"A Hatful of Rain" raconte de façon frontale le traumatisme d'un ancien soldat qui a plongé dans la drogue. Autant dire tout de suite que le film n'est pas sans défauts; il est en effet trop explicatif, le personnage du père est chargé et le décalage entre une partie familiale très humaine et le côté film noir caricatural déséquilibre quelque peu l'ensemble. Mais ces points faibles sont dépassés par une interprétation globalement subtile et par le courage de faire durer les scènes les plus intimes, remarquablement écrites car elles représentent avec réalisme le doute qui gagne le couple, l'amour du beau-frère pour la femme du protagoniste et le désarroi de ce dernier, qui s'engouffre dans une impasse terrible. Au final, même s'il y avait certainement moyen de faire un grand film, la proposition de Fred Zinnemann reste très efficace.
Fred Zinnemann était un cinéaste engagé qui a constamment, avec une grosse dose d'humanisme, abordé des sujets graves. Pour "Une Poignée de neige", il s'était engouffré dans la brèche qu'avait ouverte dans le cinéma hollywoodien (médiocrement mais ouvert quand même !!!) Otto Preminger deux années auparavant en abordant le thème de la toxicomanie avec "L'Homme au bras d'or". Hélas le résultat manque clairement de force. La faute a une mise en scène, certes soignée sur le plan de la photographie, trop bavarde et trop théâtrale qui alourdit malheureusement l'ensemble. Reste quelques scènes extérieures qui utilisent intelligemment le cadre urbain new-yorkais ainsi qu'une interprétation convaincante, en particulier celle d'Eva Marie-Saint en épouse indécise. Mais à cause de ses défauts, "Une Poignée de neige" est loin d'être prenant et manque clairement de force. Une oeuvre mineure dans la carrière du réalisateur d'aussi excellents films que "Le Train sifflera trois fois" et "Au risque de se perdre".
Souvent les résumés du film sont légèrement mensongers, en fait Johnny/Murray est déjà revenu depuis un moment de la guerre et est déjà un accroc dépendant à la drogue quand le film débute, et le secret des frères est déjà un ver dans le fruit depuis plusieurs mois. C'est plutôt judicieux, le film aurait fait facilement 15-20mn de plus s'il avait fallu un prologue explicatif, et surtout cela permet d'imposer un premier drame, un premier accrochage entre les frères et leur père sans qu'on sache de quoi il s'agit réellement même si on le devine ensuite très vite. Ensuite on a 2-3 questions qui nous taraudent l'esprit... SPOILERS voir site !... Le triangle amoureux est un peu téléphoné, et pas franchement utile même si Eva Marie Saint joue parfaitement la femme émotionnellement perdue et qui permet à Polo/Franciosa de confirmer qu'il est la véritable victime de l'histoire. Mais forcément le plus intéressant reste la crise intestine entre les frères et le père, où comment un homme devient le vilain petit canard par amour et loyauté envers son frère héros de guerre et surtout héros du père tout aussi aveugle que l'épouse. Le récit s'enfonce doucement mais sûrement dans la tragédie inévitable au fil des crises de manque qui se font de plus en plus terrible. Le film subit la comparaison avec son aîné "L'Homme au Bras d'Or" (1955) mais s'en sort magnifiquement, avec une descente en enfer crédible et réaliste avec une dimension "préventive" inattendue et salutaire en avance sur son temps. A voir et à conseiller. Site : Selenie