Le film a l'ambition de produire une image réaliste de la vie des mineurs de charbon en 1949. De fait, les plans tournés dans une ville minière du Nord, la sobriété des comédiens professionnels et l'authenticité des figurants sont de nature à éviter l'illustration romanesque.
Louis Daquin filme le travail au cœur de la mine, dans la fosse, filme les cités ouvrières et raconte, à travers une poignée de personnages, les aspirations des mineurs et de leur famille. C'est souvent un regard technique, voire documentaire, que le cinéaste porte sur le sujet. En quoi, le film est estimable (on est loin du factice "Germinal" de Claude Berri).
Pourtant, si le film évoque le travail harassant et la vie difficile dans les corons, il ne fait ressentir ni l'un ni l'autre. C'est un témoignage sans aspérités, sans souffrance, sans tripes, que propose Daquin. Pas de silicose, pas d'accident, pas d'alcoolisme, pas de luttes ouvrières ni de misère sociale : le cinéaste, malgré ses accointances avec le PC et la CGT tourne une façon de film d'entreprise. Les mineurs ont le visage noirci au fond et, en surface, ils ont bon teint, les idées claires.
Dans ce film sans enjeu dramatique (éventuellement, il y a ce gamin de 14 ans qui s'apprête à descendre au fond) et donc sans intensité dramatique, Daquin présente des personnels unanimement dévoués à leur labeur et une condition prolétaire digne et tout à fait acceptable. Ainsi que le reflète le tout dernier plan du film en forme d'allégorie consensuelle.
Il y a aussi cette séquence assez étonnante qui évoque sous la forme d'un très pudique flashback la catastrophe de Courrières en 1906, simple incident dirait-on. Daquin a-t-il été censuré ? S'est-il auto-censuré ?
Le projet est visiblement didactique mais il reste dans un entre-deux coupable, entre tentative de réalisme et propos lénifiant.