Dmytryk est surtout célèbre pour être un des dix de la liste noire d’Hollywood. A ce titre il bénéficie d’une réputation un peu surfaite. Ce film pas inintéressant réunissant une belle brochette d’acteurs le confirme. Bien sûr il est rare à l’époque de voir un film dénoncer aussi clairement les crimes racistes. Rien que pour ça le film mérite d’exister. Mais Dmytryk reste trop didactique dans son propos faisant naître une douce torpeur dont nous sort brutalement la piquante Gloria Grahame ici au comble de son charme vénéneux. Sinon Mitchum trimballe sa nonchalance habituelle et Ryan nous révèle pour un côté sombre moins utilisé par la suite. Robert Young est quant à lui parfait en flic opportuniste qui laisse les témoins le guider vers la solution finale. A noter une brève apparition de Lex Barker le remplaçant de Weissmuller dans le rôle Tarzan. On se prend à rêver du parti qu’aurait pu tirer d’un tel scénario un Kazan ou un Siodmak.
Véritable film de franc-tireur, cette série B fauchée impressionne autant par sa tenue formelle que par la virulence de son discours - non seulement anti-raciste, mais aussi très critique sur l'Amérique et ses démons. Les magnifiques clairs obscurs de Hunt et la mise en scène nerveuse de Dmytryk font des merveilles (l'incroyable séquence d'ouverture donne le ton), tirant le meilleur parti d'un expressionnisme qui sied parfaitement au traitement tranché du sujet qu'adopte le cinéaste. Car si on peut reprocher un certain manichéisme dans la représentation du racisme, force est de reconnaître que la virulence du geste est à la hauteur du problème que soulève avec audace le film : sans ennemi à l'extérieur, l'Amérique a maladivement besoin d'en inventer un à l'intérieur. Incroyable clairvoyance qui annonce le maccarthysme... dont va bientôt être victime Dmytryk lui même - ainsi que son producteur ! Typique de la schizophrénie hollywoodienne de donner naissance à une courageuse charge contre l'intolérance... avant d'accabler ses auteurs de ce même fléau ! "Feux croisés" est un film toujours aussi moderne dans sa forme comme dans son discours... qui résonne jusqu'à la société française actuelle et son "état d'urgence".
Rare film des années 40 sur le racisme - ici, plus spécifiquement l'antisémitisme. Robert Ryan, plutôt remarqué comme le chasseur de primes honnête de "The Wild Bunch" incarne ici un tueur raciste. Quelques scènes et prises de vue très réussies, et Robert Young très convaincant comme le commissaire. Cependant on notera un Robert Mitchum aussi peu convaincant que d'habitude, et une certaine faiblesse de rythme en dépit d'un final plutôt réussi.