Un script des frères Coen ne finit pas dans les mains d’un prodige, mais on sent énormément de retenus quant à l’approche des valeurs qu’on y véhicule. Là où nous avions l’habitude d’observer des personnages ordinaires sombrer dans la décadence et dans une chute incontrôlable, la dramaturgie de George Clooney repose sur la généralisation de ses propos. Il étend sa vision à un état d’esprit conservateur, nous replongeant dans une époque où les différences généraient bien plus de conflits que de profits dans la société.
Grandement amputé d’un décalage comique régulier, le film prétend bien trop de choses pour qu’on le prenne au sérieux. On se garde cette infime partie pour la famille Meyers. Afro-américain et mal accueillis, le constat se renforce lorsqu’on assiste à des échanges qui laisse une distance certaine entre deux mondes. Les regards de voisins perplexes ne sont que le prélude d’une violence qui font resurgir les cicatrices du passé. Cependant, cette approche ne sert que de trame de fond. Elle permet notamment de rythmer le récit principal, où la famille Lodge est victime de leur insouciance, vis-à-vis de leurs nouveaux voisins, avec qui ils partager le même sentiment de répression, mais qui n’auront pas la même destination au bout du parcours.
L’idéal d’une vie Américaine peut se résumer aux quartiers pavillonnaires de Suburbicon, ville dont la routine finit par ronger les fantasmes les plus démesurés. Gardner Lodge (Matt Damon) mène une vie paisible jusqu’à ce qu’un drame fasse irruption et change complètement son regard sur les décisions qu’il prendra. Julianne Moore, figure maternelle idéale mais controversée, soutien la morale de Gardner avec une distance froide et amusante. Le contraste donne un mélange rationnel de folie et de complexité. A partir de là, ce personnage se rapproche plus de ce que l’on attendait d’un apprenti Coenien. Il ne reste plus qu’un élément pour compléter le portrait et on le retrouve auprès de Nicky (Noah Jupe), l’enfant unique. De son point de vue, la violence est une nourriture indigeste et les effusions d’hémoglobine qui s’ensuivent ne lui font pas toujours justice.
Tout tourne autour des référentiels que l’on présente élégamment. Combine et compagnie serait la ressource principale d’une odyssée mal menée, bien que bien pensée. Le jeune Nicky recherche dont un guide dans la vie, voir plusieurs. Il le retrouve rarement auprès de ses parents et encore moins auprès des inconnus qui l’entourent. Et c’est pourtant là le défi qu’on lui impose. Ses repères son devant lui et non derrière. Il se doit d’affronter la figure paternelle afin de s’en émanciper. La lecture est à sens unique ici et propose également la notion de responsabilité. Le devoir civique est une veine qui ancre l’état d’esprit d’une société. Si les bases sont rejetées et non acquises, il ne reste plus que la vengeance et la solitude comme échappatoire. Le paradoxe est donc à son comble et on parvient à rendre notre univers plus vivable qu’autrefois.
« Bienvenue à Suburbicon » détourne donc le style comique Coenien afin d’évoquer une certaine sensibilité. Les États-Unis sont sujets à de nombreux conflits interraciaux, comme partout dans le monde, mais la culture et l’héritage des habitants font que la rage devienne un fléau, refoulée en chacun. Malheureusement, Clooney trébuche sur une narration à fort point de vue politique. Il est dommage de laisser le divertissement de côté pour laisser le sous-entendu prendre les rênes. On se permet de tout justifier et de ne pas prendre un temps suffisant pour la rétrospective. Le fait de nous laisser immerger dans la vague de haine n’est pas forcément la seule solution afin de résoudre les problèmes sociétaux. Le film aborde al problématique avec énormément de fermeté, mais promet néanmoins un divertissement suffisant, saccadé en plusieurs séquences bouleversantes.