L'un des rares avantages de l'adaptation de « L'Homme de Londres » par Bela Tarr fût de me donner envie de découvrir la version d'Henri Decoin, réalisateur « classique » par excellence. Et devinez quoi ? J'ai préféré celle-ci ! Alors c'est sûr qu'il y a moins de plans savants, de « beauté crépusculaire » avec ces plans-séquences d'une rare maîtrise technique, mais niveau plaisir et intérêt pour l'intrigue, c'est le jour et la nuit. Pourtant c'est exactement la même histoire, mais dans un cas il y a une dynamique, des enjeux humains et financiers éloquents, des personnages forts, des prestations d'acteurs (Fernand Ledoux y est, comme souvent, remarquable) : bref, tout ce qu'il manque cruellement dans la version de 2007, et que Tarr assume probablement sans le moindre mal. Ainsi, presque tout ce qui m'avait laissé indifférent m'a relativement séduit ici, à l'image d'un dénouement dramatique plus poussé que dans le « remake » et en conséquent beaucoup plus poignant. Il n'est même pas question de parler de grand film, l'œuvre restant sans doute trop classique, trop « propre » pour cela, mais personnellement, je préfère infiniment Georges Simenon adapté comme cela qu'avec cette prétention « auteuriste » amenant irrémédiablement à l'ennui. Appréciable.
Certainement pas le film le plus connu d'Henri Decoin. On est loin ici de l'ambiance bourgeoise des "Inconnus dans la maison". Cette fois-ci, le réalisateur s'attaque au monde ouvrier en racontant l'histoire de cet aiguilleur frustré par la misère qui récupère l'argent d'un cambriolage. Dans le rôle de Maloin, Fernand Ledoux donne sa pleine puissance émotionnelle face à un Jules Berry plus inquiétant que jamais. Le scénario tiré d'un roman de Simenon a l'originalité de se dérouler en Angleterre alors que la France vit sous l'occupation allemande ! L'Homme de Londres, qui ne fait en rien référence au général de Gaulle, est une oeuvre puissante réalisée dans le plus grand classicisme.
Considéré comme un des titres majeurs de la filmographie de Henri Decoin ( avec " la vérité sur bébé Donge " et " les inconnus dans la maison" ), " L' homme de Londres" (1943) est une adaptation d'un roman de Simenon qui fera aussi l'objet d'un remake du Hongrois Bela Tarr ( 2007).
Portrait d'un homme socialement frustré ( sa blessure émotionnelle d'humiliation est adroitement présentée) qui se retrouve par hasard à la tête d'un magot indirectement mal acquis.
Description sombre d'une condition sociale à laquelle le personnage principal ne peut échapper, au conditionnement moral (cf religion ) et surtout à l'inconscience de son bonheur simple mais sincère - famille aimante et soudée ( inconscience due à sa blessure émotionnelle évoquée précédemment).
Formidable, admirable même pendant sa première heure, moins réussie ensuite, " l' homme de Londres " repose sur les épaules de Fernand Ledoux acteur majeur ( mais peu charismatique) du cinéma français des années 1940.
Le remake de Bela Tarr a largement ma préférence, mais la version de Decoin a le mérite d'être plus accessible.
Henri Decoin fit partie de ces cinéastes réhabilités ( très justement selon moi ) par Bertrand Tavernier, après la critique sévère dont sa filmographie fut l'objet, de la part des jeunes turcs de la nouvelle vague issue des Cahiers du cinéma.
Très étonnant, en pleine Occupation, que cette adaptation de Simenon ait gardé le titre du roman éponyme... De son poste, un aiguilleur maritime est témoin d'un meurtre. Mais, plutôt que de prévenir la police, il fait le choix de récupérer le magot du défunt gangster. Le film de d'Henri Decoin est un film étriqué, sans mouvement, vite fait, mal fait dans quelques décors de studio; ce manque d'envergure se ressent tout au long d'une intrigue baignant dans la noirceur et le brouillard -seul travail de mise en scène de Decoin- et dans un moralisme alimenté par les bondieuseries, dont je ne sais pas s'il provient de Simenon ou de l'idéologie de grand sursaut moral prôné par le régime de l'époque. Le caractère des personnages est simpliste. Et je doute que Simenon ait produit des figures si grossières. La première d'entre elles est joué par un Fernand Ledoux qui fait les gros yeux tout au long du film. Il est exemplaire d'une direction d'acteurs médiocre. Au moment où le prolo Malouin devient riche du magot volé, c'est tout juste s'il n'arbore pas une pancarte "j'ai tout vu et je suis plein aux as" tant son attitude trahit son secret. Le portrait est rudimentaire de cet homme passant de la mauvaise humeur chronique à l'arrogance et exprimant son cas de conscience, faute d'un quelconque travail de mise en scène, à voix haute ou en voix off. Tous les autres personnages sont ainsi faits, de la fille de joie qui raconte ses dépits au policier qui dévoile ses conclusions à n'importe qui, en passant par l'homme de Londres, rôle secondaire et terne attribué à Jules Berry: tous passent à la moulinette de l'adaptation et perdent leur complexité.
Le titre était osé vu l'époque mais il ne s'agit que d'un classique Simenon. Avec un grand fernand Ledoux et un excellent Jules Berry, un film qui se laisse voir.
« Je me demande ce que ces deux crapules ont bien pu passer en fraude. Quelque chose d’important sans doute. Seulement ça, personne pour le voir (…) Et on soupçonne ma fille d’avoir volé des bas. »
Après L’Inconnu Dans la Maison (1942, avec un fabuleux Raimu) et avant La Vérité sur Bébé Donge (1952, avec un Jean Gabin décalé et une Danièle Darrieux exceptionnelle), Henri Decoin adaptait L’Homme de Londres avec Charles Exbrayat aux dialogues.
Le film commence sur la magnifique chanson L’Aventure Aime la Nuit, qui ponctue régulièrement le récit, interprétée, sur fond de fog et de coques, par Nila Cara sur une musique de Georges Van Parys. Durant toute l’histoire, entre les quais que surplombe la cabine des contrôleurs de train, le Moulin Rouge, cabaret près des quais et la maison du contrôleur de nuit, on suit la folie grandissante de Charles Maloin/Fernand Ledoux, le contrôleur, les recherches infructueuses de Charlie Brown/Jules Berry, ancien clown devenu voleur et bête traquée et Camélia/Suzy Prim, rabatteuse au grand coeur. Autour de ces personnages, on retrouve Héléna Manson dans le rôle de Madame Maloin, Jean Brochard en inspecteur à la poursuite de Brown, Blanche Montel qui incarne une captivante Madame Brown et quelques autres interprètes plutôt convaincants. Et puis il y a la valise, magnifique exemple de MacGuffin.
Si le film a visuellement vieilli, on soulignera malgré tout quelques prouesses techniques comme cette ambiance de brouillard et de pluie permanents, les voix off envoûtantes et les gros plans encore héritiers de l’expressionnisme finissant. Pointons aussi le sujet, la folie d’un homme pauvre, droit et autoritaire qui est prétexte à une admirable plongée socio-psychologique avec des thèmes récurrents chez Simenon comme celui de la famille coupée en deux par l’argent et la situation, comme dans Le Fils Cardinaud/Le Sang à la Tête (Gilles Grangier, 1956) ou la fragile situation des femmes. Enfin, l’interprétation, certes encore théâtrale, est excellente et donne à l’ensemble un cachet unique. Avec ses trois adaptations de Simenon, dont c’est ici la deuxième, Decoin a démontré tout son talent à mettre en scène la profonde humanité, jusque dans ce qu’elle a de plus terrible, des personnages du romancier belge.
Très bonne adaptation d' Henri Decoin qui reconstitue bien l'univers de Georges Simenon, dans lequel Fernand Ledoux et Jules Berry s'insèrent parfaitement.
Un film un peu mièvre, car on en fait un peu trop dans l'expiation, les références bibliques, l'ouvrier qui sent qu'il a une dette d'honneur et qu'il doit payer pour avoir voulu un moment vivre la belle vie sans plus travailler. Finalement, il se résigne, car il sait où est sa place et décide de s'y tenir ; loin de lui l'idée de vouloir bouleverser l'ordre social. Ce film au ton très moraliste a dû passer comme une lettre à la poste avec la censure de 1943. Bonnes interprétations de Jules Ledoux et Jules Berry.