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inspecteur morvandieu
98 abonnés
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5,0
Publiée le 3 novembre 2023
Dans son domaine à la campagne, entre les deux tours de l'élection présidentielle, le candidat donné battu prépare avec son staff de communicants le grand oral télévisuel face à son rival. Michel Dedieu passe pour un type sans charisme ni convictions, il est d'ailleurs le second choix de son parti après le retrait du candidat officiel. C'est un vrai beau rôle pour Yvan Attal, convaincant de bout en bout dans un emploi éminemment "casse-gueule". C'est aussi un film parfaitement maîtrisé par Niels Arestrup, impeccable devant comme derrière la caméra. Dans l'intimité du candidat et de l'élection présidentielle, l'élection suprême, Arestrup évoque l'arrière-cuisine politique avec le réalisme que lui confèrent sur la forme une parfaite direction d'acteurs et, sur le fond, des arguments dépourvus de poujadisme ou d'esprit de caricature. Cette façon de démythification n'est pas en soi une révélation mais elle fait la démonstration rigoureuse que le possible président est un pion entre les mains d'énarques arrogants et, surtout, un pion manipulé par le grand capitalisme, incarné ici par un Niels Arestrup cynique et détestable comme il sait l'être, gourou supposé du CAC 40, faiseur et défaiseur occultes de président. Au-delà du ballet de limousines, de costards-cravates et gardes du corps qui valident un décor habile et authentique, le film est habité par une atmosphère particulière et impressionnante, mélange de gravité et de suspens indéfini, sans doute liés à la personnalité ombrageuse et taciturne du candidat. Qui est Dedieu? Une coquille vide? On peut en douter lorsqu'à mi-film, initiant le second souffle du scénario, le candidat décide de rompre avec ses conseillers et avec la démagogie d'usage. Téméraire, Dedieu entend jouer la transparence et la sincérité. Sa mutation reste rigoureuse, sans candeur ni populisme. Un film très prenant.
Un film étrange dont l'intrigue principale est excellente mais qui se perd dans une espèce de décorum abstrait qui égare le spectateur pour ne le retrouver, in fine, que dans une avalanche de bons sentiments. Yvan Attal joue bien mais son personnage d'idealiste doré n'est guère crédible. Dommage.
Bien entendu ce n'est pas le film coup de poing à la Boisset, c'est un roman de Niels Arestrup qui prend le malin plaisir de nous promener dans les méandres imaginaires de ce que pourrait être son candidat. Il est effacé, inconsistant le héro de Niels Arestrup. De plus, il semble être entouré de conseillés aussi omniprésents qu'inutiles, sa femme aussi lui joue des tours, décidément rien ne va, d'autant plus que le mentor de ce candidat de la dernière chance est absent, éloigné, il manque cruellement pour que Le Candidat s'implique, hausse du col, existe simplement. Mais voila, toutes les apparences sont ce qu'elles sont souvent, trompeuses à l'extrême. Niels Arestrup réalisateur et auteur, prend le temps, il n'est pas dans l'anecdotique, ni la dénonciation, il est dans le roman dur un peu à la Simenon. Le crime on s'en moque, ce sont les personnages qui importent et eux sont bien campés. Film à voir, à prendre le temps d'apprécier, pour une fois, de prendre le temps, sinon autant que je dise la fin et passez à autre chose. Dommage !
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1,0
Publiée le 19 octobre 2021
Il y a pas mal de bonnes idées dans ce film comme le candidat acculé face à ses conseiller ou comme celui désigné à la place d'un autre l'homme providentiel mais pas tant que ça mais qui reste lucide malgré la pression. Du coup le huis clos avec les conseillers tournent un peu court on aurait aimé avoir plus de regards avec le public la notion d'outsider qui peut provoquer un succès important ou le débat qui n'est pas très animé. Reste Niels Arestrup en grand superviseur qui est bien dans son rôle et Yvan Attal restant convaincant. Mais c'est vraiment dommage car comme spectateur on aurait aimé beaucoup plus...
Même si le film nous fait ressentir certaines émotions intéressantes du candidat tout en nous faisant participer à quelques séquences inédites de campagne présidentielle, le film souffre d'une réalisation trop sommaire à mon goût, d'un dénuement dans l'image et dans les décors sans doute lié au faible budget du film. Le scénario est relativement léger mais offre un final intéressant. On aurait cependant aimé que le film comprenne davantage de références au monde politique français. Dans le genre, je vous invite plutôt à revoir des films plus denses, plus rythmés et plus aboutis comme « Président » (2006), « Féroce » (2002) ou « Primary Colors » (1998).
Alors qu'il excelle dans son métier de comédien, Niels Arestrup tente la réalisation avec ce premier long-métrage. Malheureusement, ce dernier nous prouve que de grandes capacités d'acteur ne sont pas suffisantes pour surprendre dans le travail de metteur en scène. "Le candidat" s'annonce pourtant prometteur dans sa découverte ! Alléché par la présence d'un fameux débat et d'une succulente immersion en milieu politique (non loin des magouilles), le spectateur se laisse prendre au jeu, et suit avec passion l'évolution de ce candidat aux élections présidentielles. Mais, tout comme le déballage d'une surprise décevante, l'absence d'un réel débat pour la présence d'un dénouement simple et surréaliste, flinguera tout l'intérêt du projet en moins d'une minute. Tout comme l'absence de mots et de réactions aux moment opportuns, Niels Arestrup nous déçoit (surtout après avoir déguster cette excellent première partie) en se facilitant grandement la tache, au point de noyer l'entière crédibilité de l'histoire. On attendra donc en vain, la confrontation percutante aux dialogues finement étudiés, à laquelle on espérait vivement se confronter, au profit d'une intrigue dont on se serait bien passé, surtout sous cette forme qui sonne bien trop facile. Ce qui démarrait pourtant tellement bien, laissera place à la déception !
Si j'ai eu un peu de mal à entrer dans ce film, je l'ai apprécié de plus en plus ensuite. Yvan Attal ne semble pas très crédible en candidat encore en lice pour un second tour de présidentielle mais ce n'est pas important tellement le fond de l'histoire et l'ambiance l'emportent. De plus, le final est savoureux et fait réfléchir. Enfin, LCP qui diffusait ce film l'a fait suivre d'un débat fort intéressant.
Difficile de croire que les derniers jours précédant un 2ème tour d'une élection présidentielle soient aussi ternes, aussi mous. L'histoire du coup fourré mené par un chef de parti vers son candidat est intéressante mais la façon de la traiter n'est pas convaincante.
Que les afficionados de la campagne électorale ne se fassent pas d'illusions : on est bien loin de Ségo et Sarko. Déjà, les indices nationaux sont brouillés : pas de drapeaux, pas de lieux identifiables, et si on distingue sur les plaques d'immatriculation un drapeau européen, la numérotation n'est pas française. Ensuite, parce qu'on n'a pas l'impression d'être dans les coulisses du 282 ou de la rue d'Enghien, mais plutôt dans celles du QG de VGE ou de Raymond Barre (D'ailleurs, Niels Arestrup a reconnu s'être inspiré d'un passage du documentaire de Raymond Depardon conscaré à Giscard "1974, une partie de campagne").
En effet, on retrouve le candidat là où on avait laissé le président il y a vingt ans dans "Le Bon plaisir", dans un château (le sien, pas un palais de la République). Même lambris, et même représentation de la politique, faite de magouilles et de coups tordus. Là, on n'est plus chez Francis Girod, mais chez le Boisset de "Le Juge Fayard" ou le Pierre Granier-Deferre de "Adieu Poulet", avec un Candide propulsé en avant pour ne pas avoir à assumer la participation du pays à une coalition menée par les Etats-Unis, et pour permettre au parti de "passer son tour". Alors, après tout, on pourra me rétorquer que des éléphants oeuvrant pour la défaite du candidat de leur parti, ce n'est pas tant que ça de la politique fiction, et qu'il n'y a peut-être même pas besoin de remonter aux manoeuvres de Giscard pour assurer la défaite du référendum de 1969 ou celles de Chirac et de Pasqua pour battre le même Giscard en 1981 pour en trouver des exemples. Certes. Mais le plus gênant est la naïveté du scénario, l'absence totale de nuances tant dans l'élaboration de l'intrigue, que dans la caractérisation des personnages, ou, plus grave pour un acteur-réalisateur, dans le jeu des comédiens.
Certaines scènes du début, comme le premier dîner avec les différents conseillers, sont atterrantes de ce point de vue. Le conseiller en communication est odieux même quand il fait l'amour, l'experte de l'audiovisuel joue l'effroi avec autant de naturel que Lilian Gish, et l'épouse dépressive semble sortir d'une troupe de théâtre amateur spécialisée dans Tennessee Williams. J'avais entendu Yvan Attal expliquer que la minute de silence que s'autorise Michel Dedieu lors du débat était un plaidoyer pour la réhabilitation du temps de la réflexion, une dénonciation de la conception clipesque de la communication politique aujourd'hui. J'avais trouvé l'idée percutante ; hélas, le résultat à l'écran ne porte pas du tout ce message.
Yvan Attal a expliqué que pour préparer le rôle, il avait rencontré François Hollande, et cela se sent : son candidat ressemble à la marionnette de ce dernier aux Guignols. Insupportablement apathique et hésitant, ce candidat semble n'avoir aucune idée, aucun programme, si ce n'est une vague réminiscence du sens mendèsiste de la morale en politique. C'est un personnage à la Capra, aussi désuet en ces temps d'élection que Mr Smith à Washington.
Mais le plus gênant dans ce film est sans doute le propos implicite : tous les politiciens sont pourris, et les oppositions publiques des grands partis ne sont là que pour camoufler la réalité de petits arrangements de la real politique. Cela fait dangeureusement écho au discours lepéniste de dénonciation du "système" ou de "la bande des quatre" ; ce n'était certainement pas le propos de Niels Arestrup (il a dit : "Cette histoire aurait pu se passer dans le cadre d'une administration, dans l'organigramme d'un grand magasin (...) d'une certaine façon j'aimerais qu'on puisse abstraire le film du politique, et le voir davantage comme une métaphore."), mais ce réquisitoire involontaire contre les "tous pourris" est passablement mal venu à une semaine d'un premier tour qui peut nous réserver d'aussi mauvaises surprises qu'il y a cinq ans.
Le sujet extrèmement intéressant parvient finalement à faire oublier les faiblesses scénaristiques qui encombre un temps l'aventure. Heureusement que les acteurs sont bons, parceque la mise en scène est banale au possible. Mention Pas Mal.
L'histoire d'un candidat à la présidentielle, vue d'un intérieur feutré qui est loin des émissions sérieuses ou divertissantes. J'y allais un peu à reculons, la bande annonce étant un peu simpliste, et le sujet principal ne m'intéressant guère, et j'avais tort. Comment Arestrup a eu l'idée de se lancer dans un projet pareil, mystère, mais il faut bien que le politiquement correct et les jeux en haut lieu commencent à dégoûter beaucoup de monde pour en arriver à un film pareil. La première objection est que le choix de la France n'est pas forcément bien représentatif, car dans les détails, c'est plutôt l'Angleterre et les USA qui sont visés. Les hommes politiques bien de chez nous ne roulent pas en Jaguar et autres Mercédès. Ensuite, tout est trop bien huilé pour être « vrai ». Mais ce film fait élégamment l'impasse sur le « vrai » populaire ou logique pour ausculter le dessous des cartes, celles qui se donnent entre hommes d'influence où la logique dépend de sommes colossales qui ne permettent plus de raisonnements humains. Et c'est là que ce film devient superbe. L'intrigue est bien vue, tout concorde, rien n'est parfait, ça transpire l'expérience, l'élégance, la subtilité, la violence sourde des gens « biens ». Le jeu de Attal est définitivement l'un des meilleurs des acteurs français actuels. Même si le film était râté, il l'aurait sauvé in extrémis. Et la panoplie de seconds rôles fatigués autant que laids correspond parfaitement au milieu politique qui n'a rien du glamour d'Hollywood, malgré ce qu'essaye de nous faire croire Paris Match ou TF1. Le côté démonstratif des trucs et ficelles des médias pour rendre populaire un candidat est un peu moins prenant, puisque la TV fait de moins en moins d'effort pour se cacher, tellement son égo lui donne envie de se montrer sous toutes ses coutures. Mais c'est une facette nécessaire du film. Qui explique pourquoi tant de gens intelligents décident un jour de ne pas venir en politique ou de la quitter. Le côté extrêmement machiste dans les faits a aussi son importance et le scénario ne fait rien pour en parler, il le montre, c'est suffisant. La musique, la photo sont enfin d'un très haut niveau. Quand au script, en dehors de quelques hésitations sur les flash back qui déstabilisent pour rien, tout est dans un rythme feutré, pas du tout lent, qui prend simplement le temps, et qui accélère quand il le faut. Nous sommes dans le domaine de la parole et non de l'action. Encore faut-il rendre justice à Arestrup d'avoir concocté quelques scènes d'action nous empêchant de sentir l'ennui poindre son nez. Malgré une maîtrise surprenante pour un premier film, je ne met pas la note du Chabrol, où la perfection de la direction du jeu des acteurs, la fin « réelle » et l'impression d'être un peu chez soi avec les habitudes d'un grand cinéaste font que « l'ivresse du pouvoir » garde une petite longueur d'avance sur « Le candidat ». Mais chapeau bas à Arestrup pour ce coup de maître innatendu. Qui pourrait se faire poser beaucoup de questions à bien des jeunes « fonctionnaires » du cinéma français actuel, face à leur peu de talent.