J'ai réfléchi longuement quant à attribuer le statut de chef d'oeuvre au film de Murnau mais je crois que le long-métrage le mérite amplement. "L'Aurore" est un des plus beaux films réalisés pour le Septième Art. Invité par le producteur William Fox, à venir aux Etats-Unis pour tourner ce qui sera son premier film américain, Murnau raconte l'histoire d'un homme, un fermier, se laissant séduire par une femme de la ville. Alors que leur relation est au paroxysme, cette dernière le convainc de tuer sa femme, puis de partir avec elle vivre en ville. A l'instant ou l'homme souhaite passer à l'acte, il se rend compte qu'il lui est impossible d'effectuer cet odieux geste. Sa femme prend peur et s'enfuit. L'homme la suit jusqu'en ville ou, petit à petit, ils vont réapprendre à s'aimer, à se connaître de par la joie et le pardon. "L'Aurore" est un film magnifique, une véritable ode à l'amour et à la poésie. Servi par deux formidables acteurs que sont George O'Brien et Janet Gaynor, "L'Aurore" est un film qui chante l'amour et la rédemption, alternant entre le drame et l'humour. Murnau livre ici une réalisation fort bien structurée et porte une attention particulière à l'image, que ce soit dans la ville, en pleine campagne ou durant la nuit. Tout est beau dans "L'Aurore", que ce soit techniquement parlant, esthétiquement parlant ou caractéristiquement parlant. Durant l'intégralité du long-métrage, on est happé par une émotion de tous les instants, que ce soit par la joie, la tristesse ou encore la peur. "L'Aurore" reflète toutes les émotions de la vie, sans pour autant être un miroir de la vie. Il faut plutôt voir "L'Aurore" comme un conte romantique, et se laisser porter par la beauté du film, par ce chant de deux humains, comme le souligne le titre original. Murnau signe l'un de ses chefs d'oeuvre, ainsi, pour reprendre les mots de François Truffaut, l'un des "plus beaux films au monde".