenons pas : ça n'en demeure pas moins poignant et beau à plusieurs égards ; du reste, j'ai bien eu la sensation de voir un chef-d’œuvre ... seulement un peu sous-formé et démeublé.
En a peine 1h35, Tarkovsky signe un des meilleurs films sur la seconde guerre mondiale.
Il est intéressant de comparer les approches. Alors que le cinéma anglo-saxons préfèrera traiter les récits guerriers, l’Europe elle va plutôt pencher pour une description du quotidien. Et tandis que la France mettra en avant sa "glorieuse" résistance, la Russie elle vous davantage mettre la lumière sur ses grands traumatismes: les grandes purges d'Ukraine et de Biélorussie dans Idi I Smotri, la reprise du territoire dans l'Enfance d'Ivan.
Ici la guerre n'est pas grandiose, elle n'est pas glorifiée. Ici, l'ennemi est le temps et l'isolement au milieu de ses forêts de bouleau gigantesques et cette toundra marécageuse infinie.
Comme dans Idi I smotri, la guerre sera présentée au travers des yeux d'un enfant. Mais là où Elem Klimov montrera un horreur graphique et sans concession, Tarkovsky décidera lui de proposer une forme d'émerveillement poétique de la nature. Via les yeux d'Ivan, la guerre est un accomplissement, un devoir de vengeance, les marécages un terrain de cache cache. La chute n'en sera que plus dure.
Dès son premier film, Tarkovsky propose une œuvre singulière. Chaque plan est un poème destiné à la nature et au peuple de son pays.
Démarrer sa carrière là-dessus, c'est extrêmement fort
Même si cette première ébauche signée Tarkovski n'est pas encore à la hauteur des merveilles qui vont suivre ( mention spéciale pour Offret ou Solaris) on sent bien que le réalisateur est un véritable artiste, avec une photographie toujours aussi sublime.
L'oeuvre la moins personnelle de Tarkovski -ou du moins la plus éloignée de sa vision du cinéma plus tard- reste l'une des plus belles oeuvres en noir et blanc dont je me souvienne. On voit déjà les prémices d'un Tarkovski symboliste avec des images de plus en plus sublimes et des personnages hauts en couleur. On ressent tout de même l'attachement à l'oeuvre littéraire qui donne lieu à une aventure amoureuse non nécessaire au film mais qui hors du contexte offre surement le plus beau baiser du cinéma. Avec les idées créatives de mise en scène et le parallèle entre le rêve et la réalité tout au long du film propre à l'auteur, impossible de s'ennuyer dans cette fresque de l'enfance d'Ivan transformée par la guerre.
L'Enfance d'Ivan est le premier long-métrage de Andreï Tarkovski et il s'agit aussi selon moi du film idéal pour aborder l'incroyable oeuvre de ce réalisateur de génie.
La première chose qui impressionne dans le film, c'est déjà son sujet. Le film se montre très critique envers l'Armée Rouge pendant la Seconde Guerre Mondiale (officiers désabusés, existence de dissension avec les Partisans, utilisation d'un enfant comme éclaireur...). Doit-on rappeler que nous sommes en 1962 en URSS ?! Tarkovski a eu la chance incroyable de réaliser son film au moment de la déstalinisation initiée par Khrouchtchev.
Deuxième chose impressionnante : la beauté du film. CHAQUE plan, oui chaque plan dégage quelque chose de spécial, est soigné à l'extrême, c'est réellement impressionnant.
Et surtout, au niveau du fond, L'Enfance d'Ivan contient déjà tous les thèmes qui sont chers au réalisateur : l'enfance (Nikolaï Bourliaïev qui joue Ivan est vraiment incroyable), les souvenirs, la nostalgie etc. Le personnage d'Ivan est vraiment très intéressant, c'est à la fois l'enfant tel qu'on le connait : innocent, joueur, aimant, parfois têtu mais toujours attachant... Mais cet enfant a aussi en lui un "monstre" qui sommeille. Ivan ne s'imagine pas ne pas faire la guerre. Il veut tuer les "méchants", ceux qui ont fait du mal à sa famille... Une enfance gâchée par cette guerre que beaucoup d'enfants ont du connaitre malheureusement... En somme, très belle dualité de l'enfant représentée dans ce film.
Bref, regardez le, vous le ne regretterez pas si vous êtes un amoureux du cinéma ! :)
Un film grandiose sur une guerre se dévoilant traumatisante au yeux d'une humanité qui en reste profondément bouleversée. Yvan est ici l'effigie de ces maux et sa vie d'enfant, dérobée par les séquelles que lui laisseront la guerre sur le front Est, imprègne le spectateur durant cette trame filmique magnifique aux plans superbes. La guerre ne forme pas des adultes, elle créée des êtres brisés.